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Vers un SC sans Cambridge

3 février 2007, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

par shyama SOONDUR

Les enfants qui commencent leurs études secondaires affronteront un School Certificate (SC) essentiellement mauricien. Cela devrait, en principe, se traduire par un abaissement des frais qui, cette année, avoisineront les Rs 10 000.

« Nous allons résolument vers une appropriation du SC par les Mauriciens», nous a confié hier Lucien Finette, directeur du Mauritius Examinations Syndicate (MES). Cambridge, l?examinateur traditionnel, ne sera pas entièrement remplacé. Probablement, le SC sera délivré conjointement par les deux institutions. Comme cela se fait à Singapour. En revanche, on ne touchera pas au Higher School Certificate (HSC).

100 % mauricien

Dans un premier temps, la nouvelle orientation préconisée par le MES se traduira par la correction d?un plus grand nombre d?épreuves sur place. Actuellement, les épreuves de 16 matières sont corrigées par des Mauriciens. Le MES espère y ajouter au moins deux de plus dès l?année prochaine.

Parallèlement, des dispositions seront prises pour permettre aux Mauriciens de préparer l?essentiel du programme d?étude pour le SC. Actuellement, celui-ci est préparé par Cambridge après concertation avec le MES. Des consultations avec tous les partenaires de l?éducation seront organisées afin de susciter l?adhésion de tous à l?entreprise d? accélération du processus de «mauricianisation» du SC.

«Nous espérons être fin prêts dans deux à trois ans. Le programme d?études sera alors 100 % mauricien mais validé par Cambridge qui se portera garant du niveau international du nouveau SC», indique Lucien Finette. Il est probable que les questionnaires d?examens continueront à être élaborés par Cambridge, comme c?est le cas à Singapour.

Pour que l?opération demeure rentable, le MES s?engagera uniquement par rapport aux matières obligatoires et celles des matières facultatives qui attirent beaucoup de candidats. Pour ce qui est des matières marginales telles que les langues orientales (sanskrit, mandarin, arabe?), il fera appel à Cambridge.

La sécurité étant une préoccupation constante, l?impression des questionnaires sera confiée à un imprimeur étranger. Ce afin d?éliminer des possibilités de fuite. Cette pratique est déjà en cours pour le Certificate of Primary Education dont les questionnaires sont imprimés à Londres.

Crédibilité

En revanche, rien ne change au HSC. Cambridge continuera à s?en charger dans l?intégralité. «Les enjeux sont trop grands. Une bourse d?études universitaires coûte dans les Rs 2 millions. C?est beaucoup trop de tentation. On ne peut pas prendre de risque à ce niveau», approuve Surendra Bissoondoyal, ancien directeur du MES.

Le MES met donc un peu d?eau dans son vin. Il faut dire que l?inflation des frais d?examens de SC et de HSC, cette année a préparé la voie à une accélération de la «mauricianisation» de ces examens. Les montants impliqués se sont doublés, le gouvernement ayant supprimé la subvention à hauteur de 50 % de ce coût.

Un concert de voix s?est élevé en faveur de mesures qui permettraient d?abaisser le coût des examens. Plusieurs options ont été théoriquement explorées. Parmi elles, celle de se trouver un autre sous-traitant qui se ferait payer en une monnaie moins forte que la livre sterling ou l?euro. Mais c?est bien l?appropriation de l?exercice par les Mauriciens qui est revenue à chaque fois comme l?option la plus désirée.

«Je ne suis absolument pas contre l?idée d?une entière ?mauricianisation? des examens. Mais je crains que cela ne soit pas très possible dans la pratique», assure Lucien Finette. Les coûts seraient trop élevés. Les moyens logistiques requis trop importants. Mais surtout, les compétences, quand elles sont là, seraient difficiles à mobiliser. «C?est la croix et la bannière de trouver des paper setters et des examinateurs. Il va de même pour trouver des locaux convenables pour nous recevoir», se plaint-il.

«Je ne suis pas inféodé à Cambridge. Nos relations sont celles de client-prestataire. Jusqu?à présent, Cambridge offre le meilleur package sur le marché. Moi je ne dispose pas de ressources nécessaires pour assurer le même service», relève Lucien Finette. Il concède qu?il n?a pas prospecté hors de la zone euro/ livre. Ce pour des raisons de crédibilité des examens, principalement.

Selon Lucien Finette, la question de reconnaissance des diplômes ne se pose pas car Cambridge est disposé à agir comme consultant, pour assurer notamment que les critères internationaux d?équivalences soient respectés. Clairement, tout ce qu?il faudrait pour qu?on ait enfin des examens SC/HSC entièrement mauriciens c?est une décision politique et la mobilisation des moyens de nos ambitions. L?entreprise semble être réalisable. Faut-il encore qu?il soit réaliste.

Question de coûts

Seize matières comptant pour le School Certificate (SC) sont corrigées localement: l?art & design, l?économie (2), l?hindouisme, fashion & fabrics (2 & 3), les langues arabe, hindi, française, marathie, chinoise, sanskrit, tamoule, télégoue et ourdoue ainsi que les littératures française et hindi.

L?exercice a coûté un peu plus de Rs 7 millions au Mauritius Examinations Syndicate (MES) l?année dernière. Une moyenne simple mène à Rs 437 000 le coût de correction par épreuve. Celui-ci comprend les frais de correction, de supervision et d?assurance qualité, entre autres.

Le programme d?études pour le SC est composé de 46 matières qui se déclinent en 103 épreuves. Celui du HSC compte 53 matières se présentant sous 171 épreuves.

Mais le nombre de candidats concourant pour les deux examens n?est pas le même. Celui des inscrits par matière non plus. Quelque 16 400 candidats ont pris part aux examens du SC l?année dernière contre 7 000 qui ont tenté le Higher School Certificate (HSC).

Reste la question de préparer et d?imprimer les questionnaires. Si le MES devait remplacer Cambridge, il devra mettre au point son propre programme d?études. Cela implique la constitution d?un panel de spécialistes par matière. Il faudra ensuite recruter des examinateurs pour préparer les épreuves, mettre en place un système pour assurer le respect des normes et trouver un imprimeur.

L?impression des questionnaires implique l?entrée en jeu d?acteurs qui sont en dehors du contrôle du MES, présentant ainsi des risques sécuritaires élevés. La solution est de faire imprimer les documents à l?étranger, comme pour le Certificate of Primary Education.

Quels sont les coûts de la «mauricianisation» du SC-HSC ? Le MES n?a fait aucune étude permettant de répondre à la question. Cependant, on peut se baser sur le cas du CPE pour avoir une idée des frais impliqués. L?année dernière, le CPE a coûté quelque Rs 36 millions à l?Etat. Environ 28 300 candidats étaient inscrits. Cela donne une moyenne d?environ Rs 1 275 par élève.

Au combiné, les examens du SC et du HSC représentent 274 matières. Environ 24 000 adolescents prennent ces examens chaque année. Le cachet de Cambridge s?élève à £ 3 millions (environ Rs 200 millions).

Peut-on débattre de l?organisation des examens à Maurice en l?absence d?études qui permettraient de comparer l?option de «mauricianiser» le SC-HSC avec celle de se fier à Cambridge. Le gouvernement gagnerait à commander une étude.

Questions à... Cader Kalla, ex-examinateur du CPE

■ Comment se prépare un examen ?

Le MES dispose d?un syllabus où sont spécifiées toutes les compétences qu?il veut tester. L?examinateur élabore les questionnaires en fonction de cela. Pour le CPE, nous testons d?abord la connaissance factuelle du candidat. Jusqu?à 60 % des points y sont alloués. Ses facultés de compréhension et de raisonnement sont également mises à l?épreuve. L?enfant est appelé à appliquer ses connaissances pour résoudre des problèmes.

■ Que se passe-t-il à la correction des épreuves ?

Des critères standards sont appliqués. Par exemple, quand le candidat est appelé à justifier une situation ou une réponse, le correcteur doit veiller à ce qu?il n?y ait pas de télescopage. Cela se produit quand le candidat donne la même raison à plusieurs reprises, mais formulée différemment.

■ Les compétences du candidat sont-elles validées selon les points bruts obtenus ?

Pas forcément. La correction des épreuves et la publication des résultats est un processus très technique. L?examinateur procède à un contrôle de qualité. Les résultats sont ensuite standardisés selon des modèles établis. Cela relève du domaine des statisticiens. De nos jours, l?exercice est entièrement informatisé et prend bien moins de temps qu?autrefois.

■ Le modèle du CPE peut-il être transposé au secondaire ?

Cela se fait déjà pour les examens du SC. La seule chose qui change au secondaire c?est qu?il faut compter, dans certains cas, avec une certaine dose de subjectivité. Par exemple, lors de la correction des épreuves d?art, les sensibilités personnelles du correcteur entreront en jeu, qu?on le veuille ou pas.

■ Faut-il craindre une baisse de niveau si les examens du secondaire sont organisés localement ?

Maurice est un petit pays et la proximité posera toujours problème. Je pense que le risque de fuite des questionnaires pourrait se situer aux alentours de 15 %. Mais ce risque peut être déjoué en prévoyant un questionnaire de rechange pour remplacer immédiatement celui qui aurait échappé à la sécurité.

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