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Valeurs morales : Où en est-on en 2007 ?
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Valeurs morales : Où en est-on en 2007 ?
Avant, c?était pas comme ça. Les gens avaient des valeurs. Ils disaient bonjour à leurs voisins, ils cédaient leur place aux femmes dans le bus, ils gagnaient leur vie honnêtement, les enfants respectaient leurs parents, les jeunes étaient décents. Aujourd?hui, on profane les tombeaux pour leur ferraille, les jeunes s?exhibent volontiers dans des clips pornographiques, un enfant peut tuer son père, on arnaque ses amis. C?est le monde à l?envers, le déclin de la morale et des valeurs?
En tout cas, c?est le discours qu?on entend couramment (même si certains diront que c?est en fait l?hypocrisie qui fout le camp aujourd?hui).
Valeurs morales. Valeurs humaines. Valeurs sexuelles. Voilà des mots qui peuvent faire fuir. Car ils sous-entendent des interdits et nous rendent coupables. Ils nous renvoient au jardin du bien et du mal, une notion qui n?a pas la cote dans notre société hédoniste. « On vous tient pour ringard et démodé si vous suivez les valeurs. On vous ostracise, on vous fait vous sentir anormal même. Car la mode et la fierté aujourd?hui, c?est de faire n?importe quoi. Il y a un laisser-aller général », fait ressortir Jean Yip Tong qui siégeait sur le comité des sages et qui se dit « citoyen démodé ».
Si nous n?avons pas la prétention de donner des leçons de morale, nous avons voulu poser cette question : quelles sont les valeurs que nous cultivons et que nous transmettons ? Après tout, nous sommes nombreux à être révulsés par la corruption, la tromperie, la malhonnêteté, le manque d?amour, etc. Nous sommes donc nombreux à trouver que nous vivons dans une époque marquée par des problèmes de violence, d?incivilité, de haine. Qu?il y a ce sentiment que tout fout le camp, qu?il n?y a plus de valeurs.
« Le respect d?autrui, le sens de la famille, l?honnêteté, le sens de la justice, le respect de l?autorité, la sincérité? c?est ce qui fait le plus défaut dans notre société », avance le swami Saraswati. Il y a, selon lui, une érosion des valeurs même s?il préfère avancer que les valeurs elles-mêmes ne déclinent pas que ce sont les hommes qui pervertissent tout.
« Un pont entre moi et l?autre »
Pourtant, « seule la vérité triomphe, pas le mensonge », affirme-t-il. « Quand la bonté ne règne pas, c?est le chaos », avance-t-il. Il regrette que les gens fassent passer leurs intérêts personnels avant tout et ne réalisent pas que leur bonheur doit passer par l?autre, qu?il y a « un pont entre moi et l?autre » et qu?en d?autres mots, les choses iraient nettement mieux si nous avions de la sollicitude pour notre prochain.
Au fait, on a toujours l?impression d?être dans le vague quand on parle de valeurs. Qu?est-ce que les valeurs en réalité ? C?est une idée ou un idéal qu?on respecte et qu?on place haut et qui influence notre vie, nos jugements. Nous disons qu?elles donnent un sens à la vie. Elles peuvent être objectives ou subjectives, elles dépendent des sociétés et des temps.
Il y a bien des sociétés où, laisser paraître ses chevilles est une faute morale. Certains pensent que la masturbation, l?homosexualité sont d?ordre immoral, alors que d?autres trouvent que c?est dépassé, car cela ne fait pas de mal aux autres. D?autres ont pour valeurs l?effort, le travail bien fait, le goût de réussir, l?éthique. Pour d?autres, la religiosité doit passer avant tout. Il y a ceux qui accordent de l?importance à des valeurs affectives : attachement, amitié, bonheur, amour, compassion.
Il y a des valeurs qui ont une dimension politique : liberté, fraternité, solidarité, droit. Le respect de l?environnement, l?égalité entre classes sociales, le sexe, la liberté d?expression? sont également le dada de certains.
Una affaire de conviction
Et si l?on a peur que les valeurs nous emprisonnent, nous empêchent d?être libres, nous gâchent notre plaisir, la définition de la morale Joseph Cardella, professeur de philosophie, peut nous resituer. « En me fondant sur une tradition philosophique matérialiste et hédoniste, la morale, c?est ce qui me permet de jouir de tout, sans faire souffrir l?autre ni moi-même », explique-t-il.
Pour Jean Yip Tong, il est temps qu?on arrête de tout banaliser et de faire ce qu?on veut. Il prône qu?on retourne, par exemple, aux valeurs du mariage qui impliquent, entre autres, la fidélité et l?union « pas deux vies en parallèle » et qu?on réalise que c?est le tout est permis qui ronge notre société.
Le psychologue Vijay Ramanjooloo avance, quant à lui, que si par essence l?homme recherche le plaisir, son éducation et ses valeurs font qu?il connaît ses limites. « Les valeurs qui nous sont transmises, nous apprennent que tous nos désirs ne peuvent être réalisés, qu?il y a le principe de réalité et d?interdits. Ce sont elles qui font que si nous trouvons un porte-monnaie dans la rue avec à l?intérieur une carte d?identité, on choisit de le rendre à son propriétaire ou de le garder », explique-t-il.
Les valeurs sont finalement une affaire de conviction. Elles déterminent nos actions, ont une influence sur le rapport de soi avec l?autre. Elles nous empêchent d?exploiter les autres, de les humilier, de les faire souffrir. « Si nous voulons la paix, l?amour, la liberté, il faut qu?on construise nos familles et notre société sur certaines grandes valeurs », soutient le swami Saraswati. Si on pouvait se comporter bien avec l?autre et si l?autre pouvait se comporter bien avec son prochain et ainsi de suite,le monde se porterait déjà mieux. N?est-ce pas l?essentiel aujourd?hui ?
DEPUIS L?ENFANCE
« Le facteur essentiel de la construction de l?enfant, c?est l?éducation que lui donnent ses parents. C?est elle qui lui permet de devenir un être ?civilisé?. » Vijay Ramanjooloo, psychologue, avance qu?éduquer un enfant, c?est l?aider à découvrir qui il est ; à inscrire cette singularité dans la communauté des autres ; lui permettre de développer sa personnalité, son désir et l?aider à comprendre que la réalisation de ses désirs est limitée par des interdits. Mais cela ne s?apprend pas seulement par des mots. « Un enfant à qui l?on ne demande jamais son avis, que l?on ne respecte pas, ne saisira pas l?enjeu », explique le psychologue. Il insiste sur le fait qu?une limite et une valeur ne sont crédibles pour l?enfant que s?il sait qu?elles sont justes et s?il sait que l?adulte qui les lui transmet, les respecte lui-même. Mais il ne faudrait pas confondre. Un adolescent qui fait le contraire de ce que ses parents lui enseignent, est à la recherche de ses propres valeurs. « Il cherche à se différencier de ses parents. Et aussi longtemps qu?il n?y a pas d?excès, que le jeune reste équilibré, arrive à étudier, ce n?est pas grave », fait-il ressortir.
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