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Wu Ji

4 août 2006, 00:00

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Ni film de kung-fu ni ?film de sabre?, Wu Ji serait plutôt une légende d?une Chine très ancienne, celle d?avant l?Histoire, au temps où les dieux côtoyaient les mortels, racontée à la manière d?un opéra traditionnel chinois. C?est un mode d?expression qui demandera l?adhésion consciente du spectateur, qui pourrait voir, par exemple, dans la bataille au début du film, avec son avalanche d?effets spéciaux plutôt grossiers, scènes ?cartoonesques? et costumes fantaisistes, soit une mise en scène brouillonne soit une démarche délibérée entraînant certains choix d?un maître cinéaste.

Choix d?une extraordinaire liberté visuelle, pour commencer, sans la nécessité de s?appuyer sur les exigences d?une époque (comme pour les films de sabre), ni même sur le réalisme. Ainsi, la créativité peut se laisser aller à toutes les folies. Le directeur artistique, Tim Yip, connu notamment pour son travail sur Tigre et Dragon, l?a fort bien compris. On peut en juger par certaines séquences au graphisme osé, souvent splendide, qui confèrent à Wu Ji une vraie identité visuelle le démarquant de tout autre film.

En suivant Chen Kaige dans cette démarche, on trouvera les personnages non pas ?plats? comme l?ont commenté certains critiques, mais tout simplement épurés. Sur le modèle des légendes ancestrales, ils sont entièrement au service d?une idée que veut faire passer le film ; même si pour cela, ils en sont réduits à n?être que des concepts.

Il est question de l?être humain et de sa condition, celle-ci étant ramenée à un ordre universel. Chacun des personnages effectue un parcours, entre ceux qui commencent à genoux et apprennent à se relever (l?esclave Kunlun), ceux qui découvrent leur sensibilité ou leur loyauté (le général Guangming, la princesse Qingcheng, l?assassin, Le Loup des Neiges) et ceux qui s?enferment dans leur ranc?ur (le Duc du Nord, Wuhuan). Chacun doit composer avec son destin et les forces qui le régissent, les actions perpétuées revenant toujours d?une manière ou d?une autre vers leur auteur.

Le grand sujet du film est celui du libre arbitre : l?être humain peut-il influer sur le cours de son destin ? Selon un critique, le titre original difficilement traduisible, exprimerait la philosophie du film. Littéralement, ?wu ji? signifierait ?sans extrémité?, ce qui ?renvoie en réalité au stade de chaos et d?indivisibilité qui précède la Création, avant l?émergence des deux pôles Yin et Yang qui régissent tout être et toute chose. À l?échelle humaine, ce terme fait référence à un état d?esprit dénué de volonté, de but, de désir, un stade où tout est possible, où l?être humain n?est plus enfermé dans la prison de son destin, où le libre choix n?est plus entravé par des forces telles que le temps ou la notion de vie ou de mort.? Tout film poussant à ce genre de réflexion impose forcément le respect.

Wu Ji reste cependant un film accessible avec un récit édifiant raconté sans fioritures ni temps mort. La simplicité de la narration n?est qu?apparente; rien n?a été laissé au hasard et tous les éléments contribuent au thème proposé par Chen Kaige. Du moins, presque tous, car cette narration n?est pourtant pas exempte de quelques raccourcis quelque peu suspects ou quelques ellipses injustifiées qui laisseraient croire à des facilités de scénario. On accordera au film la seconde chance d?un director?s cut lors de sa sortie (légale) sur DVD, étant donné qu?il a été écourté de quelque 27 minutes par son distributeur américain. En attendant, les yeux pourront toujours se régaler et le c?ur aussi, à condition d?accepter la vision que nous propose le réalisateur.

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