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Une pilule amère pour le régime sucre
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Une pilule amère pour le régime sucre
Mauvaise nouvelle. Le commissaire européen chargé de l?Agriculture, Franz Fischler, a présenté hier un projet radical et très controversé visant à réformer en profondeur le secteur sucre. Le projet vient malheureusement confirmer les propositions déjà annoncées dans le document qui avait été récemment circulé officieusement (leaked document) au sein de la Commission européenne (CE). La baisse du prix de sucre exporté vers l?Europe par les pays du bloc d?Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) atteindra 37 % d?ici 2007.
Avec cette baisse annoncée le prix du sucre brut exporté par Maurice, par exemple, sera de 329 euros (Rs 10 000) la tonne en 2007, contre 524 euros (Rs 15 000) la tonne actuellement.
Le processus de réforme débutera en juillet 2005. Les changements seront mis en ?uvre sur une période de quatre ans afin d?accorder un temps d?adaptation à toutes les parties. Compte tenu des incertitudes sur le plan international, une évaluation est prévue en 2008. Les propositions de Franz Fischler ont provoqué hier des protestations dans un certain nombre de pays européens notamment en Espagne.
La CE estime pour sa part que les engagements envers les ACP sont respectés. Car avec la réforme, ces pays conserveront leurs préférences à l?importation et garderont un marché d?exportation attractif.
L?UE ouvrira le dialogue avec les pays affectés sur la base d?une action qui devra être proposée d?ici la fin 2004 pour définir les mesures adéquates relatives aux échanges et au développement. La CE proposera de fournir des programmes spécifiques pour les aider à s?adapter aux nouvelles conditions du marché, pour améliorer la compétitivité de la production sucrière là où elle est viable ou encore pour soutenir la diversification dans les cas où des améliorations de la compétitivité dans le secteur sucre ne sont pas viables. Les 49 pays les plus pauvres pourront de leur côté exporter vers l?UE plus de sucre en franchise de droits.
?Situation intolérable pour les producteurs?
?Frank Fischler n?a présenté à ce stade que des propositions. Rien n?a encore été finalisé. Mais malheureusement, dans les grandes lignes, ces propositions confirment ce qui se trouve dans le leaked document. Avec une telle baisse, la situation pour les producteurs sucriers est insoutenable?, dit Jean Noël Humbert, secrétaire général de la Chambre d?Agriculture.
Mais ce dernier déclare qu?il y a quand même certaines avancées positives. La Commission européenne a inclus une référence aux dispositions de l?accord de Cotonou concernant les engagements de l?UE envers pays ACP pour sauvegarder les bénéfices du protocole sucre.
?Il semblerait que l?UE prévoit d?inclure le financement de ces mesures spécifiques à partir d?une ligne budgétaire. Mais ça reste quand même très vague?, dit Jean Noël Humbert.
Selon lui, ces avancées notées ne pourront se concevoir que dans la perspective d?une baisse de prix de moindre envergure et s?étendant sur une plus longue période.
Les pays du bloc ACP et les moins développés ne seront pas les seuls à ressentir les effets de ces baisses des prix garantis sur lesquels l?Union européenne achètera leur production. En Europe, les pays les plus touchés par cette réforme sont l?Allemagne et la France. Les propositions de Fischler ont provoqué des protestations en raison de la baisse de prix du sucre produit par les betteraviers.
?Néron de l?agriculture européenne?
Des producteurs espagnols du sucre à partir de la betterave ont manifesté devant les locaux de la Commission européenne à Bruxelles contre les propositions du commissaire Fischler. Sur une bannière des manifestants Fischler est décrit comme le ?Néron de l?agriculture européenne?.
Les prix de soutien pour ces producteurs européens seront en effet réduits d?un tiers entre 2005 et 2007. Ils passeraient ainsi de 632 euros la tonne aujourd?hui à 506 puis 421 euros. Le prix actuellement pratiqué est encore trois fois supérieur aux cours mondiaux.
Autre élément de mécontentement : le quota de production en Europe devrait suivre la même pente. De 17,4 millions de tonnes par an, il passerait progressivement à 14,6 millions à l?horizon 2008-2009.
Petit réconfort : la Commission européenne a prévu une enveloppe de compensation de 895 millions d?euros pour les deux premières années. Elle passera ensuite à 1,3 milliard d?euros pour les deux années suivantes. Mais la pilule reste dure à avaler car ces sommes ne couvrent que 60 % des pertes des revenus des exploitations.
BAISSE DE PRIX DU SUCRE
L?avenir menacé...
Un tiers de revenus en moins. Difficile à assumer. L?industrie sucrière est presque anéantie. l?impact de cette baisse ne sera pas ressenti de la même façon dans tout le secteur. Belle-Vue Mauricia produit une tonne de sucre à Rs 14 000. Si le prix baisse, celle-ci rapportera 329 euro, soit Rs 11 515, au cours actuel de cette devise. Certains producteurs seront amenés à opérer à perte. A plus forte raison si l?euro se déprécie.
La modernité a un prix. Belle-Vue Mauricia est lourdement endettée (Rs 600 millions) pour avoir modernisé ses opérations aux champs, agrandi la capacité de son usine et investi dans une centrale électrique à combustion mixte. Elle rembourse Rs 100 m par mois, dont Rs 60 m en intérêts. Le cas de Belle-Vue illustre bien la situation dans laquelle se trouvent les entreprises qui ont fait le pari de moderniser ou vont le faire. Deep-River-Beau-Champ rembourse encore ses dettes. FUEL se prépare à la fermeture de Mon Loisir et, éventuellement, à la construction d?une centrale électrique et d?une raffinerie. Les usines du Sud sont en plein processus de centralisation avec, à la clé, un projet de centrale thermique. En revanche, les petits planteurs seront moins affectés. Ils n?ont ni salariés permanents ni installations logistiques élaborées à gérer. La plupart d?entre eux sont agriculteurs à temps partiel. Ils attendent tranquillement chez eux que la canne atteigne sa maturité avant de la récolter. Leurs coûts sont de 50 % moins élevés que ceux des planteurs-usiniers. La catégorie intermédiaire regroupe les planteurs exploitant des superficies moyennes. Ils ont des frais de roulement conséquents. Hélas, ils n?ont pas les ressources des planteurs-usiniers pour moderniser leurs opérations. Ils sont parmi les plus vulnérables à la pression foncière. Ces deux catégories rassemblent 30 000 agriculteurs et contribuent à hauteur de 40 % de la production nationale. La baisse des revenus sucriers pourrait les inciter à quitter le secteur. Ce qui ne manquerait de perturber les plans de modernisation conçus autour d?une usine à grande capacité de production et d?une centrale électrique. Il y a là le risque de ne plus atteindre la masse critique ? en termes de canne et de bagasse ? nécessaire à la viabilité d?un tel projet. Maurice est condamnée à réduire ses coûts, au plus vite. Cela implique des investissements massifs. Rs 1,6 milliard seront requis d?ici 2008 pour la mécanisation aux champs et l?irrigation. Deux usines seront fermées (coût : Rs 1,4 milliard) et deux centrales thermiques bâties pour Rs 4 milliards. Ce qui permettrait d?atteindre l?objectif fixé au plan de réforme introduit en 2001 : produire une livre de sucre entre 14 et 16 cents. Vu la précipitation des Européens à baisser le prix du sucre roux, l?échéancier devra être revu. La capacité d?investissement de l?industrie est largement entamée (avec des dettes de Rs 6,5 milliards). Avec la baisse annoncée, elle le sera davantage.
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