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Videurs, ces hommes en noir?
Jean (prénom fictif) est videur dans une boîte de nuit à Curepipe. Le jour, c?est une personne «normale» qui jouit d?une confiance aveugle de son employeur. Mais la nuit (surtout les week-ends) et à l?insu de son employeur principal, Jean s?habille en veste et pantalon noirs pour aller dans une boîte de nuit.
Non, ce n?est pas pour danser toute la nuit. Il va y travailler comme videur jusqu?aux petites heures du matin. Il a été recruté parce qu?il connaît le propriétaire qui lui fait confiance.
«Je ne le fais pas pour de l?argent.» En fait, confie-t-il, il aime ce sentiment de puissance que lui confère son statut de videur. Posté à la porte, il peut décider, sans justification aucune, qui peut ou pas avoir accès à la discothèque. Quand ce sont des policiers off duty qui se pointent, Jean et ses amis prennent un plaisir malin à les refouler. «Parfois, je les laisse entrer mais je les surveille. Au premier débordement, c?est la porte ! Quand il y a des situations qui dégénèrent, on utilise la violence. Je suis payé pour», explique-t-il sans la moindre trace d?embarras.
Toutefois Jean a tort. Il n?est pas payé pour frapper des gens mais pour assurer la sécurité dans un lieu où par définition - puisque l?alcool coule à flots - les gens peuvent devenir violents. Cependant la ligne de démarcation est très fine pour la bonne et simple raison qu?il n?y a aucune loi qui régit l?activité de videur ou bouncer comme ils sont vulgairement appelés en anglais.
«La loi est silencieuse à ce sujet», dit Pascal Hoffman, propriétaire de la boîte de nuit Les enfants terribles à Pointe-aux-Cannoniers. Les propriétaires recrutent donc les videurs qu?ils connaissent car il n?y a pas de méthode de recrutement à proprement parler.
Pascal Hoffman a trois videurs à son service. Des personnes qu?il connaît depuis dix ans et qui ont travaillé avec lui dans ses différentes boîtes. Le cas de Les enfants terribles est spécial puisque la clientèle est très sélective et les videurs ne sont pratiquement jamais requis «pour mettre de l?ordre» à l?intérieur. C?est à la porte qu?ils sont utiles car ils connaissent les membres du club et ils savent qui laisser entrer ou refouler.
Les choses sont différentes dans les autres boîtes, disons plus populaires. «Ce sont les gros bras eux-mêmes qui approchent les propriétaires et offrent leurs services moyennant paiement, affirme quelqu?un du milieu. Souvent pour démontrer leur ?compétence?, ils créent un problème et ensuite ils s?évertuent à ?ramener l?ordre? pour mettre l?employeur en confiance.» Bien évidemment, il n?y aurait pas ces problèmes si l?activité de videur était reconnue comme un métier réglementé.
Intimider les gens
Comme, par exemple, en Grande-Bretagne où les doormen sont des videurs à plein temps. Dans la journée, ils vont à la gym. Le soir, ils enfilent leurs habits noirs pour intimider les gens... Ce qui est important, c?est qu?ils sont formés et même en first aid et qu?ils opèrent sous le Private Security Industry Act.
Il y a 170 000 door supervisors en Grande-Bretagne et ils travaillent pour des firmes déclarées et reconnues par la loi. Les discothèques font appel aux firmes et non pas directement aux doormen. C?est la firme qui décide qui envoyer à quelle boîte de nuit et un doorman est payé entre £ 18 et £ 30 par heure car il est estimé qu?ils font un métier qui met leur vie en péril.
La loi anglaise permet aux doormen d?utiliser une force «raisonnable» envers les fauteurs de troubles dans le but de les mettre à la porte ou d?arrêter une bagarre. Ils sont équipés d?un walkie-talkie qui les relie à la police. Ils sont aussi en contact direct avec les responsables du CCTV (caméras de surveillance) placées dans les clubs et les sorties d?urgence.
Il n?empêche que les doormen sont aussi connus pour être des gens violents qui abusent souvent de leurs pouvoirs. De tels abus aboutissent parfois à des pertes de vies. Une cour de justice canadienne en a récemment condamné trois qui ont causé la mort d?un client d?une boîte de nuit.
Cette cour a cependant reconnu qu?ils avaient le devoir et l?autorité de protéger le lieu dont ils ont la responsabilité de même que le personnel et les clients qui s?y trouvent mais en utilisant une «force raisonnable»
CONTROLE
Descente de la MCIT dans les discothèques
Une vingtaine d?officiers de la «Major Crime Investigation Team» (MCIT) ont effectué une «descente» dans les discothèques du Nord samedi soir. Leur action est liée aux problèmes rapportés concernant des videurs. L?attitude de ces policiers a été décriée par les propriétaires des boîtes de nuit qui se sont plaints au commissaire de police. Ils ont déclaré que l?opération de samedi était contraire à ce qui avait été décidé entre eux et la police vendredi, au cours d?une rencontre.
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