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Victor Hugo : ?Tous les mots sont égaux?

6 mars 2006, 00:00

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Hugo ne cesse de s?opposer à toute forme de censure, cette ?peine de mort pour la liberté de penser.? A l?occasion de son anniversaire ? Victor Hugo est né le 26 février 1802 ? il fallait un cadeau particulier. Plus qu?un clin d??il au romancier, poète, dramaturge et homme politique.

L?avantage avec lui, c?est qu?il a un avis sur tout. Sa plume ne se prive pas de coucher sur papier ses arguments. Un régal pour le lecteur. Un homme dangereux pour les censeurs du 19ème siècle.

L?auteur tâte du ciseau dès ses débuts littéraires. Son Inès de Castro en est victime en décembre 1822. C?est au tour de Marion de Lorme, en 1829, acceptée par le Théâtre-Français, et aussitôt interdite par la censure royale. Hugo a 27 ans. Il demande audience au roi, qui le reçoit mais ne cède pas. Le roi lui propose le doublement de sa pension royale en guise d?indemnité, ce que Hugo refuse, malgré sa situation financière précaire.

Il met alors en chantier Hernani. Aussitôt que la pièce est connue, c?est le déchaînement, non seulement de la censure, mais aussi des défenseurs du théâtre classique que les ?paroxysmes flamboyants de l?inspiration hugolienne épouvantent.? Hugo lui est entouré de ses amis fidèles : Dumas, Gautier, Nerval.

De son côté, un complot des conseillers royaux se charge de faire de la pièce un échec. Hernani, disent-ils, est si mauvaise que le public se chargera de la faire tomber. On orchestre le chahut pendant la première représentation. Mais un pamphlet favorable à l?auteur expose les rouages de la machination. Le complot échoue.

En 1832, pour Le Roi s?amuse, accepté lui aussi par la Comédie française, la tactique imaginée pour Hernani va resservir. Hugo n?est pas sur ses gardes. Le chahut de la première, entraîne la suspension des représentations. Une suspension rapidement changée en interdiction. Hugo refuse désormais de toucher sa pension.

Dans la vie politique Victor Hugo est toujours en porte-à-faux. Il sympathise avec ceux qui, quelle que soit la forme du gouvernement, veulent la véritable liberté.

<B>Des prises de positions politiques qui dérangent</B>

Le théâtre est très réglementé en France au 19ème siècle. Les troupes ambulantes doivent soumettre leur répertoire au préfet qui le transmet au ministère de tutelle. Une étude montre que Hugo est presque absent des théâtres du Sud-Ouest. Entre autre raison : son nom figure souvent dans la liste des auteurs dont les pièces ?sont recommandées à l?attention de MM. Les Préfets?. La révolution de 1830 a théoriquement aboli la censure mais ?très vite le gouvernement craint toutes les formes que peut prendre l?agitation autour des représentations dramatiques.?

Les adaptations théâtrales de ses romans, en particulier Notre Dame de Paris, connaissent régulièrement les rigueurs de la censure. Hugo est jugé scandaleux dans ses choix esthétiques, il dérange dans ses prises de positions politiques. Même quand ses pièces sont autorisées, elles sont peu jouées.

Hugo lui-même sait à quel point son théâtre peut déstabiliser acteurs et spectateurs. Il prend soin d?accompagner ses pièces d?une notice à l?attention des metteurs en scène de province. Celle de Marion Delorme dit en substance : ?Observez le spectateur, voyez ce qu?il peut supporter (?) mais ayez le courage de supprimer à la représentation ce que la représentation ne saurait encore admettre. On ne doit pas oublier que nous sommes dans la transition d?un goût ancien à un goût nouveau.?

À Bordeaux en 1873, Les Misérables sont autorisés ?sous réserve des coupures au crayon rouge?. Le théâtre hugolien est accusé d?immoralité et de violence avec son ?attirail ordinaire de dagues, de poignards et de coupes empoisonnées.?

En opposition farouche à l?empereur Napoléon III, le poète compose un violent pamphlet : Napoléon-le-Petit, bientôt assorti d?un recueil de poèmes, Châtiments, publié à Bruxelles en 1853 et interdit en France.

Hugo met ses talents d?écrivain au service de son combat pour une société plus juste. Il défendra les droits de l?Homme, la laïcité, le suffrage universel, l?unification de l?Europe et la liberté de la presse. Il combattra l?usage de la guillotine, le travail des enfants, la déportation, la misère et l?exclusion sous toutes les formes. ?Je suis de ceux qui pensent qu?on peut détruire la misère.?

SON PARCOURS

<B>Hugo en quelques dates</B>

■ 1802 Naissance de Victor Hugo, le 26 février, à Besançon. Son père est militaire, il deviendra général d?Empire en 1809.

■ 1822 Le 12 octobre, il épouse Adèle Foucher

■ 1824 Naissance d?une première fille, Léopoldine

■ 1825 Le poète est fait chevalier de la Légion d?honneur.

■ 1830 Première d?Hernani. La représentation donne lieu à un scandale retentissant. La même année naît la seconde fille de Victor Hugo, Adèle

■ 1831 Notre-Dame de Paris est terminé.

■ 1833 Victor Hugo devient l?amant de l?actrice Juliette Drouet, qui lui restera dévouée toute sa vie.

■ 1841 Hugo est admis à l?Académie française, après trois tentatives infructueuses.

■ 1843 Le 4 septembre, Léopoldine se noie. Victor Hugo est alors en voyage dans les Pyrénées et il apprend la nouvelle de la mort de sa fille par hasard, en feuilletant un journal dans un café.

■ 1845 Louis-Philippe nomme Hugo pair de France. La même année, le poète amorce la rédaction des Misérables.

■ 1848 Hugo est nommé maire provisoire du VIIIe arrondissement.

A la fin de l?année, il soutient la candidature de Louis-Napoléon Bonaparte à la présidence de la République.

■ 1851 Hugo objecte à la politique de Louis-Napoléon Bonaparte et, en décembre, il tente d?organiser la résistance au coup d?état du futur empereur. Il doit s?exiler en Belgique.

■ 1852 En janvier, le poète est officiellement expulsé de France. Il s?installe alors à Jersey (d?où il sera expulsé en 1855, ce qui forcera Hugo et sa famille à aller vivre à Guernesey).

■ 1861 Hugo termine Les Misérables.

■ 1871 Le 8 février, Hugo est élu député de Paris à l?Assemblée nationale qui siège alors à Bordeaux. Le 8 mars, il démissionne en pleine séance de l?Assemblée. Le 13 mars, Charles, le fils aîné du poète, meurt.

■ 1876 Hugo est élu sénateur. L?une de ses premières interventions est lancée en faveur d?une amnistie pour les communards. Il reviendra à la charge en 1879, puis en 1880.

■ 1885 Le 22 mai, Victor Hugo meurt d?une congestion pulmonaire.

Le 1er juin, des funérailles nationales lui sont consacrées.

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