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Une victoire
Fondamentalement, une victoire pour tous les citoyens qui ne portent pas en bandoulière l?obsessionnelle mise en valeur de la référence ethnique. Une défaite. Une défaite pour tous ceux qui célèbrent l?ethnotype. Le jugement de la Cour suprême dans l?affaire entrée par Rezistans ek Alternativ vient enfin évacuer de la scène politique ce fatalisme ethnique et ce «communalisme institutionnalisé» qui ont perverti tout le système politique à Maurice. Pour une fois, la citoyenneté mauricienne peut s?exprimer en dehors des constantes ethniques telles que les partis politiques traditionnels les ont pratiquées jusqu?ici.
Ce jugement appelle ces grandes formations politiques à une remise en question. Dans un pays où les élections législatives se jouent encore sur l?épiderme des candidats, la Cour suprême vient de rappeler simplement qu?une personne n?est pas tenue d?indiquer son appartenance ethnique et religieuse pour pouvoir être candidat. En d?autres mots, c?est le rapport entre les politiques et les électeurs qui change. Les candidats ne peuvent plus se cacher derrière la pratique pour justifier la surethnicisation de la politique.
C?est une belle leçon de démocratie que viennent de donner les membres de ce jeune parti qu?est Rezistans et Alternativ. C?est une nouvelle fois à la Cour suprême, au droit, d?indiquer la primauté de l?esprit et du souffle citoyens. Qu?en restera-t-il en fin de compte? Pas grand-chose, si on attend de la classe politique traditionnelle une réaction. Elle ne prend pas l?initiative dans un cas pareil. C?est un terrain qui bouleverse ses réflexes, ses conventions et son rapport au pouvoir. Or, elle n?aime pas remettre en question ce rapport au pouvoir qui lui permet de fonctionner en cercle fermé.
Depuis quelque temps déjà, on désespérait d?une campagne qui n?offrait rien de stimulant au débat politique. C?était une course entre deux blocs pour savoir lequel manipulait le mieux l?opinion publique dans une guerre psychologique futile. C?était, jusqu?ici, l?essentiel du débat politique pendant une campagne électorale ! Cela veut tout dire de la pauvreté du débat, si on peut parler de débat?
Parce que débat, il aurait dû y avoir depuis cinq ans déjà, avec la réforme électorale annoncée mais avortée pour traiter, entre autres, de la question des meilleurs perdants. A la classe politique traditionnelle désormais d?être de bons perdants en admettant sa pusillanimité à interroger des pratiques politiques viciées. Il ne s?agit pas d?être naïfs mais de mettre chacun devant ses responsabilités, en espérant que les grandes formations vont rebondir et proposer enfin un argumentaire électoral qui nous épargne de leurs antiennes «bizin sanzman» ou encore «bizin progré kontinié» quand il est temps de hurler : «bizin grandi !».
C?est la possibilité d?une ère nouvelle qui s?ouvre. Le mur du conservatisme et du statu quo est lézardé une nouvelle fois. Pourvu que ça ne cesse pas?
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