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Une maison à saisir

7 août 2005, 00:00

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Un jeune couple contemple attentivement un panneau d?affichage au troisième étage de la Mauritius Housing Company (MHC). Six photographies de maisons situées à Curepipe, Floréal, Terre-Rouge Goodlands et Flacq, mises en vente par la compagnie, sont accrochées. Ce sont des logements dont les propriétaires n?ont pu honorer leur dette auprès de la MHC. « Nous devrions revenir jeter un coup d??il sur ce panneau d?affichage de temps en temps », conclut le jeune homme en se dirigeant vers la sortie avec sa femme.

Les maisons saisies représentent une occasion en or pour pouvoir acheter un bien immobilier. Mais elles rappellent, par leur architecture ou les fleurs plantées dans le jardin, qu?elles ont jadis appartenu à une famille. Comment arrive-t-on à perdre un logis durement acquis ? Comment ce bien le plus précieux peut-il glisser entre les doigts ? On peut ressentir une certaine compassion pour ces gens évincés de leur demeure.

La réalité est complexe. Rama Krishna Mudaliar, directeur par intérim de la MHC, s?évertue à expliquer la situation. En 42 ans d?existence, dit-il, la MHC a aidé 75 000 familles à acquérir une maison. La compagnie a constamment amélioré ses services, faisant de l?innovation son cheval de bataille et répondant aux nombreuses attentes des demandeurs d?emprunts. « Nous sommes là pour aider les gens à avoir une maison, pas pour la leur saisir. Nous leur offrons notamment un service intégral, taillé sur mesure, allant du prêt à la création du plan en passant par les services d?un architecte moyennant une somme modique.»

Drames imprévisibles et propre faute

Malgré cela, force est de constater qu?une minorité de personnes ne respectent pas toujours les conditions du contrat. Il se passe parfois des drames imprévisibles, comme une perte d?emploi, une séparation, un décès.

« Il y a quelques années, qui aurait prévu que les usines allaient fermer l?une après l?autre ? », remarque Rama Krishna Mudaliar.

Il évoque également les dépenses incongrues, les achats à crédit inconsidérés, qui entraînent un arrêt de paiement pur et simple. La capacité de remboursement des clients et le compte bancaire sont pourtant bien étudiés. Le remboursement, pour les ménages au bas de l?échelle, ne doit pas dépasser un tiers des revenus.

D?où vient la faille ? « Nous faisons une évaluation de leur capacité de remboursement. Mais il y a des choses qui sont en dehors de notre contrôle. Par exemple, certains empruntent de l?argent avec un ami et se retrouvent dans une mauvaise posture. » Par concours de circonstances, ils n?arrivent plus à repayer leur dette?

Mais d?autres perdent leur maison par leur faute. La saisie ne se fait pas du jour au lendemain. Entre le premier rappel pour un paiement non honoré et la saisie, il peut s?écouler de trois à quatre ans. Lorsque le client a un mois de retard, il reçoit une lettre lui rappelant d?effectuer son paiement dans les 20 jours. La MHC envoie une seconde lettre 45 jours plus tard.

« Entre les trois rappels, il s?écoule entre six ou neuf mois. Si le client vient à la MHC, nous lui proposons un arrangement raisonnable pour qu?il puisse payer sa dette en même temps que ses arriérés. »

Dans certains cas, l?emprunteur revient à de meilleurs sentiments... pour retrouver ses mauvaises habitudes quelques mois plus tard. Recommence alors la chasse aux mauvais payeurs? Après un an et six rappels, une année s?est écoulée. Les choses sérieuses commencent si le client n?arrive plus à respecter ses engagements.

La MHC enclenche alors des actions légales et l?affaire va en cour. « Même la veille, nous téléphonons au client et nous l?invitons à la MHC pour qu?il puisse sauver sa maison. Nous le supplions quasiment? Il peut arrêter toute la machinerie de saisie. Il n?a qu?un mot à dire et nous donnons à notre avoué les instructions pour qu?il arrête les procédures. »

Rien n?y fait pourtant. Depuis sa création, la MHC a été « forcée de vendre 175 maisons à la barre. » L?éviction des occupants et les procédures légales effectuées, la maison est vendue. La MHC ne recouvre que la moitié des dettes. « Pour nous », conclut Rama Krishna Mudaliar, « c?est un exercice douloureux. Evincer des gens d?une maison n?a rien de très réjouissant. Mais la loi doit être respectée? »

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