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Vaine obstination
Tengur repart en guerre. Est-ce justifié, tout ce ramdam ? La démocratie doit sans doute une certaine reconnaissance au syndicaliste pour avoir contribué à relever une anomalie dans le système, et il mérite d’être écouté. Mais M. Tengur aura beau trouvé aujourd’hui la formule envisagée pour l’école catholique “trop compliquée” ou “trop vague”, ce n’est pas son problème. Si l’école catholique est prête à la gérer, c’est le sien. C’est l’épreuve de la loi que la formule doit passer. Il n’est pas question ici de plaire à tout le monde en arrangeant, “à la mode MRA”, la proposition de départ. Il faut uniquement que le mode de sélection respecte les droits constitutionnels de chaque enfant mauricien. C’est aux experts des lois de le vérifier.
La démarche de Tengur ne nous aurait intéressé que s’il se posait la question de savoir si la formule élimine tous les risques de recourir au critère religieux. Là était l’objectif de départ. Et cette garantie-là n’est pas explicitement donnée. Si le système proposé s’évertue à jouer la transparence avec des méthodes arbitraires de sélection telles que le résultat scolaire et le test, il subsiste ici et là des marges de liberté qui peuvent affaiblir cette protection contre le protectionnisme, et rendre la formule controversable. C’est à la discrétion de la direction du collège, par exemple, de voir s’il ne faut pas plus d’un “aggregate” que de l’autre. Cette flexibilité ne risque-t-elle pas de donner lieu à des pressions et ouvrir la porte à un enfant désigné plutôt qu’à un autre ? Quand il est demandé aux recteurs de s’assurer que la moitié des places sont allouées aux pauvres, il garde encore une certaine liberté. Comment définit-on un “pauvre” ? Entre deux pauvres, qui aura préséance ?
Il nous semble que ce sont là des libertés que le gestionnaire de toute école est en droit de revendiquer. Personne n’aura d’ailleurs l’idée de penser qu’une personne à ce poste ne soit pas capable d’un jugement qui respecte l’esprit de la loi désormais bien clair. Mais ces “loopholes” devraient par prudence être comblés. Ecrire en toutes lettres que l’appartenance de l’enfant n’influencera pas le choix (c’est le cas dans certaines écoles à l’étranger) ou créer une instance d’appel avec des arbitres indépendants auraient pu compenser cette flexibilité que l’on devine délibérément laissée. Délibérément, parce qu’on le sait, les débats sur la constitutionnalité ont fait naître d’autres débats : les malaises internes à l’Eglise sont remontés à la surface. Il aurait été plus facile de proposer une série de tests pour les candidats aux places réservées, mais l’Eglise a eu à considérer d’autres requêtes. Sous la pression de ces nombreux parents de milieu modeste qui revendiquaient une place dans leur école, réservée, estimaient-ils, à des enfants de certains milieux, le débat a dévié avant qu’il n’ait commencé.
Mais la persistance de Tengur a quelque chose de ridicule. La vigueur qu’il met à la bataille semble un peu décalée. Il agit comme si l’école catholique “star” restera hautement convoitée. Peut-être le sera-t-elle, mais pas par les mêmes personnes. Ceux qui, comme M. Tengur, revendiquaient le droit d’entrer dans ces établissements parce qu’ils préparaient l’élite, devront voir ailleurs. L’école catholique a choisi une nouvelle voie. Avec un courage qu’il faut saluer, elle a décidé de faire des sacrifices et de prendre un nouveau pari. Elle garde son objectif, le développement global de l’enfant et non uniquement son intellect. Mais, appelée à gérer des enfants de différents niveaux, elle devra revoir ses méthodes d’enseignement. Il faut craindre que les quelques enfants brillants en pâtissent dans une grande partie. Tengur a peut-être, après tout, de bonnes raisons de ne pas être content : les écoles d’élite ont sacrifié leur panache. Sauf qu’il les ignore.
Si le parquet l’approuve, la formule de l’école catholique demandera à être peaufinée. Cela fait, chaque école sera tenue de rendre public le procédé qu’elle choisit. C’est la condition même de la transparence. Seul le temps dira si, au-delà du mode d’admission, des directives plus précises pour encadrer le processus de sélection seront nécessaires, et de quelle façon la société tirera avantage de cette nouvelle formule.
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