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Vulgariser la culture rastafari

31 janvier 2008, 00:00

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Rien dans le physique de Daniel Assame ne démontre qu?il a épousé la culture rasta. Il porte un couvre-chef en paille sur un crâne rasé de près et parfaitement lisse et les couleurs éthiopiennes sont absentes de ses vêtements. Seul son bracelet en silicone noir sur lequel est gravé Ethiopia le laisse deviner. Il explique qu?il s?agit d?un souvenir du millénium éthiopien que lui a ramené José Rose, le président de l?ASCR.

Où diable sont donc passés ses dreadlocks ? «Les dreadlocks sont à l?intérieur», dit-il en tapotant sa tempe de son index. Cet homme de 49 ans est un «nouveau converti» à la culture rasta puisqu?il y est venu il y a quatre ans. Mais il n?en demeure pas moins un convaincu. Cela se sent à ses propos et à la passion avec laquelle il défend ses arguments.

C?est dans le Ward IV que Daniel naît et grandit. Il fait ses études secondaires au collège La Confiance. Une inclinaison naturelle le pousse vers les sciences. C?est au collège St Mary?s qu?il effectue sa Form VI. A un moment donné, il donne des leçons particulières à d?autres étudiants ayant besoin d?un coup de pouce en sciences. Et lorsqu?il attend ses résultats, il effectue un remplacement de trois mois comme enseignant dans une école privée. C?est là qu?il se découvre la vocation d?enseignant.

«Les gens ont des préjugés de quatre sous à notre propos. Nous ne demandons pas aux gens de nous aimer mais de nous respecter et de respecter nos droits comme nous le faisons pour eux.»

Il suit alors des cours à l?Institut de pédagogie et décroche son diplôme d?enseignant en agriculture et biologie. Domaines qui lui permettent de ne pas «rester confiner à une salle de classe». Sa première affectation est à Rodrigues. Il y reste un an. Il trouve «Les Rodriguais civilisés. J?insiste sur le mot civilisé car les Rodriguais ont un comportement civil et civique. Ce qui n?est pas forcément le cas des Mauriciens.»

Voulant voir la vie à l?étranger et en particulier l?Afrique, il se laisse tenter par l?aventure zimbabwéenne et enseigne d?abord dans une école de la ville de Masvingo puis dans une autre en région rurale. Après le Zimbabwe, il atterrit au Botswana. Au bout de trois ans, il décide de revenir dans l?océan Indien et enseigne pendant deux ans aux Seychelles.

A son retour à Maurice, il choisit d?enseigner dans une école pré-professionnelle à Triolet. Mais il finit par être dégoûté par le système éducatif mauricien qui, dit-il, est dominé par l?institutionnalisation des leçons particulières. «Le système éducatif est vicié et crée des monstres académiques au comportement social et émotionnel aberrants.» Pratique qu?il a pourtant appliquée dans le passé ? «J?ai donné des leçons certes mais j?y suis opposé.»

«Je crois qu?il y a une cabale contre les rastas parce qu?ils sont une minorité dans une minorité. Il y a de forts préjugés envers eux.»

Daniel qui a pris des cours à distance en graphisme et en informatique, fait un virage de 360 degrés en se faisant marketing manager dans une société informatique. Des différends avec son directeur l?en font partir. Il se met alors à son compte en créant sa compagnie, Tekisu qui propose des services de graphisme et de mise à jour de systèmes informatiques, principalement sur PC.

C?est en allant installer un tel système dans une société de Goodlands que Daniel rencontre José Rose, le président de l?ASCR. Le courant passe entre les deux hommes. Daniel est invité à assister à une nyahbinjhi, prière rastafari. Il s?y rend et au contact des rastas, il prend conscience de leurs réalités. «Ce qui m?a intéressé, c?est qu?ils sont toujours marginalisés et leurs droits fondamentaux leur sont niés. Ils sont arbitrairement traqués et fouillés. Je crois qu?il y a une cabale contre les rastas parce qu?ils sont une minorité dans une minorité. Il y a de forts préjugés envers eux».

Daniel qui dit détester «l?injustice», décide de les aider. De sympathisant, il intègre le mouvement rastafari et l?étudie à travers l?internet. Et fait le choix d?épouser la culture rasta. C?est quoi être rasta ? Daniel explique que c?est «encore se considérer comme marron dans un système d?esclavage moderne, se reconnaître africain à part entière et réaliser l?importance de ce continent dans l?évolution humaine. J?ai réalisé que le système social et économique dans lequel nous vivons se maintient en place en prenant l?argent de la population et en le contrôlant. Ce système n?est qu?un imbroglio pour duper les gens et les empêcher de réfléchir».

Il est convaincu que le mouvement rastafari offre «une alternative économique, sociale et culturelle qui remet l?Homme au centre de tout et qui remet en valeur l?environnement. Pour l?instant, je ne vois que cela comme méthode sérieuse pour remplacer le capitalisme fou qui n?est en fait que la dictature des multinationales».

Daniel pense avoir contribué à mieux organiser l?ASCR et à lui apporter plus de rigueur dans leur gestion des affaires. Il n?aime pas qu?on parle de lui comme de «l?intellectuel» du mouvement rastafari car «c?est une association d?hommes égaux et libres». Il veut promouvoir les projets de l?ASCR. Le premier est d?aménager un domaine de marrons au Morne avec un musée en plein air et un tabernacle de nyahbinghi. «Ce projet est le seul projet culturel au Morne et il a été mis en veilleuse en attendant que le Morne soit déclaré patrimoine mondial.»

L?ASCR veut aussi que le Dauguet soit revalorisé comme lieu de mémoire car c?est là que le prince malgache Ratsitatane a réclamé ses droits. Pour l?heure, elle y a installé une plaque mais elle projette d?y aménager un tabernacle nyahbinghi.

Pour la première fois dans l?histoire de la commémoration de l?abolition de l?esclavage, l?ASCR sera sur la même plate-forme que le gouvernement et les Verts fraternels au Morne. «Depuis notre existence en 1999, nous avons été les premiers à commémorer non pas l?abolition de l?esclavage mais la résistance à cette oppression au Morne. Le gouvernement allait toujours à Pointe-Canon. Je crois que cette année, le gouvernement a ENFIN réalisé l?importance du Morne dans l?histoire de l?esclavage à Maurice.»

Conscient que le mouvement est mal perçu, probablement en raison du fait que la consommation de gandia qui est illégale, fasse partie intégrante du culte rasta, Daniel veut à tout prix que les gens ne s?arrêtent pas à cela. «Les gens ont des préjugés de quatre sous à notre propos. Nous ne demandons pas aux gens de nous aimer mais de nous respecter et de respecter nos droits comme nous le faisons pour eux. J?invite les gens à enlever leurs visières et à mieux connaître le mouvement rastafari en consultant le site www.zeitgeistmovie.com?»

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