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Vice-chancelier de l?université de Maurice
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Vice-chancelier de l?université de Maurice
● <B>Quelle est la philosophie qui anime le plan stratégique 2006-2015 de l?université ? </B>
C?est un plan d?avenir. L?université de Maurice est relativement jeune mais elle a des assises suffisamment solides pour envisager l?avenir avec optimisme, dans la mesure où on peut tirer les leçons de nos faiblesses et en faire des atouts. Aujourd?hui, il est question de motiver les chercheurs et les étudiants dans le champ de la recherche et du développement. 80 % de nos ressources devront être dirigées vers nos besoins nationaux. Et cela passe par la recherche et le développement. Jusqu?ici, il n?y a pas eu de réel intérêt à promouvoir l?innovation et la compétitivité. On est imprégné d?une culture où c?est l?Etat qui fait. On pourrait même dire que c?est une culture d?assistés. Désormais, avec le sucre et le textile, ce sont nos traditionnels filets de protection qui s?élaguent. Avec le retard qu?on a accumulé en termes de recherche, de compétitivité et d?innovation, on mesure l?étendue de la tâche.
Sur le plan de la recherche, jusqu?ici l?esprit de collaboration entre chercheurs a fait défaut. Chacun travaillait de son côté parce qu?on récompensait les gens qui publiaient individuellement dans des périodiques scientifiques internationaux. Les travaux collectifs ne jouissaient pas du même prestige. C?est cet esprit pluridisciplinaire qu?il faut désormais encourager. L?université s?est déjà engagée dans cette voie et les premiers résultats sont concluants.
Les centres pluridisciplinaires et transversaux ont été ainsi bien accueillis. D?un seul coup, on a enlevé les barrières structurelles entre les départements et les chercheurs. Du coup, des experts de différents secteurs en interne aussi bien qu?en dehors de l?université se mettent ensemble pour s?attaquer aux grands enjeux nationaux. L?université a aujourd?hui suffisamment d?expertise pour réunir les gens du privé, du public, de la société civile, aussi bien que des étrangers pour remplir cette fonction.
● <B>La recherche fonctionnelle ne fait pas partie de notre culture. Comment son introduction a-t-elle été accueillie? </B>
Très bien surtout que le mécanisme proposé permet à chacun de s?exprimer. Il n?y a pas de hiérarchie. Un groupe de recherche élit son chef qui est le meneur. Si celui-ci ne réussit pas dans ses fonctions, il est écarté.
● <B>Physiquement, comment fonctionne ce centre d?excellence ? </B>
Alors que les départements de l?université fonctionnent en tant qu?entités d?enseignement, la plate-forme de recherche est, elle, virtuelle. Il faut aussi savoir que cette insistance sur la recherche vise à impliquer les étudiants dans le processus. A ce stade, un réseau de contacts, local et international, s?est mis en place. Les projets de recherche sont, eux, soumis à un procédé défini avec des rapports de suivi avant la publication du document final. Mais l?important est de susciter le sens d?appartenance au projet.
● <B>L?autre priorité de l?université est sa capacité d?accueil. La demande est élevée. Comment résoudre ce problème ? </B>
On est effectivement plein à craquer. Il y a deux façons d?aborder la question. On peut lancer des cours en ligne avec quand même des contacts personnalisés. On a déjà commencé avec des modules à distance. Ensuite, il reste à viser un développement infrastructurel. On continue à prendre des initiatives en ce sens. Déjà on a acquis un terrain au Cybervillage où sera lancée l?école de commerce internationale et d?Information Technology (IT). Pour le IT, on a déjà un accord de collaboration avec la meilleure école indienne dans ce secteur, celle de Kanpur. On continue à innover en assurant de nouveaux cours et on fait participer le maximum de personnes à cette dynamique.
● <B> Justement, vous devez être confronté à l?épineuse question de la rareté des ressources ? </B>
C?est vrai. Ce qui est encore plus vrai, c?est qu?on ne peut recruter et retenir toutes les compétences surtout avec les salaires basés sur le principe du PRB. Ce qui fait que les gens viennent et partent après quelque temps. Ce qui est aussi vrai, c?est qu?on est très sélectif en termes de recrutement. C?est ce qui explique que quelque 50 % de notre personnel sont des employés à temps partiel. Ce sont des actifs qui apportent une expérience du monde du travail. L?inconvénient, c?est qu?ils ne peuvent vous donner le meilleur de leur temps.
● <B>Les étudiants non plus ne semblent trouver le temps pour animer la vie culturelle de l?université?</B>
Généralement, la vie sociale sur un campus dépend des initiatives du corps estudiantin et de l?existence d?un campus résidentiel. Si on avait un tel campus, on aurait attiré davantage d?étrangers avec ce que cela aurait engendré en termes de partage et de diversité. Du coup, l?animation de la vie du campus aurait pris une autre dimension. A ce jour, l?Union des étudiants organise de plus en plus d?activités. Pour ma part, j?ai demandé aux étudiants de ne pas concentrer leurs activités à Réduit. Toutefois, il y a un élément culturel et une question d?habitude à prendre en compte. Avec un système éducatif, au primaire et au secondaire, orienté vers l?obtention des diplômes, les jeunes universitaires ont tendance à reproduire le même réflexe. Ils ont grandi avec le bourrage de crâne et ce n?est pas évident de changer cela. Il faut comprendre qu?on ne vient pas à l?université uniquement pour un diplôme. C?est la raison pour laquelle, nous avons conçu des cours et des activités qui visent le développement des jeunes.
● <B> Il y a tout un débat autour du système éducatif. Quelle est votre analyse de la situation ? </B>
On ne donne pas suffisamment l?occasion à nos enfants de s?épanouir, d?innover, de créer, de jouer entre eux. Ils sont corsetés par la lourdeur du programme d?études. Or, ce n?est pas le nombre de matières enseignées qui pose problème. Le problème vient du fait que l?enfant n?a pas le temps d?interagir, de jouer avec ses pairs. C?est une étape importante dans le processus de socialisation et d?inscription de l?enfant dans la vie collective. En ce sens l?éducation doit être quelque part ludique. Les psychologues le disent : c?est à partir de 10-12 ans que l?enfant commence à comprendre ce qu?il apprend.
La réforme Gokhool, je n?ai pas de problème avec, mais j?ajoute qu?il faut laisser l?élite émerger de manière naturelle quoiqu?il est aussi vrai que si on n?a pas d?élite, on est voué à l?échec. Faites votre ?sélection?, faites votre streaming mais qu?il y ait du fun dans le système éducatif !
Propos recueillis par <B>Nazim Esoof</B>
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