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Voltaire saurait-il venir au secours du nouveau millénaire ?

16 mai 2004, 20:00

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La causerie du Professeur Serge Rivière jeudi dernier à l?université de Maurice, s?intitulait ?Qu?aurait dit Voltaire de notre monde contemporain ?? Un appel au secours presque ! Mais avant de donner maints exemples du ?militantisme philosophique? de l?écrivain, il a évoqué divers points qui le rendent présent dans le milieu mauricien.

?Les Mauriciens, dit-il, connaissent tous un peu Voltaire; il est cité dans les éditoriaux de nos journalistes? D?autre part, nous passons quelquefois devant Ferney, la deuxième usine de sucre créée par La Bourdonnais en 1745?; (à partir de 1758 Ferney en Suisse fut la résidence de Voltaire près de Genève et ce jusqu?en 1778). Aussi, une des montagnes de la chaîne dite des Bambous, ?s?appelait ?Voltaire?s face? à cause de la ressemblance avec le visage du philosophe. Pour le vérifier, il aurait fallu aller à la Pointe du Diable et voir la montagne de 574 mètres au Nord Ouest? (?) ?Candide est éternellement au programme de l?université de Maurice, à la grande joie de nos étudiants, car rire est bon pour la digestion, et ils y puisent des réflexions à transmettre un jour à leurs petits enfants, comme: ?Il est certain qu?il faut voyager.? Ou, ? si tout n?est pas bien, tout est passable?.?

Le professeur Rivière explique qu?au lieu de jouer à l?autruche face ?à la politique pourrie et aux maux de notre société?, Voltaire offre une solution pratique et utilitaire aux problèmes de ce monde, en ces mots, ?Le travail éloigne de nous trois grands maux: l?ennui, le vice et le besoin [...] Travaillons sans raisonner [...] c?est le seul moyen de rendre la vie supportable.?

?Les moeurs, selon Voltaire, sont relatives, mais la nature humaine demeure la même à travers le monde et les âges.? Si l?homme et la femme ne changeaient pas, selon le professeur Rivière, Voltaire nous croirait dignes de nos ancêtres, les sanguinaires et fanatiques Abares et Bulgares ? Français et Prussiens ? qui se détruisaient pendant la guerre de sept ans (cette ?boucherie héroïque?. Le redressement du monde contemporain ? avec ses guerres, ses terroristes, ses extrémistes et fanatiques, l?injustice envers les réfugiés, la violence envers les femmes et les enfants, l?impérialisme colonial renaissant ? et de la société mauricienne, nécessiterait ainsi l?intervention du plus grand philosophe de son siècle, humaniste vigilant, engagé, et agissant. Les politiques modernes, qui fanatisent les masses actualiseraient ses idées.

L?intervenant cite René Pomeau dans Voltaire par lui-même : ?Les gens comme il faut ne songent qu?à leurs intérêts et à leurs plaisirs. Ils prennent allégrement leur parti des injustices dont souffrent les autres, ? surtout quand ils en profitent. Voltaire pousse le cri du sang innocent. Ils ne l?entendent pas [...] Il est si fatigant de réfléchir!? (p.99)?

Après Pomeau, Rivière cite Pujol : ?L?éternel Voltaire, symbole de la mémoire culturelle du siècle des lumières, nous donne l?exemple d?un ?militantisme philosophique?; il est avant Sartre ?la première figure de l?intellectuel moderne : un écrivain ?engagé?, parce que ses prises de position vont sans cesse à la rencontre de l?Histoire.? (p.5)?

?Paradoxalement, dira Serge Rivière, je retrouve des rages voltairiennes chez des prêtres, tels ce cher père Souchon qui célébrait ses 80 ans la semaine dernière ? Voltaire était lui aussi irascible, avant de mourir à 84 ans. Comme Voltaire, le père Souchon avoue dans les colonnes de l?express qu?il aime avant tout prendre le parti de l?humanité?? Serge Rivière conclut que la philosophie pour Voltaire ?est autant une question de vocation que l?est la prêtrise pour Henri Souchon.?

Ecolos

Serge Rivière expliquera encore la nécessité de lire Voltaire, polygraphe aux 150 tomes, aujourd?hui, pour la pertinence de son message. ?Mahatma Gandhi, poursuit-il, était sans doute proche de Rousseau par sa profession du retour à la simplicité et à la Nature. Toutefois, par son pacifisme et son culte de la tolérance, il se rapprocha aussi de Voltaire.? Selon l?intervenant, Voltaire aurait applaudi l?Europe unie et sa politique agricole, le Commerce libre et les activités commerciales de notre secteur privé à Maurice.

De même la question de préservation de l?homme et de son environnement pousserait de nos jours Voltaire ?à applaudir le travail des écolos, des ?verts?; lui qui plantait ses arbres à Ferney, ou qui les faisait planter, qui encourageait ses correspondants à travailler la vigne et à ?cultiver leur jardin?? N?aurait-il pas pris plaisir à la manifestation des ?éco-citoyens? à Ferney-Voltaire (une vingtaine d?étudiants, de salariés et de chômeurs, qui ont décidé de s?opposer à un arrêt préfectoral de novembre 2003 prévoyant l?abattage de près de 4000 arbres) ?? (Le Monde, le 19 avril 2004).

?Qu?aurait-il pensé de la guerre en Afghanistan, du chaos que sont l?Irak, ou la Palestine ? Car malgré tout, il avait foi en la bonté première de l?homme? Et à Ben Laden s?il le rencontrait ?? Ce sont là encore des interrogations du professeur Rivière : ?Voltaire citerait peut-être son Ode sur le fanatisme ou sa tragédie Mahomet; il dirait certainement que l?histoire se répète et que le grand homme, loin d?être le fanatique, est en fait le partisan de l?humanité.?

L?accent est mis, toujours sur la tolérance dont le philosophe fit preuve, et qui trouva sa reconnaissance, lorsque sa dépouille fut amenée dans la crypte de Sainte-Catherine en 1791 : ?Au passage de sa dépouille, des femmes et enfants et une foule immense jetaient des fleurs; sur le catafalque était écrit: ?Il combattit les athées et les fanatiques. Il inspira la tolérance. Il réclama les droits de l?homme contre la servitude et la féodalité?.?

Son livre le plus percutant, le Traité sur la tolérance (1763), démontre d?ailleurs très bien que ?Voltaire était bien l?apôtre laïque de la tolérance?, ajoute le professeur Rivière, citant le grand homme : ?Je vous dis qu?il faut regarder tous les hommes comme nos frères. Quoi! mon frère le Turc ? mon frère le Chinois? le Juif? le Siamois ? Oui, sans doute; ne sommes-nous pas tous enfants du même père, créatures du même Dieu ??

Preuve, s?il en fallait, qu?il faut donc lire du Voltaire, conclut le professeur, ?soit pour le combattre, soit pour apprécier sa verve et ses idées.?

?Mahatma Gandhi, était sans doute proche de Rousseau par sa profession du retour à la simplicité et à la Nature. Toutefois, par son pacifisme et son culte de la tolérance, il se rapprocha aussi de Voltaire.?

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