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Vivre ensemble
par Raj Meetarbhan
Les grandes manoeuvres ont commencé en vue de désamorcer la crise née du jugement Lam Shang Leen sur les haut-parleurs. Déjà, les tendances sont à l?apaisement.
Décidément, le Premier ministre a le talent de se sortir des situations les plus compliquées grâce à une approche qui lui est propre. Lors de la réunion qui eut lieu hier au bâtiment du Trésor, il n?a rien cédé sur le fond mais il a su montrer à ses interlocuteurs qu?il est sensible à leurs attentes. Ceux-ci ont apprécié.
Navin Ramgoolam n?avait pas convié ses invités à la table de négociations mais à celle des discussions. Il n?y avait rien à négocier. Le Premier ministre a expliqué qu?il est venu pour ?écouter et prendre note?. C?est exactement ce qu?il a fait. Il est resté ferme sur les questions essentielles. Mais, dans les situations tendues, il sait qu?il suffit souvent d?un geste, d?un mot ou d?une poignée de main pour calmer les esprits.
Le chef du gouvernement avait exclu de la liste de ses invités les instigateurs de la manifestation illégale qui eut lieu mardi dernier devant le Parlement. Ainsi, il n?a pas composé avec les extrémistes. Il a choisi de s?entretenir avec des hommes raisonnables, ouverts au dialogue. Cette précaution était nécessaire. Cela aurait été contre-productif de discuter avec des gens qui brandissent des menaces ou qui troublent l?ordre public pour arriver à leurs fins.
En démontrant ses dispositions à écouter les revendications des uns et en affichant la fermeté que d?autres réclamaient, Navin Ramgoolam gagne sur deux fronts. Du coup, il consolide sa position sur l?échiquier politique, à un moment où la situation économique ne joue pas en sa faveur. Etait-ce la principale motivation de sa démarche en sortant de son si-lence ? Difficile à dire. Il n?en reste pas moins que, pour le pays, le scénario redouté de l?affrontement est presque définitivement écarté.
L?escalade est arrêtée, certes, mais il y a un aspect de la réunion d?hier qui inquiète ceux qui croient dans les principes républicains. Outre le Premier ministre, ceux qui représentaient l?Etat face aux religieux musulmans étaient les ministres Asraf Dulull, Abu Kasenally, et les députés Cader Sayed Hossen, Anwar Husnoo, Reza Issack et Shakeel Mohamed. Visiblement, les travaillistes continuent à confondre l?identité religieuse avec l?identité politique. Il y a, là, une ambivalence qui met en exergue l'aspect superficiel de notre laïcité. Un pouvoir séculier doit rester neutre.
Ce sont les ministres de la Justice, de l?Environnement et des Administrations régionales qui auraient dû représenter l?État face aux religieux. Il n?y avait pas lieu de choisir les dirigeants politiques en fonction de leur appartenance religieuse. A la table de discussions, ils représentent l?intérêt national, pas celui d?un groupe spécifique.
Il faut espérer que les événements de ces derniers jours nous permettront de tirer des leçons qui contribueront à enrichir notre code de vivre ensemble et à prévenir d?autres dérapages de même nature.
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