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Wanamah ou la tourmente du reggae comorien
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Wanamah ou la tourmente du reggae comorien
Comme hanté. Attablé face au front de mer portlouisien, Wanamah scrute le visage des passants. Fouille la mer verdâtre. Cherche à percer l?horizon. Ses yeux marron rétrécis par la concentration semblent refuser le repos. Aux visages, aux paysages de Maurice, se superposent des images de son Moroni natal. ?Le chômage, la politique qui fout le camp?? Sa frustration toute patriotique accentue ses tics d?artiste en manque. Pourtant il ne demande pas beaucoup. Une seule personne lui suffit. Un producteur.
Six mois se sont écoulés depuis qu?il a débarqué à Maurice pour la première fois. L?escale a pour destination le Festival culturel tournant de l?océan Indien. D?avril à mai 2003, les cinq concerts du rassemblement musical indianocéanique programment ?son? reggae comorien. Le boubou couleur brousse, la canne qu?il fait tournoyer sur scène, la ressemblance vocale avec Kaya : autant d?arguments pour trouver du soutien financier et logistique à long terme...
Début décembre 2003, Wanamah recommence à chercher. Pose ses valises chez ?une famille locale à Plaine-Verte?. Et fait le tour des maisons de production de l?île. Les coups de fil aux abonnés absents, les rendez-vous manqués, les retards injustifiés, les promesses qui virent aux faux-semblants. Rien n?entame la persévérance de Wanamah. Du bout de ses ?r? roulés, il est le premier à croire dans son potentiel. ?Je réponds à un appel du peuple comorien?. La mesure de son ambition dépasse le cadre de son discours structuré.
C?est aussi le cas de l?explication qu?il fournit pour justifier son choix de nom de scène. Seul dans la nuit sahélienne du Burkina Faso ? où le conduit sa quête d?absolu ? la sensibilité reggae mélange rêve, cauchemars et réalité... En plein désert, l?auteur-compositeur-interprète qui est pour l?état civil Mohamed Ida Russi, est assailli par le bruit des vagues. ?J?ai commencé à trembler sans savoir pourquoi. J?avais chaud, j?avais froid.
J?entendais des enfants, des femmes qui pleuraient. Mais j?étais tétanisé au point de ne plus pouvoir bouger.? Pour se rassurer, Mohamed se met à chanter. C?est sa passion. Sa consolation. Jeune orphelin à Moroni, il avait gagné le premier prix des concours de récitation à l?école coranique. Il était le chouchou de sa tante Hadidja, qui aimait sa jolie voix.
Instinctivement, les paroles de la chanson qu?il a composée la veille, s?enchaînent dans sa tête. Font bourdonner ses oreilles. Avant d?exploser en un cri. ?Wanamah?, qui signifie fraternité en comorien. Mohamed Ida Russi a trouvé sa voie.
Celle de laquelle il s?éloignait quand enfant, il volait des letchis dans les jardins de Moroni, avec ses copains. Avant de s?en rapprocher grâce à la gaieté des parties de pêche. Un sens de l?humain forgé en cours de sociologie à Paris.
?Vers trois-quatre ans, je savais déjà que je voulais chanter et ne faire que ça. Mais ma tante à Créteil ne voulait pas en entendre parler.? Mohammed quitte alors les turbulences politiques comoriennes pour Créteil. Et s?inscrit en sociologie. Avant de se diriger vers le conservatoire. D?abord vers la filière chant, puis dans celle de la guitare.
?J?arrivais deux heures à l?avance pour jouer du Bob Marley, du Peter Tosh, du Burning Spear.? Histoire de se rafraîchir les doigts avant les gammes académiques. ?Un jour j?ai découvert que le prof, avec qui je ne m?entendais pas du tout, se mettait derrière la porte pour m?écouter.? D?où le début d?une grande amitié. De vingt ans de carrière ? deux décennies de galère, dans les cabarets de Créteil et les petits bals populaires ? qui lui ont appris la persévérance. Son actualité : Tsawé, le seul album à son actif sera distribué localement d?ici fin janvier.
Instinctivement, les paroles de la chanson qu?il a composée la veille, s?enchaînent dans sa tête. Font bourdonner ses oreilles. Avant d?exploser en un cri. ?Wanamah?, qui signifie fraternité en comorien. Mohamed Ida Russi a trouvésa voie.
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