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Vers la privatisation du vrac ?
Le vrac se prépare à écrire un nouveau chapitre de son histoire. Il joue avec l?idée de passer sous contrôle privé. La perspective interpelle le député de l?opposition Arvin Boolell qui en fait l?objet d?une interrogation parlementaire ce mardi. Bien que gagnés à cette cause depuis longtemps déjà, les producteurs sucriers soutiennent qu?il est encore extrêmement prématuré de s?exciter.
Les sucriers estiment qu?il est tout à fait logique qu?ils aient le contrôle d?une infrastructure qui est entièrement à leur service. Cela fait un bon bout de temps déjà qu?ils en parlent. Mais ce n?est que très récemment que la question a été officiellement évoquée avec les autorités. Selon le député Boolell, le conseil d?administration du vrac en a discuté en détail lors d?une réunion qui a eu lieu en juillet dernier. En substance, il aurait été question de transférer les avoirs du vrac à la Mauritius Sugar Producers Association (MSPA) qui regroupe les planteurs usiniers.
<B>Freiner toute tentative de démagogie politicienne</B>
La MSPA réagit vivement à la présomption du député travailliste. « Il n?a à aucun moment été question de transférer la propriété du vrac à la seule MSPA. Si la privatisation s?avère, c?est tous les producteurs sucriers qui en détiendraient le contrôle. Il ne sera pas question d?un monopole des grands », explique Patrice Legris, directeur de l?organisation.
Cette précision ayant, on l?espère, freiné toute tentative d?une éventuelle démagogie politicienne dans un contexte électoral, il convient d?examiner la logique derrière une éventuelle privatisation. Il faut placer cette proposition dans le cadre de la rationalisation des coûts de l?industrie sucrière telle que le prescrit le plan de réforme pour ce secteur, introduit il y a quatre ans.
Le fonctionnement du vrac est financé par le Global Cess Fund (GCF) qui est constitué d?un prélèvement automatique des recettes sucrières. Or, les producteurs sucriers, petits et grands, ne cessent de réclamer un rétrécissement du fonds. Cependant, cela ne pourrait se faire sans affecter l?organisation structurelle de l?industrie sucrière.
Dans la pratique, une rationalisation du GCF se traduirait par une réduction budgétaire pour des organismes comme la Farmers Service Corporation, le Sugar Planters Mechanical Pool, le Cane Planters and Millers Arbitration and Control Board, le Mauritius Sugar Industry Research Institute et aussi du vrac. On ne pourrait procéder à une telle réduction sans que ces organismes se soient au préalable préparés à une plus grande austérité financière. Le passage du vrac au contrôle privé ferait partie de cette préparation.
Tout comme la plupart des autres institutions financées par le Cess, le vrac fonctionne selon les règles de la fonction publique bien que financé par le privé. Ce, tant dans le recrutement et la rémunération du personnel que dans les dépenses en investissements. En découle une structure administrative jugée lourde, lente et peu efficiente. Pour exemple, le conseil d?administration du vrac est constitué de pas moins de 24 membres dont quatre seulement sont des représentants de l?industrie !
Les planteurs prônent une structure plus maigre et plus efficiente. Ils veulent être en mesure de recruter rapidement des compétences et des technologies susceptibles d?améliorer le service. Actuellement, cela ne peut se faire sans passer par d?interminables procédures qui coûtent en termes d?argent et de temps.
<B>Une exécution rapide des réformes</B>
Le transfert des actifs aux producteurs sucriers a été discuté avec le sous-comité technique institué pour rationaliser le Global Cess Fund. Selon le calendrier retenu dans le plan de réforme de l?industrie sucrière, ce comité aurait dû soumettre ses recommandations il y a deux ans déjà.
Le plan de réforme quinquennal mettait l?accent sur une exécution rapide des réformes afin de permettre à l?industrie de soutenir l?érosion de ses préférences commerciales. D?autres sous-comités devaient travailler sur la diversification de l?industrie cannière, la production d?électricité et la rationalisation des coûts aux champs. Cependant, un seul aspect de la réforme, à savoir le dégraissage, a monopolisé tellement de temps et de ressources que ces sous-comités ont pris beaucoup de retard. D?autres observateurs ne manquent pas de dire que le gouvernement s?est contenté du coup d?éclat qu?a été le plan de retraite volontaire?
Quoi qu?il en soit, le sous-comité consacré au Cess, serait parvenu à certaines conclusions. Il ferait actuellement circuler un rapport préliminaire et aurait engagé des discussions avec chacune des organisations concernées par la rationalisation budgétaire.
<B>Troisième plus grand au monde</B>
Le vrac a été installé en 1980 grâce à un partenariat public-privé. Cette infrastructure a révolutionné le commerce du sucre à Maurice, rendant l?export plus rapide et moins coûteux. Les dockers sont rentrés chez eux. L?industrie leur verse encore une retraite, un autre pôle de dépense dont elle aimerait bien se défaire. Elle suggère que l?Etat le prenne à sa charge.
Vu son importance stratégique et symbolique, mais aussi devant l?ampleur des investissements qu?il a mobilisés à l?époque, l?Etat conserve le contrôle du vrac à hauteur de 58 %. Le montant du capital public engagé dans cette installation s?élève à Rs 173 millions environ. L?Etat a perçu des dividendes de Rs 26 millions l?année dernière. Si l?Etat devait se désengager, c?est tout cet actif qui devrait passer au privé.
Concrètement, le vrac c?est deux silos d?une capacité de 175 000 tonnes chacun et un quai de 198 mètres pouvant accueillir des navires avec un tirant d?eau de 11,2 mètres. Avec une vitesse de chargement de 1440 tonnes par heure, c?est le troisième plus grand vrac sucrier au monde.
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