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Une panthère décevante

9 juin 2006, 00:00

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Au fil de ses aventures dans les années 1960-70, le personnage de l’inspecteur Clouseau, créé par l’imagination fertile de Blake Edwards, connut un succès au point de devenir presque une institution en Angleterre. Dans le rôle, Peter Sellers était impayable à la fois de bouffonnerie, de folie et de raideur géniale. Mais, ce qui pimentait le tout dans les versions originales (donc en Anglais) était cet accent français extravagant, épouvantable même, que prenait l’acteur pour faire dire par son personnage des phrases inoubliables comme : “…Aïe amme enne offisseure ov ze leure !” (à prononcer comme c’est écrit). Élément qui se perdait dans les versions doublées, évidemment. Son interprétation finit par acquérir une stature supérieure au personnage et Peter Sellers reste à ce jour, plus d’un quart de siècle après sa disparition, le seul véritable inspecteur Clouseau.

La Panthère Rose, film de Shawn Levy et résurrection à l’américaine du personnage est à ce point décevant qu’il était préférable d’évoquer les originaux plutôt que d’en parler. D’abord, l’attribution du rôle de l’inspecteur à Steve Martin qui, bien qu’ayant joué dans de nombreuses comédies, a rarement fait rire (excepté dans The Man with Two Brains et All of Me en 1983 et 1984, respectivement – mais il s’agissait dans les deux cas de films signés Carl Reiner). On ne s’attendait pas forcément à ce que l’acteur américain joue dans le même registre que son illustre prédécesseur britannique, mais on espérait quand même une bonne dose de folie déjantée. Peut-être que c’était trop lui demander : Steve Martin nous fait son numéro habituel, c’est-à-dire qu’il est lourd et que ses grimaces font tout juste sourire, dans le meilleur des cas.

Peut-être que le scénario aurait dû faire abstraction des originaux, afin de lui donner sa chance. Ce qui n’est pas le cas, les références abondent, non seulement aux personnages d’avant, mais aussi aux situations d’avant. Par exemple, on retrouve le chef inspecteur Dreyfus (qui, au fil des épisodes d’avant, finissait par sombrer dans la démence à cause de l’incompétence de son subordonné).

Kevin Kline a remplacé Herbert Lom dans le rôle et il ne s’en tire pas si mal, mais on ne peut s’empêcher de penser que c’est lui qui aurait dû interpréter Clouseau. Autre personnage important de la série d’avant : Cato (Burt Kwouk), le malheureux valet japonais de l’inspecteur. Il est remplacé à la fois par un Jean Reno qui se contente de livrer le minimum syndical en jouant un gendarme “ange gardien”et par l’actrice Emily Mortimer jouant une secrétaire enamourée et gaffeuse.

Les rapports entre le nouveau Clouseau et ces deux assistants évoquent bien ceux qui existaient entre le Clouseau d’avant et son valet, surtout quand le gendarme se voit chargé de maintenir en éveil les réflexes de l’inspecteur. Mais ils auraient pu aussi prendre une toute autre direction, vu que c’est le subalterne qui cette fois, a le dessus. Cependant, cette voie reste inexploitée, tout comme quelques possibilités bien évidentes de certaines situations qui auraient pu cumuler en de beaux gags.

Cela dit, il y a quand même cette référence à 007, avec Clive Owen (pressenti à l’époque pour remplacer Pierce Brosnan) qui est assez réussie. Il y a aussi la présence de Beyonce Knowles, pour les amateurs. Mais, tout cela est bien peu pour ces 95 minutes durant lesquelles on a surtout l’impression d’avoir affaire à des Américains se mêlant de choses qui les dépassent. Mieux vaut se procurer les DVD des anciens films.

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