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Vaines confusions

13 septembre 2008, 00:00

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Par Nazim ESOOF</B>

Il y a ce que certains présenteront comme des grandes questions stratégiques. D?autres évoquent les échéances électorales et politiques. Il reste les éventuelles configurations qui se dessineront à partir des décisions prises aujourd?hui. Ce sont autant d?enjeux et de considérations autour desquels vivotaient les esprits de ce pays en fonction du remaniement ministériel annoncé. Mais sont-ce véritablement les thématiques qui devraient retenir notre attention ?

Depuis son arrivée au pouvoir, le gouvernement de l?Alliance sociale s?est signalé par une certaine dualité. D?un côté, des réformistes qui étaient évidemment moins nombreux. De l?autre, des conservateurs partisans de l?immobilisme, évidemment les plus nombreux. C?est dans cet état d?esprit que le gouvernement a fonctionné jusqu?ici. Que les gouvernements fonctionnent de manière générale. Que le Premier ministre ait décidé d?avoir trois vice-Premiers ministres au lieu d?un seul et qu?il ait choisi un non-élu pour le poste de ministre des Droits humains en sus de celui de la Justice, ne sont, en fin de compte, que des choix dont il assumera, tant bien que mal, les retombées.

Aujourd?hui, ce sont des problématiques plus importantes qui devraient nous interpeller. D?un gouvernement à un autre, on s?est rendu compte que le facteur politico-ethnique est déterminant dans le choix du Conseil des ministres. L?obsession d?un équilibre socio-ethnique transcende les considérations objectives. Le discours officiel est connu : chercher le candidat avec le bon profil avec, comme bonus, quelques traits de compétences. Quelques-uns, pour des qualités avérées, échappent à cette logique et occupent légitimement des postes à responsabilité. Mais ils ne sont pas nombreux.

Pour les autres, c?est une toute autre affaire. De Ramgoolam père à Ramgoolam fils en passant par sir Anerood Jugnauth et Paul Bérenger, les Premiers ministres de ce pays ont, en effet, composé des Conseils des ministres qui reflètent les «réalités socio-ethniques du pays». Ils ont été incapables d??uvrer, en ayant en tête, le seul critère des aptitudes de gestion. C?est ainsi qu?on s?est retrouvé avec des ministres complètement inefficients. Et aujourd?hui, cela n?étonne plus. C?est ce qui est tragique dans toute cette histoire. Parce qu?il ne manque pas d?intelligences dans ce pays. Encore faut-il cependant les encourager à prendre le pari d?une carrière politique. Ce qui est loin d?être gagné. Pour plusieurs raisons.

La première incombe aux électeurs. Les réflexes archaïques qui interviennent dans leur choix contribuent à reproduire un modèle politique que dope le sectarisme. Des électeurs en sont toujours à voter pour des candidats qui prétendument répondent aux mêmes canons ethniques qu?eux. Les politiques perpétuent un système qui a le mérite, à leurs yeux, de définir un cadre évolutif où ils n?ont pas besoin de renouveler le personnel classique qui compose la classe politique. Dans un tel contexte, la question se pose de savoir à quoi sert un exercice de remaniement ministériel ? Il faut d?abord faire ressortir que les remaniements procèdent souvent à Maurice de circonstances contraignantes plutôt que de calcul stratégique. Et dans le meilleur des cas, ce n?est souvent qu?un vain mouvement de chaise musicale. Durant ces derniers jours, le Premier ministre aura eu l?occasion de jouer du nerf de certains de ses ministres. L?actualité s?en est trouvée suspendue. Dans le fond, est-ce cela qui devrait nous intéresser, en sachant que fort probablement il n?y aura de changement que dans la forme ?

C?est l?autre drame de ce pays. Ce pouvoir que le superficiel peut exercer sur l?opinion générale. Nos grands hommes ont parfois un goût prononcé pour le dérisoire. Ils finissent ainsi par embarquer tout le pays dans l?insignifiance. Ce piège a été rouvert ces derniers jours. Pour rester fidèle à lui-même, le Premier ministre a décidé de ne pas décider. C?est quelque chose qu?il fait très bien. A tel point que lorsqu?il finit par décider, il aura gagné tout le monde par l?usure et la décision tant attendue devient secondaire.

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