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Vivre dans la dignité ! le cri désespéré des vieux

4 octobre 2003, 20:00

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Dignité. Les vieux n?ont que ce mot à la bouche. Qu?on ne les brusque pas parce qu?ils sont devenus plus lents dans leurs mouvements et leurs réflexes. Qu?on n?escamote pas leur pension parce qu?ils ne peuvent plus aller à la poste. Qu?on ne les jette pas à la porte parce qu?ils sont trop encombrants. Qu?on ne les agresse pas physiquement ni moralement alors qu?ils ont besoin de sérénité. Et puis surtout qu?on ne les abandonne pas, parce qu?aucun être humain n?est un îlot indépendant.

Sommes-nous alarmistes ? Loin de là. Que ceux qui chérissent leurs parents âgés ne s?en offusquent pas. Mais les travailleurs sociaux qui sont sur le terrain, en contact avec des vieux laissés-pour-compte savent combien le monde peut être cruel à l?égard de ceux qui n?ont plus les moyens de s?occuper d?eux-mêmes. Et puis, ce n?est pas par hasard que le ministère de la Sécurité sociale a choisi, dans le cadre de la Journée internationale des personnes âgées, de faire ressortir que les vieux ont besoin d?une protection particulière ? en dehors des lois existantes ? parce qu?ils sont souvent victimes de mauvais traitements à cause de leur vulnérabilité.

Même si les personnes du troisième âge se regroupent aujourd?hui dans des clubs et que l?on organise des activités à leur intention, il y en a beaucoup qui souffrent dans l?ombre de maltraitances diverses et osent à peine briser le silence. « Elles ont peur de dénoncer des personnes dont elles dépendent, peur des représailles. » C?est le constat des différents intervenants qui participaient, le 1er octobre, à un atelier de travail sur la protection des personnes âgées.

La panique les gagne

De quoi souffrent nos aînés ? De l?abandon et de la solitude. Il n?y a pas pire pour une personne âgée. « Je connais quelqu?un qui a travaillé pendant toute sa vie pour envoyer ses enfants à l?école. Une fois qu?ils ont eu un emploi, qu?ils se sont mariés, ils n?ont plus donné signe de vie jusqu?à ce qu?ils apprennent que leur père vendait une maison. Ils ont alors renoué avec lui, réussi à obtenir une partie de l?argent ainsi recueilli et ont disparu de nouveau. Quelques mois plus tard, le père a été amputé des jambes et il est mort peu de temps après. Ses enfants ne sont jamais venus le voir et n?ont pas assisté à son enterrement non plus. Cet homme-là est mort avec le sentiment que sa souffrance n?a suscité aucune émotion chez ses enfants. Et pourtant il les avait aimés », raconte une coquette vieille dame que nous avons rencontrée à Pointe-aux-Sables. Mais parfois, par oubli peut-être, on ne se rend pas compte des désagréments qu?on peut causer aux vieux. Des choses simples, comme cette scène dont nous avons été témoins ce jour-là. Deux vieilles dames et un vieux monsieur vont à Port-Louis. Les cheveux grisonnants, le corps un peu voûté, ils papotent gaiement tout au long du trajet. Arrivé à Port-Louis, au lieu d?entrer sur la place Victoria, l?autobus continue son trajet pour s?arrêter derrière les Casernes centrales. Les vieux s?affolent. Ils ne prennent probablement pas souvent le bus et ignorent que cette gare routière est en réfection. La panique les gagne : « Cot nous pé aller ? Nou pou bizin marche beaucoup ! », « Matelot mo ti pé hate pour arrive lor la gare pou alle toilette, get comié bizin marsé aster là ! ». Rien n?indiquait que ce bus, dont la destination affichée était la capitale, ne suivait pas l?itinéraire habituel. Il leur a donc fallu parcourir une bonne distance pour pouvoir enfin aller aux toilettes.

Cet exemple banal n?est rien en comparaison d?autres abus et négligences dont nos aînés sont victimes au sein de la famille. Les cris du c?ur étaient d?ailleurs nombreux au cours de cette journée au centre récréatif de Pointe-aux-Sables, dont le thème était la protection des personnes âgées. Un thème qui tombe à point nommé quand on sait qu?une dame de 78 ans a été violée et sodomisée par un malfrat sous les yeux de son mari. Le ministre Lauthan n?a d?ailleurs pas manqué de condamner cet acte barbare. « Ce n?est pas possible qu?à cet âge où l?on a besoin de calme, de sérénité, on doive encore ressentir de la frayeur, rester sur le qui-vive, être traumatisé. »

Plus de compréhension

De nombreux participants, en particulier des retraités, des policiers, des médecins, des travailleurs sociaux et des directeurs de centres d?accueil pour personnes âgées, ont donné leur opinion sur l?ébauche d?un projet de loi qui vise à mieux protéger les personnes âgées.

Il est en effet question de mettre en place un Elderly Network pour veiller à ce que les vieux soient bien traités, qu?ils ne soient pas victimes d?abus et qu?ils trouvent un lieu où ils peuvent se confier.

Le besoin de sanctionner plus sévèrement ceux qui font du tort aux vieux, qui les manipulent par des mensonges, des menaces ou par la promesse de s?occuper d?eux, est souvent revenu sur le tapis. On a évoqué des peines d?emprisonnement sans caution. Les intervenants ont aussi profité de l?occasion pour faire ressortir que les lois existantes ne sont pas assez connues et que, trop souvent, les aînés ne connaissent pas leurs droits.

Ils ont aussi lancé l?idée d?une aide financière pour ceux qui ont une personne âgée à leur charge. On a en outre parlé des difficultés que rencontrent les personnes âgées pour renouveler leur permis de conduire après soixante ans, des queues interminables sous la pluie et le soleil. Ils ont proposé d?étendre les visites médicales à domicile à ceux qui ont 75 ans et ont plaidé pour qu?il y ait moins de lenteurs administratives. Mais au-delà de ces revendications, les personnes âgées demandent surtout plus de compréhension à leur égard.

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Les priorités de Farida Oodaly, médecin et formatrice

« Ce qui est arrivé à cette dame de Floréal est un indicateur. Nous devons anticiper les problèmes, prendre conscience qu?avec la montée de la délinquance et l?obsession de l?argent, la sécurité des personnes âgées n?est pas assurée. » Farida Oodaly qui ?uvre dans le médico-social depuis des années, ne cache pas son inquiétude. Face à la situation, même si le cas peut paraître isolé, elle préconise l?action.

« On n?a pas à réinventer la roue. Il existe des moyens de protéger les vieux en mettant un téléphone à la disposition de ceux qui vivent seuls et en installant des systèmes d?alarme reliés à un centre de surveillance qui peut intervenir à n?importe quel moment », explique-t-elle.

Elle pense également que les autorités et les ONG doivent redoubler d?efforts à d?autres niveaux pour mieux aider les personnes âgées « Ces personnes ne sont pas toujours au courant de toutes les ressources mises à leur disposition. Il suffit de voir combien d?entre elles vont à Port-Louis, alors qu?elles pourraient faire les mêmes démarches près de chez elles. »

Pour elle, la priorité demeure la sensibilisation. « Le nombre de personnes âgées augmente, il faut déjà sensibiliser la population au sujet des précautions à prendre, non seulement en matière de santé pour que leur vieil-lesse soit plus sereine, mais aussi en ce qui concerne les finances. » Il faudrait donc investir dès maintenant dans les assurances pour avoir une retraite plus confortable.

Le souhait de Farida Oodaly, c?est que tous les Mauriciens deviennent gérontologues. Elle contribue déjà à former des gens qui travaillent avec les vieux et les handicapés et voudrait que ce cours soit ouvert au public pour que tous apprennent les gestes et attitudes à adopter envers les personnes âgées.

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