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Voyage au c?ur de Mont-Blanc

16 juillet 2006, 00:00

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Tout n?est que grisaille et solitude? La pluie intermittente, alliée au froid, vient accroître la monotonie sur le ruban d?asphalte qui serpente de Bassin-Blanc jusqu?à Mont-Blanc, hameau perdu au fond des champs de canne à sucre, à l?entrée de Chamouny.

Niché au pied de la montagne du même nom, ce lieu inspire la crainte depuis que le redoutable escadron de la mort y a été associé cinq ans plus tôt. Pour bon nombre de Mauriciens, nourris des rumeurs les plus folles, Mont-Blanc est un véritable repaire d?extrémistes.

Ce mercredi, il faut emprunter un sentier qui coupe à travers champs pour rallier le hameau. Après vingt ans, la route qui le relie au reste de l?île est en train d?être goudronnée à nouveau.

Le 4x2 dans lequel nous avons pris place manque de s?embourber, quand il n?évite pas de justesse de s?encastrer dans une meule de pierres.

Finalement, après un rodéo improvisé, la route est là. Elle apparaît, toute luisante de bitume, derrière une maison décrépite. Mont-Blanc n?est pas aussi imposant qu?on le pensait.

Il n?y a qu?une dizaine de maisons, pas trop voyantes, habitées par des familles qui vivent de la terre, et une vieille mosquée.

Çà et là, de vieilles machines sont garées et l?endroit est quasiment désert. Il fait penser à un de ces vieux villages russes abandonné par les habitants, comme on en voit de temps à autre à la télévision.

Un « étudiant » de Cehl Meeah comme guide

Et au lieu d?individus peu accommodants, c?est un escadron de mouches qui nous donne l?assaut, attirées par l?odeur putride dégagée par un élevage de volailles, situé à quelques centaines de mètres dans un champ.

Sur le pas de la porte d?une parente, Marie-Julie Bergicourt 42 ans, une ouvrière agricole, finit de tresser les nattes de sa nièce. C?est une habituée des lieux depuis des décennies, et elle vit avec son frère, un gardien, dans une maison perchée sur les flancs de Mont-Blanc.

Donc elle voit tout ce qui s?y passe. Rien d?étrange à signaler, glisse-t-elle, sous le regard de sa nièce qui hoche la tête. À quelques pas de là, les champs se déroulent jusqu?aux contreforts de la montagne. Dans celui qui borde la route, Alain Antoine, 35 ans, ramasse les tiges coupées le matin pour les réunir en un seul tas. Il est aidé dans sa tâche par son fils de 8 ans.

« De zan mo abit isi. Mo finn vinn loue lakaz ici parski li pli bomarse. Mo pey Rs 1 500 lokasion. Moi mo madam ek mo ser nou ress ici, zame nounn gaign problem », confie-t-il avant de se remettre au travail. Il fait des heures supplémentaires pour avoir de quoi garnir son garde-manger à la fin du mois.

Ici, c?est le calme plat. Tellement tranquille que le bruit du moteur de notre véhicule attire une vieille kala et son petit-fils sur le pas de leur porte. Elle vit à Mont-Blanc depuis quarante ans et ne comprend pas pourquoi son « coin tranquille » est sujet à tant de controverse dans la presse.

C?est le même discours que tient Yousouf Mosafeer, 50 ans, un entrepreneur. Il a élu domicile dans ce trou perdu en 1970 et y a élevé ses trois enfants qui sont aujourd?hui de jeunes adultes. « Isi landrwa pli trankill, pli cal-me ki ena. Eski ounn deza tann dir ena krim isi ? Isi nou viv kouma enn sel fami, kel ke soi nou kominote », lache-t-il.

Il se laisse prendre en photo, mais demande par la suite si on peut ne pas la publier car dit-il, « je travaille par-tout dans le pays, je ne veux pas que la fausse réputation de l?endroit ait des effets sur mon travail ».

Asif Polin, un des « étudiants » de Cehl Meeah, nous sert de guide. Ce grand propriétaire terrien de la région est très remonté contre le fait qu?une équipe de la police essaie de diaboliser Mont-Blanc.

Sa bru, Hajra, est surtout en colère contre la presse pour avoir publié la photo de la région de Mont-Blanc et dit que les trois hommes arrêtés avec des armes dans une voiture, à Pétrin, à la fin de la semaine dernière, revenaient de son mariage.

Irrités, ils nous ouvrent quand même les portes de leur domicile, situé au centre de Mont-Blanc, et nous font visiter les moindres recoins du petit village pour démontrer qu?il n?est pas une cache pour de vulgaires brigands.

Dérangé dans sa sieste, Asif Polin ne se prive pas pour aller frapper aux portes des familles pour des présentations. Il ne s?émeut pas non plus, en empruntant un sentier boueux, de se salir pour nous montrer une des beautés de l?endroit : la rivière Patates.

Une escadrille de mouches

C?est un endroit rêvé pour un pique-nique. L?eau claire descend lentement vers la baie de Souillac mais quelques malotrus en ont profité pour jeter leurs immondices sur la berge. C?est la dernière chose à voir à Mont-Blanc. On laisse les gens à leurs occupations et on prend cette fois la route « neuve » pour rentrer. À défaut d?escadron de la mort, le seul élément rébarbatif dans le village est l?escadrille de mouches qui surfe sur l?odeur malodorante qui plane sur l?endroit. « Ou pas kapav dire kiksoz lor la, li mari fatige nou sa poultry la », siffle Asif Polin en rentrant pour sa sieste interrompue.

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