Publicité

Vaine tentative de contrer les marées colorées électorales

18 août 2008, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Vaine tentative de contrer les marées colorées électorales

En 1983, les Mauriciens, de plus en plus branchés sur la chaîne de télévision réunionnaise RFO, peuvent suivre de près les événements politiques se déroulant en Nouvelle-Calédonie. Là bas, sur le Caillou, les Mélanésiens, dirigés par le Canaque Jean Marie Tjibaou de l?Union calédonienne, réclament, sinon l?indépendance complète de leur pays ancestral, du moins la plus grande autonomie administrative possible. Les Calédoniens d?origine française, menés par le député Jacques Lafleur, contestent violemment ces revendication autonomistes et indépendantistes. Pour mieux manifester leur attachement à la France hexagonale, les partisans du Rassemblement pour la Calédonie dans la République (RPCR) recouvrent leur pays de drapeaux tricolores. Aussi incroyable que cela puisse paraître, un quart de siècle après, cette Nouvelle-Calédonie bleu, blanc, rouge, n?est rien, cependant, comparée à l?île Maurice de 1983 devenue également bleu, blanc, rouge, en raison de l?alliance anti-Bérenger des anciens partis politiques ennemis : le PMSD de Gaëtan Duval (bleu roi créole), le MSM d?Anerood Jugnauth naissant de la dissolution volontaire du PSM d?Harish Boodhoo (blanc) et du Parti travailliste des Ramgoolam et des Boolell, ressuscité ou plus exactement sauvé d?une mort politique certaine (rouge).

D?autres explications s?imposent, ici, tout comme un retour en arrière et plus exactement à la longue campagne électorale du MMM-PSM de 1981-82. Celle-ci marque d?une pierre blanche l?histoire, sinon politique, du moins électorale de Maurice. On a d?abord connu les campagnes oligarchiques et bourgeoises, dues au cens électoral extrêmement restreint, prévalant entre 1850 et 1948. Le nombre de votants pour toute l?île dépasse tout juste les dix milliers. Les candidats doivent convaincre une élite économique, professionnelle et intellectuelle. Il suffit d?un ou deux meetings, dans un théâtre ou dans une salle des fêtes, pour que l?électorat sache tout d?un aspirant député. Les divisions claniques et familiales font le reste. Ce snobisme électoral est tel que certaines figures de proue oligarques consentent à poser leur candidature, à la condition expresse qu?elle ne bute sur aucune opposition. Aux promoteurs de cette candidature unique de faire le vide, allant même jusqu?à monnayer le désistement d?autres aspirants candidats. Les journaux de l?époque publient volontiers les différents programmes gouvernementaux et autres manifestes électoraux qu?étrille, aussitôt et toujours dans la presse, la critique adverse.

La donne change du tout avec le changement de constitution et de système électoral, en 1946-47. Le Dr Maurice Curé, le pandit Sahadeo et Emmanuel Anquetil n?hésitent pas à réunir des masses ouvrières autour du kiosque du Champ- de-Mars, devant la magistrature de Rose-Hill ou au jardin de la Compagnie. On y parle encore plus souvent le français, l?anglais, l?hindi, plutôt que le créole ou le bhojpuri. Il appartiendra surtout à Guy Rozemont de populariser le créole, qui attend toujours dans l?antichambre du Parlement, après avoir triomphé, entre autres, au Marché central voisin. Les meetings sont annoncés par de simples affiches, ressemblant fort à celles cinématographiques. Elles s?achèvent sur l?appel rituel : Venez en foule ! Venez en masse ! Les frères Bissoondoyal innovent, de leur côté, en privilégiant les rassemblements, souvent nocturnes, dans les baïtkas. Seewoosagur Ramgoolam apprendra la leçon. Les politiciens fréquentent aussi et assidûment les clubs de jeunes qui font alors office des coûteuses «bases» actuelles.

Survient alors Jean Claude de l?Estrac. Ce militant semi-historique rêve de campagne électorale à l?américaine. En tant que Campaign Manager attitré, il règle comme du papier à musique celle du MMM-PSM. Il assure du même coup l?inoubliable victoire du 11 juin 1982 qui est aussi son ?uvre. Il ne manque pas un bouton de guêtre à sa mise en scène. Son succès est d?autant éclatant que l?adversaire rouge et travailliste, alias Pan ! Pan !, ne lui arrive pas à la cheville. C?est la course d?un seul cheval.

Re-changement de donne en 1983. Le MMM est à court d?argent, n?ayant pu remplir les caisses, après les investissements électoraux de 1981-82. De plus, il surestime dangereusement la durabilité de l?état de grâce du 11 juin 1982. Beaucoup de militants, passés au MSM, connaissent parfaitement la manière d?opérer du stratège De l?Estrac et entendent bien lui faire comprendre qu?il ne détient plus le monopole de la réussite électorale. L?île Maurice ne tarde pas à comprendre que la marée électorale bleu-blanc-rouge sera et de loin beaucoup plus envahissante et plus voyante qu?une marée mauve, sentant le réchauffé. Il ne reste bientôt plus un pouce carré de terrain à n?être pas recouvert d?affiche et d?oriflammes tricolores ou monochromes. On en arrive même à placarder dangereusement la signalisation routière. La police de la route s?en émeut. Le ministère des Travaux menace mais platoniquement d?enlever des oriflammes et affiches mises en place par nous banne. L?on sait seulement que Rohit Beedassy n?est pas Xavier Duval aux croix goudronnées.

Publicité