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Vicky, le jeune homme dévoré par les flots

20 mars 2005, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Lindsay et Ashley Duval sont face à la mer. Père et fils se sont installés sur les rochers bordant la plage appelée La Passe, à proximité du site touristique du Souffleur, plongés dans une attente morbide.

Les yeux rivés sur le grand bleu, ils scrutent le moindre objet charrié par les vagues déferlantes et qui pourrait ressembler à un corps humain. Car parfois, la mer rend ce qu?elle a pris?

Cela fait quatre jours, mercredi, que le neveu de Lindsay, Vicky Mohesh, 21 ans, a été englouti par l?océan. Venu pique-niquer à cet endroit avec des amis, le mécanicien a été emporté au large par une lame de fond lorsqu?il s?est aventuré dans l?eau.

Ce samedi 12 mars, le temps est idéal pour une sortie à la plage. Les pluies des deux dernières semaines viennent de céder la place à un soleil radieux.

C?est jour férié, fête nationale oblige. Comme le magasin de pièces de rechanges est fermé, Vicky décide de remettre son travail à la maison au lendemain, histoire de prendre du bon temps. Il quitte L?Escalier avec cinq amis. Ils contournent la sucrerie Savannah et empruntent un long sentier à travers les champs de cannes et un chassé pour atteindre Le Souffleur.

Une chaîne humaine pour tenter de le sauver

Parvenu sur place, l?océan bleu marine contraste avec le ciel clair. Les vagues s?écrasent avec fracas sur la falaise qui mène à La Passe. Un spectacle grandiose.

La plage, mis à part la bande de sable blanc, n?a rien de comparable avec les images de cartes postales. Ici, point de lagon. Le large est à quelques mètres. Les vagues qui se ruent vers la terre font plus de deux mètres de haut.

À des dizaines de mètres de là, sur les falaises qui surplombent Le Souffleur, un large panneau déconseille vivement la baignade. Mais comme le font bon nombre d?habitants de la région, Vicky s?est mis à l?eau dès qu?il est arrivé sur place.

Vers 14 h 35, le jeune homme s?est avancé dans l?eau écumante. Nul ne sait pourquoi. « Vine sove mwa, mo pa konn naze », hurle-t-il à ses amis. L?un d?eux nage en sa direction, mais ne parvient pas à le rejoindre, le courant est trop violent.

Des pique-niqueurs et ses amis font une chaîne humaine, dans l?espoir de le récupérer. En vain. La marée a vite fait d?emporter Vicky au loin.

« Vague ine risse li. Seki noune aprane, persone pane rod rant dan delo, sipozer li riskan », déplore le cousin du disparu, Vishal Mohesh. Et le poste de police du village est aussitôt mis au courant du drame qui se joue.

« Les officiers de police de L?Escalier nous ont donné un coup de main, mais les hélicoptères de la police étaient trop occupés avec les célébrations de la fête nationale à Mahé-bourg pour nous aider dans les recherches.

Un appareil n?est apparu dans le ciel que tard dans l?après-midi. »

Oodaye, le père de Vicky, est, quant à lui, très remonté contre la section héliportée de la police ainsi que les gardes-côtes. « Coast guard ine vini tar zot oussi et zot pas ti ena plongeur ar zot », lance-t-il.

Disloqués sous l?effet du ressac

Oodaye sollicite l?aide des pêcheurs et des volontaires de la région pour retrouver le corps de son fils. « Zot ine fer le maximum, me la mare ine monte et zot pann kapav kontigne bane recherches.. » Le lendemain matin, l?hélicoptère et les gardes-côtes sont très en retard pour les recherches, raconte Vishal. Peine perdue, l?exercice ne donne rien. « On a dû contacter notre député pour que les plongeurs du GIPM daignent nous aider? Mo diman mwa kot nou pé allé dan Moris. Mone bizin guet politisien pou aktiv bann resers », s?indigne Oodaye à la fin du deuxième jour de prière pour le repos de l?âme de Vicky, mercredi.

« Aster la, kan GIPM ine vini, zot pena lekipman plonze. Serzan ki responsab la pane oule renant dan dilo, li arogan ek li dire enn so zom ine trouv rekin ek tazar dan dilo », poursuit Vishal.

« On leur a bien dit que les gens d?ici n?ont pas eu peur de plonger, qu?ils n?étaient pas suffisamment formés pour explorer les caves sous-marines se trouvant dans le périmètre où Vicky a disparu? » Les hommes-grenouilles se sont jetés à l?eau, mais ils sont vite remontés dans l?embarcation ancrée au large, enrage Oodaye. Il est aussi très mécontent du manque d?é-gards et de tact de l?unité d?élite. « Letan mo pe koze ek zot serzan, ene so zom vini dire :? bé dire li telefon hélicopter-la li mem serzan? Dan sa ler la, mo ti kapav virer ek flank li de kalot ».

« Tout a été fait pour retrouver le corps du jeune homme. L?hélicoptère et les gardes-côtes se sont dirigés sur place aussitôt l?alerte donnée », se contente-t-on d?expliquer aux Casernes centrales.

Chez les Mohesh, ce mercredi après-midi, il n?a plus aucun espoir de retrouver Vicky vivant. Mais elle garde toujours espoir de récupérer sa dépouille. « J?aurais aimé organiser les funérailles de mon unique fils », déclarait alors Oodaye. Tôt jeudi matin, le cadavre sans tête et sans pieds est repêché par une équipe des gardes-côtes. « Il se trouvait là où on avait dit aux hommes du GIPM qu?il devait être », soupire Vishal.

Le médecin légiste Sudesh Kumar Gungadin n?a pu déterminer les causes exactes du décès de Vicky, le corps étant dans un état de décomposition avancée. Sa tête et ses pieds ont dû se disloquer sous l?effet du ressac.

« Mon fils est déjà mort. Je ne suis pas en train de régler des comptes avec les gardes-côtes et le GIPM. Je ne souhaite pas à mon pire ennemi ce que je viens de vivre. J?espère simplement que d?autres personnes seront sauvées plus vite à l?avenir », explique Oodaye, en tentant de consoler son épouse, Bidwantee, encore tétanisée par la disparition subite de Vicky.

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