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Vers une réelle intégration des handicapés
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Vers une réelle intégration des handicapés
Jeudi 10 septembre, rue Remono, Rose-Hill. Jean-François Favory circule dans sa chaise roulante. Mais ce jeune homme, qui a perdu l?usage de ses jambes à sept ans, ne se laisse pas pour autant décourager par son handicap. En effet, cette paraplégie ne l?a pas empêché d?intégrer Outremer Télécom, un centre d?appels, où il est superviseur.
Et le 27 août dernier, une lueur d?espoir est née pour tous ceux qui, comme Jean-François Favory, veulent trouver un emploi durable dans le secteur privé. Pas moins de 150 représentants de ce secteur assistent à un séminaire. Le thème s?articule autour de la formulation d?une stratégie pour assurer un emploi permanent aux handicapés. « Nous avons gagné le pari de la sensibilisation », soutient Koomara Pyneeandee, conseiller auprès du ministère de la Sécurité sociale et l?un des premiers Mauriciens handicapés à être reçu avocat.
« Le Training and Employment of Disabled Persons Board (TEDPB) n?est pas un pourvoyeur d?emplois, indique, de son côté, Amreeta Nivault, présidente de cette organisation. L?engagement du secteur privé est la condition sine qua non pour l?intégration des handicapés dans le monde du travail. »
C?est pourquoi il était grand temps que la Mauritius Employers Federation (MEF) de concert avec le TEDPB, et le ministère de la Sécurité sociale, dépoussièrent ce dossier. L?emploi des personnes handicapées n?a pas été le point fort du secteur privé, à part quelques rares exceptions.
Accélérer le processus d?embauche
Certes, la situation dans le secteur public et auprès des organismes parapublics n?est pas plus brillante non plus. D?ailleurs, certains faits illustrent de façon irréfutable cet état de choses. Explications. Le TEDPB existe depuis 1992 et ne dispose toujours pas d?une banque de données digne de ce nom. Or, c?est un outil indispensable pour répertorier, catégoriser et recenser les personnes handicapées. Et ce n?est que maintenant que le Programme des Nations unies pour le développement se propose de venir en aide au TEDPB dans ce domaine.
Par ailleurs, le Training and Employment of Disabled Persons Act de 1996 stipule que tout entrepreneur qui emploie plus de 35 personnes doit consacrer 3 % de son personnel à des personnes handicapées. Dans un souci d?accélérer le processus d?embauche des personnes handicapées, Vasant Bunwaree, alors ministre des Finances en 1999-2000, autorise les entrepreneurs à réclamer une réduction de 200 % du taux d?impôts par rapport aux dépenses associées aux salaires des handicapés. Mais, il n?y a toujours pas de statistiques spécifiques sur l?emploi de ces derniers.
Le TEDPB n?est pas mieux loti dans ce domaine. Les renseignements qui lui servent de référence sont ceux réalisés de 2005 à 2008. Le dernier recensement des personnes handicapées date de 2000.
Il indique qu?à l?époque le pays comptait 40 790 handicapés dont 20 576 hommes et 20 214 femmes.
Revaloriser les potentiels
Cependant, ce peu d?intérêt que le pays semble attacher au sort des handicapés évolue. Une nouvelle approche a été repérée. Fini le temps où l?accent était mis sur les déficiences. Aujourd?hui, on revalorise plutôt les potentiels des personnes handicapées. Une approche clairement définie dans le National Policy Paper et dans le plan d?action sur l?invalidité publié en 2006. Et c?est dans cette nouvelle perspective que se situe le projet de collaboration entre le secteur privé et le gouvernement.
Mais qu?on ne se voile pas la face. Le principal objectif des entreprises, ce n?est pas de faire du bénévolat. Mais, c?est d?améliorer leur croissance, d?augmenter leur productivité avec en vue la réalisation de bénéfices. En conséquence, les personnes handicapées doivent être en mesure d?évoluer sur un pied d?égalité avec les autres candidats potentiels pour ce qui est des qualifications académiques, du savoir-faire et des compétences.
« Une formation professionnelle adaptée est indispensable. Les handicapés requièrent cependant qu?on mette l?accent sur leurs potentiels plutôt que sur leurs déficiences », explique Azad Jeetun, directeur de la MEF.
L?entrée en scène de l?Industrial and Vocational Training Board (IVTB) et du Human Resource Development Council va multiplier les chances des handicapés de décrocher un emploi durable. Le premier réalise des projets de formation ciblés. Et le rôle du second est indispensable pour l?orientation de ces derniers dans les secteurs où leur compétence pourrait facilement être mise à profit.
Toutefois, malgré leur bonne volonté, la contribution de ces organismes ne suffit pas pour créer une masse critique de compétence de personnes handicapées. Et la MEF l?a bien compris. C?est dans ce contexte qu?elle a pris l?engagement de monter un programme de formation. Il sera adapté aux besoins des entreprises et aux capacités des handicapés. Un grand pas en avant donc. Car les opérateurs économiques démontrent ainsi qu?ils ont compris que, loin d?être un désavantage, la présence des personnes handicapées peut être une valeur ajoutée dans le patrimoine de leurs entreprises.
« Une meilleure planification du sort des handicapés »
Les statistiques de 2005 à 2008 indiquent que sur 1 600 handicapés, 198 seulement ont été employés. Que pensez-vous de ceux qui font fi du Training and Employment of Disabled Persons Act de 1996 qui stipule quetoute entreprise ayant plus de 35 employés doit consacrer 3 % des postes à des handicapés ?
Il y a eu une prise de conscience à tous les niveaux de la vie économique pour l?embauche des personnes handicapées qui peuvent travailler et contribuer aux efforts nationaux. Que ce soit dans le gouvernement, les organismes parapublics et le secteur privé. Les 45 000 handicapés évoqués comprennent des adultes, mais aussi des enfants, des personnes âgées et alitées. Il y a eu, en août dernier, une journée de réflexion entre le ministère de la Sécurité sociale, la Mauritius Employers? Federation (MEF) et les responsables des ressources humaines de plusieurs entreprises pour une analyse rationnelle des placements des handicapés. Il y a certes, un travail à faire. Les entreprises doivent pouvoir agir, s?adapter et mieux comprendre les situations.
Qu?est-ce qui est fait pour l?intégration des handicapés dans le monde du travail ?
Un comité national sous ma présidence, et comprenant des représentants de divers secteurs, se rencontre régulièrement pour passer en revue les recommandations du plan d?action. Tout un programme a été élaboré pour revaloriser et rehausser la dignité des personnes handicapées et pour promouvoir leurs droits en conformité avec la Convention des Nations unies. Un programme de formation professionnelle sous l?égide de la MEF sera lancé début octobre. Il aura pour objectifs l?évaluation des besoins en main-d??uvre, la mise en place d?un projet de formation adapté à leur aptitude et l?identification d?opportunités d?emplois. Notre vision s?articule autour d?une participation active d?organismes tels que l?Industrial and Vocational Training Board, le Human Resource Development Council et l?Empowerment Foundation dans l?insertion des handicapés dans le monde de travail.
Quid de la Convention sur les droits des personnes handicapées ?
L?ébauche d?un texte de loi sur leur protection contre les pratiques discriminatoires est en voie d?élaboration. Cela pourrait être une loi autonome ou pourrait faire partie d?une loi-cadre.
Seuls 1 600 handicapés sont enregistrés auprès du Training and Employment of Disabled Persons Board. À quand une banque de données ?
Mon ministère travaille en collaboration avec le Programme des Nations unies pour le développement dans le but de mettre sur pied une base de données. Avec un tel outil de travail, le sort des handicapés fera l?objet d?une meilleure planification dans la conception de nouveaux projets à moyen et long termes.
LES ENTREPRISES MODELES
Même si l?emploi de personnes handicapées n?a pas toujours atteint le niveau préconisé par le Training and Employment of Disabled Persons Act de 1996, l?initiative de certains mérite d?être soulignée. À commencer par les banques. À quelques exceptions près, elles donnent le bon exemple. Que ce soit à la Barclays, à la MCB, à la HSBC, en passant par la Banque de Maurice et la State Bank, l?emploi des handicapés est une pratique bien établie. À la HSBC, par exemple, l?un de ses employés handicapés est détenteur d?un BSc en économie de l?université de Maurice. Il possède déjà le niveau 2 des études de comptabilité (ACCA). Et il amorce une maîtrise (Tutorials in International Banking and Finance) à l?université de Technologie.
Les organismes parapublics ne sont pas en reste. À la MBC, on compte au moins quatre handicapés.
Et comme dit le proverbe, charité bien ordonnée commence par soi-même, le poste de téléphoniste au siège du Training and Employment of Disabled Persons Board est confié à Raj Beedasee, un handicapé qui a fait ses études au collège Royal de Port-Louis.
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