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Vanessa O?Reilly et son savant mélange

3 septembre 2005, 20:00

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Intéressante et plutôt innovatrice la démarche de Vanessa O?Reilly à mi-chemin entre l?art et l?artisanat. La trentaine de toiles, qu?elle expose successivement au Domaine du chasseur (jeudi dernier), au Craft Market du Caudan (lundi et mardi) et au Dodo Club (du 15 au 19 septembre), séduisent autant par leurs charmes naïfs, leurs effets colorés et lumineux, la puissance imaginative de leur conception, la fraîcheur des formes ainsi esquissées que par l?esprit d?innovation et la patience méticuleuse manifestés dans un encadrement des toiles hors du commun.

Mais attardons-nous d?abord sur son ?uvre artistique. Elle ne révolutionnera peut-être pas la peinture universelle, ni même la peinture mauricienne. Elle a toutefois le mérite de la modestie de ses objectifs : se faire plaisir et parvenir à plaire simultanément d?autres esthètes au point de les inciter à se porter acquéreur d?une tentation iconographique plus séduisante que les autres.

Cette démarche tranche par rapport à d?autres artistes plus ambitieux au point de prétendre révolutionner les appréhensions esthétiques. Mais il y a loin du rêve à la réalité. S?il leur est facile de gagner à leur cause ambitieuse des journalistes assez crédules pour se prêter à la création mythologique de nouveaux peintres ou poètes maudits, car non reconnus ni vénérés par une bourgeoisie bouc émissaire, il l?est moins de convaincre un éventuel acquéreur. Espèces sonnantes et trébuchantes mais plus convaincantes que simples propos, mêmes écrits. Conseilleurs ne sont pas payeurs. Jean de La Fontaine nous l?a appris.

Tenons-nous en aux formes végétales et animales imaginées et subtilement colorées par Vanessa O?Reilly. Elle avoue d?entrée l?influence exercée sur elle par la manière de peindre de Malcolm de Chazal et de Vaco Baissac. Un espadon bondissant hors de l?onde, se détachant d?un paysage mi-marin, mi-terrestre, avec des étoiles de mer gorgées de suc comme des plantes grasses et autres succulents, des nénuphars de la même richesse intérieure, nous rappellent ce dernier, en raison notamment des cernes noirs multipliant d?autant la force des couleurs.

D?autres toiles font davantage songer à notre Malcolm national. Mais Vanessa O?Reilly s?offre plus de libertés avec la nature que l?auteur philosophique de Petrusmok et de La vie filtrée. Elle ne se gêne guère, par exemple, pour doter son dodo d?un bec de palombe, plus propre aux roucoulades qu?à la mastication des graines de tambalacoque (qu?à la faim elle se brise). Vanessa diffère aussi de Malcolm par une plus grande attention à la concordance et à l?harmonie des couleurs.

Autre divergence : celle du choix des matériaux. Chazal recourait principalement à la gouache, d?où une certaine monotonie, forçant l?artiste à mettre l?accent tonique sur la chorégraphie des formes et des couleurs, pas toujours heureuse d?ailleurs.

Une peinture qui va à l?essentiel

Vanessa varie ses matériaux, allant de simples crayons de couleur, à différents pastels ou à l?aquarelle, mais ?uvrant toujours, comme Malcolm d?ailleurs, sur du papier de qualité mais pas forcément blanc. Les matériaux choisis demandent un travail plus fourni et du coup un rendu plus varié.

Ainsi, le crayonnage offre une dimension plus tourmentée qui s?oppose à l?aplat coloré de la gouache.

Il y a aussi des possibilités de rattrapage et de correction, donnant un aspect marbré, plus sculpté, plus travaillé, que l?aplat gouaché chazalien et parfois gâché.

Le résultat en tout cas est là et se laisse admirer car il parvient à distiller agréablement des notes de couleurs et d?esthétique. En cela, la peinture de Vanessa O?Reilly va à l?essentiel. Autrement dit, elle offre une satisfaction visuelle, même si elle demeure assez classique par rapport au panorama déjà connu de la peinture mauricienne.

Les sujets choisis sont aussi plus variés même si l?on peut déplorer un manque de recherche et un réalisme qui les rapproche de l?art naïf mais un art naïf qui irait à l?essentiel sans se perdre dans des détails ni dans le miniaturisme. Ces sujets vont du dodo à l?éléphant en passant par le poisson multicolore, le coq, les ananas couronnés d?étoile, les cocotiers filiformes et quelque peu déplumés, les fleurs épanouies.

Comme de nombreux jeunes artistes, Vanessa O?Reilly hésite encore entre plusieurs styles de peinture.

Sa première exposition, en solo s?il vous plaît, est plutôt représentative de ces hésitations initiales bien compréhensibles.

Curieusement, il y a davantage de recherches et d?innovations dans ses mini-paysages, pourtant classiques, mais qui surprennent autant par leur simplicité et sobriété que par l?originalité de leurs perspectives, encore qu?il peut être facile de deviner parfois la raison de ces perspectives originales.

Un côté fauviste qui surprend agréablement

Ainsi, il ne faut pas être sorcier pour comprendre que ce n?est que du Domaine du chasseur qu?on peut avoir cette vue plongeante sur le Grand-Port au point que le ciel arrive même à disparaître de ce champ de vision marin. Certains paysages ont un côté fauviste qui surprend agréablement.

Le visiteur retiendra plus particulièrement, peut-être, le ballet de plusieurs voiliers aux formes dépouillées afin de donner une prépondérance plus grande à l?opposition des couleurs choisies. Il convient aussi de s?attarder sur un profil de papillon, se fondant dans un univers orangé, composé de subtiles variances, allant du jaune le plus serin au brun le plus rougeâtre.

Il s?agit apparemment de la seule tentative de Vanessa O?Reilly pour une ?uvre monochrome ou presque. Mais c?est un essai d?une grande maîtrise qui devrait retenir davanta-ge l?attention d?une artiste prometteuse mais encore en recherche et en quête de style.

Ce qu?il y a de plus beau autour de nous

Le gâteau sur la cerise c?est le soin apporté par celle-ci à l?encadrement de ses toiles. Elle est assez perfectionniste pour associer intimement le cadre à l??uvre en lui adjoignant fort esthétiquement des accessoires rappelant étroitement le sujet choisi. Ces accessoires vont des fibres de raphia ou de cocotier à la paille de canne ou au nattage des brins de feuille de vaquois, de la corde prisée par les pêcheurs à des paillettes métalliques, dorées à point, et rappelant, avec bonheur, les bulles sous-marines, servant de langage aux poissons et aux autres animaux marins.

Tout cela cadre à merveille avec un tempérament d?artiste authentique, sachant se contenter de sa consécration à ce qu?il y a de plus beau autour de nous, en le recréant sur toile pour ceux qui ne savent plus regarder et admirer par eux-mêmes.

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