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Une réunion à haut risque transformée en match amical

27 octobre 2005, 20:00

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Les dirigeants européens se sont réuni hier pour débattre de la modernisation de leur ?modèle? social dans un contexte tellement explosif que leur seule ambition est d?achever ce match amical sans blessés.

Le Premier ministre britannique Tony Blair, qui assume actuellement la présidence de l?Union européenne (EU), a choisi pour accueillir ses hôtes le château de Hampton Court, près de Londres, où Henry VIII vécut avec ses six femmes, dont deux furent décapitées. Le contexte politique empoisonné de l?Union européenne se rajoutera à cette sinistre toile de fond historique. La construction européenne ne s?est toujours pas relevée du double ?non? français et néerlandais à la Constitution.

Deux dirigeants de grands pays, l?Allemand Gerhard Schröder et le Polonais Marek Belka, ont fait à Hampton Court leur dernière apparition après leur défaite électorale: ils ne représenteront donc pas la position des nouveaux maîtres de leur pays. Jacques Chirac est arrivé au Royaume-Uni très remonté sur les concessions faites sur l?agriculture à l?Organisation mondiale du commerce (OMC) par le commissaire européen au Commerce extérieur, le Britannique Peter Mandelson.

Le sommet se tient d?ailleurs pendant que les négociations commerciales continuent à Genève et que la Commission européenne s?apprête, selon des sources de l?institution, à faire une nouvelle offre agricole malgré les avertissements français. La plupart des Etats membres, notamment les nouveaux venus, n?ont pas pardonné à Blair d?avoir torpillé un accord sur le budget de l?Union européenne élargie en juin dernier pour défendre la ?ristourne? budgétaire britannique de 5,5 milliards d?euros.

Mélange instable

Ils accusent Londres, qui exige en échange une remise à plat de l?Europe verte inacceptable pour la France et de nombreux pays, de ne pas jouer son rôle de recherche du compromis. Le ministre français des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, a résumé lundi l?état d?esprit de beaucoup. Les anciens pays du bloc soviétique ?arrivent maintenant à la table de l?Union européenne. Il est honteux que nous ne trouvions pas le plus vite possible un accord?, a-t-il déclaré en fustigeant les ?égoïsmes? nationaux: la cible est claire. La situation avant Hampton Court est donc délicate.

?Le mélange est tellement instable que si quelqu?un commence à le secouer, ça explosera?, estime un ambassadeur. Tony Blair a dès lors écourté le sommet de deux à une journée ? à la demande, dit-il, de ses partenaires européens ? pour limiter les risques d?affrontement et les chefs d?Etat et de gouvernement de l?UE semblent prêts à jouer le jeu. Dans l?entourage de Jacques Chirac, on souligne en effet que la France n?ouvrira pas les hostilités sur le budget ou l?OMC.

Même si Blair a dû accepter que l?on évoque brièvement le dossier budgétaire ? la Commission a présenté des ?idées? qui permettraient, selon elle, de commencer à relancer le débat ?, la discussion se concentrera sur la modernisation du modèle social européen pour faire face aux défis de la mondialisation. Ce sujet, en soi, est déjà suffisamment riche en possibilités d?affrontement pour susciter des polémiques. Le chancelier de l?Echiquier, Gordon Brown, a publié il y a dix jours un document sur sa vision des réformes économiques à entreprendre dans l?UE qui est en grande partie incompatible avec la vision française du modèle européen.

Blair prudent

Il y propose de remplacer cet ?ancien modèle regardant vers l?intérieur?, comme le montrent ses 20 millions de chômeurs, par ?une Europe plus flexible, réformée, ouverte?, ?une Europe du plein emploi? capable de s?insérer dans la mondialisation. Pour Brown, Hampton Court est le sommet ?de la dernière chance? et ?le moment est venu d?agir?, plus de parler. Tony Blair est beaucoup plus prudent et propose une discussion ?stratégique?, ?vraiment ouverte?, chacun contribuant au débat ?sur la base de son expérience personnelle?.

Il a demandé aux Vingt-Cinq de dire s?ils sont d?accord sur l?analyse très consensuelle faite par la Commission européenne présidée par José Manuel Durao Barroso, selon lequel il manque à Gordon Brown ?la dimension européenne et les valeurs de l?UE?. ?Il faut un équilibre entre compétitivité et social?, expliquera le président de l?exécutif européen, qui refuse d?opposer un modèle à l?autre et selon lequel les Européens partagent les mêmes idées sur les systèmes de retraite, de santé et d?éducation publics, de redistribution de la richesse, et attendent plus de l?Etat qu?aux Etats-Unis ou en Asie.

Bref, les Européens sont en faveur d?une ?économie sociale de marché? et ont une voix unique à faire entendre. Pour Blair, si les Vingt-Cinq sont d?accord pour mener à bien des réformes sans remettre en cause les principes, cela ouvrira la voie à un accord en décembre sur le budget. ?Le but de la rencontre informelle de la semaine prochaine est d?essayer de nous mettre d?accord sur (la) direction. Le but du sommet de décembre serait alors de donner du contenu à cet accord, de le matérialiser?, a-t-il déclaré dans un entretien paru samedi dans le quotidien allemand Die Welt.

Yves CLARISSE

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