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Visa X : Enquête sur le porno

19 mars 2006, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Nous sommes tous des hypocrites ! C?est la conclusion que nous sommes tentés de tirer après notre enquête sur la pornographie à Maurice. Le pays entier s?est offusqué récemment des vidéos licencieuses mettant en scène une collégienne et quatre jeunes. Mais personne ne semble vouloir accepter que, malgré toutes les interdictions et autres restrictions en vigueur, le divertissement pour adulte est un produit de grande consommation dans l?île.

Nous sommes à la rue John Kennedy à Port-Louis. Il est 14 h 30. Un vendeur à la sauvette scrute les visages des passants. De temps en temps, il s?approche de l?un d?eux, de préférence un jeune à l?allure décontractée, et chuchote : « Ena CD porno. CD porno. » La même phrase est répétée à chaque fois qu?un client potentiel passe à la portée du vendeur. En l?espace de 15 minutes, il appâte quelques curieux, dont des collégiens. Certains repartent discrètement, après un bref échange d?argent. Le VCD acquis est vite rangé dans le cartable.

Le rayon porno de ce vendeur est drôlement étoffé. « Mo ena enn ta fim hard bollywood. Ou interese ? », demande le vendeur. Mais a-t-il du « local » ? D?un ton naturel et après un rapide coup d??il autour de lui, il déroule son menu. « The Show, version 26 minutes à Rs 1 200. Il faut laisser la moitié de la somme aujourd?hui et venir récupérer le CD en payant le reste demain. » Depuis l?affaire The Show la vente de CD pornos a explosé dans les rues de Port-Louis et des autres villes.

« Avant j?en vendais sept ou huit au maximum les bons jours. Maintenant, c?est une dizaine par jour. À Rs 200 au minimum, c?est très rentable. Si mo ti pe vann zis CD film indiens mo ti pou gaign bien moins », se félicite Sameer, qui déambule rue Sir William Newton, à Port-Louis. Et pour cause, cette activité lui assure des recettes d?environ Rs 2 500 par jour.

Mauricien débrouillard

Mais d?où proviennent tous ces CD et DVD pornos qui sont vendus à la sauvette où que l?on retrouve dans certains magasins et nombre de vidéoclubs du pays ? Existe-t-il un réseau d?importateurs de films qui dupliquent et revendent des copies pirates ?

« Non, il n?y a pas vraiment de réseau. Ce sont plutôt des films copiés à partir d?émissions pornos que l?on capte à Maurice », explique un enquêteur de la police. Chaîne porno que l?on capte à Maurice ? Mais la diffusion d?émissions de ce genre ou toute vente de matériel à caractère pornographique est illégale à Maurice, non ? Oui, mais pas vraiment?

En effet, selon nos lois, ni Canal Satellite ou Parabole Maurice n?ont le droit de diffuser des chaînes ou des émissions à caractère pornographique dans les bouquets proposés aux Mauriciens. Mais le système a été contourné. Des centaines de nos compatriotes captent, sans être moindrement inquiétés, XXL et Hot Show, les deux chaînes qui diffusent des films X quotidiennement sur Canal Satellite et Parabole Maurice respectivement. Comment ?

Tout simplement en s?abonnant à la Réunion. « Nous ne pouvons pas dire que nous avons des clients mauriciens. Tous ceux qui s?abonnent à Canal Satellite Réunion doivent fournir des preuves de domiciliation et des coordonnées bancaires à la Réunion pour qu?ils soient facturés. Mais nous recevons souvent des appels de Mauriciens qui nous demandent d?activer la chaîne XXL. Ce que nous refusons », explique une responsable de Canal Sat Réunion.

Mais c?est connu, le Mauricien est débrouillard et il arrive souvent à ses fins. Ainsi, certains ont recours à des d?amis ou des parents qui habitent la Réunion. Pour Parabole ou Canal Sat, les abonnés sont Réunionnais, sauf que les cartes à puce sont utilisées sur les terminaux satellites à Maurice. Toutes les chaînes sont alors accessibles. Un abonnement qui donne accès aux chaînes pornographiques coûte quand même la bagatelle de Rs 1 600 voire même Rs 1 800. Un prix qui rebute beaucoup d?amateurs !

Mais certains se débrouillent autrement. « Je connais du monde à Parabole Maurice. J?ai passé un coup de fil et on m?a activé la chaîne Hot Show. C?était aussi simple que ça. Pas besoin de passer par la Réunion », affirme Clotilde. Parabole Maurice n?a pas souhaité faire de commentaires sur le sujet, son directeur du marketing préférant nous renvoyer au directeur général qui a choisi, quant à lui, de ne pas répondre à nos appels.

Accés au porno démocratisé

Tandis que la grande majorité d?amateurs de chaînes X se contente de regarder leurs petits films dans leur coin, une petite communauté se livre à un véritable trafic. Il y a d?abord les professionnels. Ceux-là enregistrent les films pour ensuite les louer dans leurs vidéoclubs à Rs 20 plus cher que les autres films. D?autres encore alimentent le petit réseau de vendeurs à la sauvette en dupliquant une centaine de copies du même film avant de l?acheminer vers de véritables réseaux de distribution.

En fonction de la qualité et du casting du film? le prix chez les « grossistes » peut varier de Rs 50 à Rs 200.

Il y a aussi les petits trafiquants amateurs. Essentiellement des jeunes qui ont réussi à bidouiller le système de verrouillage parental pour pouvoir enregistrer les chaînes pornos. Il ne leur reste plus qu?à faire de bonnes copies avant de les échanger ou les revendre avec des copains de classe. « Que pouvons-nous faire ? Fouiller tous les élèves ? Nous savons que l?échange de VCD est chose courante, mais comment sévir ? J?ai même appris que des séances payantes étaient organisées chez un élève pour ses camarades de classe.

À Rs 50 la place, chaque séance lui revenait à Rs 600 environ », confie Fawzeea, qui est enseignante dans un collège public.

Tout a été bouleversé par l?accès facilité au porno. D?abord par Internet, car contrairement aux chaînes qui peuvent être cryptées, la consultation de sites pornographiques et le téléchargement de contenu X à partir d?Internet sont choses courantes à Maurice. Les images téléchargées se retrouvant ensuite sur des CD échangés entre copains ou vendus à des prix sacrifiés de Rs 100. Toutefois, la qualité est souvent moyenne.

Cette déferlante d?images et l?accès démocratisé au porno induit de nouveaux comportements chez les jeunes.

« Selon nos observations, à 12-13 ans un enfant est déjà en contact avec la pornographie. En regardant ces films, les ados finissent par croire que c?est une représentation fidèle de la réalité et trouvent normal d?adopter les mêmes comportements sexuels et attitudes vis-à-vis des femmes », affirment Dhiren Moher et Dany Philippe, respectivement président de Prévention, information et lutte contre le sida (Pils) et coordinateur de l?unité de prévention au Centre de solidarité pour une nouvelle vie.

C?est la banalisation de ces images qui a conduit nos cinq adolescents à s?adonner à des ébats sexuels en groupe et à se filmer avec une stupéfiante décontraction. Mais The Show n?est que la partie visible de l?iceberg. D?autres vidéos existent et circulent.

« L?an dernier un autre clip pornographique a circulé en cercle fermé sur Internet. Il montrait un couple mauricien se livrant à divers actes sexuels sur fond de musique indienne. Ce n?étaient pas des étudiants.

La façon dont ils se comportent, les prises de vues et la qualité de l?image nous mènent à dire que c?étaient des professionnels », avance le travailleur social Cadress Rungen. Une bonne dizaine de vidéos semblables existent et depuis l?affaire The Show leur mise en vente et leur diffusion sur Internet explosent.

Depuis plus d?un an, il ne se passe pas un mois sans qu?une saisie de CD pornos ne soit effectuée dans des vidéoclubs. Malgré tous les moyens de lutte, le porno semble ne jamais vouloir disparaître. À défaut de l?éliminer complètement, il va plutôt falloir vivre tout en essayant d?en limiter les effets. Mais pour cela, il va falloir cesser d?être hypocrite en prétendant que la circulation du porno est restreinte à Maurice.

Dossier réalisé par Rabin Bhujun, Bindu Boyjoo et Érick BRELU-BRELU

Ce que dit la loi

Tandis que les films érotiques se contentent de montrer des actes sexuels simulés, les films pornographiques les représentent de manière explicite. Sont ainsi rangés dans cette catégorie les films montrant explicitement des actes sexuels, avec ou sans pénétration, et qui peuvent être jugés dégradants pour l?homme et la femme. La loi à Maurice interdit toute importation, diffusion, commerce ou échange de matériel pornographique. Mais la détention de films ou revues pornographiques pour un visionnage dans le cadre privé n?est passible d?aucune peine.

Un gang organisé et tatoué

Trois semaines depuis l?éclatement public de « The Show », les enquêteurs commencent à y voir plus clair, car d?autres informations remontent à la surface. Une deuxième collégienne, fréquentant le même établissement scolaire, a dénoncé les méthodes d?un gang de jeunes, qui aurait abusé de sa confiance. Son témoignage comporte des similitudes avec les méthodes de filmage de « The Show ». Outre le téléphone portable, une caméra vidéo cachée a enregistré les ébats avec son petit ami. Et les images ont circulé en comité restreint. Le petit ami fait partie d?un gang de collégiens qui se distinguent par ses tatouages. Ce groupe aurait filmé d?autres collégiennes après les avoir séduites. Quant à la première étudiante, elle a repris normalement le chemin de l?école. Ses parents et un psychologue la soutiennent. « Elle n?a rien d?autre à dire sur cette affaire », laissent entendre ses proches.

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