Publicité

Une main tendue aux victimes d?abus sexuels

24 juillet 2005, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

C?était un bel après-midi de 1997. Tevarajen Moorghen, 4 ans, jouait dans la cour familiale lorsque son voisin, un ex-policier, l?attire dans son antre en lui offrant un sachet de Twisties et une boisson gazeuse. Déjà éméché par la bouteille de rhum qu?il vient d?engloutir dans la boutique du coin, il remet le film pornographique qu?il a visionné dans la matinée, en présence du garçonnet.

Puis, laissant libre cours à ses bas instincts, il le sodomise avant de l?étrangler et de cacher son petit corps sous le lit.

« Tevarajen était à l?agonie lorsqu?on l?a découvert », hoquette Sivasoopramanien, le père du petit.

Soudain sa tête pique du nez dans la parka couleur crème qu?il porte. Ses solides épaules s?affaissent et tressautent pendant qu?un son rauque s?échappe de sa gorge. Il enlève lentement ses lunettes embuées afin de sécher ses larmes. Sivasoopramanien est un homme brisé par la douleur.

La tragique disparition de la petite Marie-Anita Jolita, le 3 juillet, a ravivé ses blessures. « Marie-Anita fine mort pareil couma mo garçon. Kan mo fine tane sa nouvel là mo fine pense mo zenfant. Mone reste assizé mem? », souffle-t-il. Puis, il s?est dit qu?il était temps de sortir de sa léthargie en créant une association pour venir en aide aux victimes et aux parents de victimes d?abus sexuels. L?association, dont le siège se trouvera à Quatre-Bornes, enregistrera les plaintes concernant les cas d?abus sexuels grâce à une hotline et fera le pont entre les victimes et les autorités. Il espère ainsi que des crimes sexuels, souvent passés sous silence de peur de créer un scandale, seront dénoncés.

Revoir la loi une fois au pouvoir

« Nous serons là pour soutenir la victime grâce à une aide psychologique, mais aussi pour l?accompagner au poste de police et l?assister dans les différents examens médicaux auxquels elle devra se soumettre », affirme-t-il. Il caresse le souhait de voir une femme à la tête de l?association. « Mo pé pense pou demande ene madame ki fine déjà victime pou accepter sa tâche-là », laisse-t-il entendre sans vouloir en dire plus.

L?association sera enregistrée dans quelques semaines, le temps que les démarches administratives aboutissent. Sivasoopramanien lance un appel à des professionnels (psychologue, médecin, avocat, avoué) qui seraient intéressés par ce projet.

En huit ans, les délits sexuels ont augmenté, selon lui. « Qu?on ne vienne pas me dire le contraire, j?ai des coupures de presse qui le prouvent. » Il explique cette situation par les lois qui ne sont pas assez dissuasives. « Banne criminel pa peur prison. Mo népli pour la peine capitale, mais mo pensé bisin donne zot ene tel châtiment ki lézot pense deux fois avant zot commet ene viol. » Il pense à l?injection qui rend impuissant, souvent utilisé sur des violeurs en série à l?étranger.

Mais la société civile a aussi une part de responsabilité. Des enfants qui sont laissés à eux-mêmes, des parents qui démissionnent face à leurs responsabilités, la libre circulation de cassettes hard, l?absence d?éducation sexuelle, des salons de massage pas très nets, tout cela contribue à pervertir la société.

Sivasoopramanien souhaite que les autorités tiennent leur promesse en durcissant la loi concernant les viols et meurtres commis sur les enfants.

En 2000, il avait rencontré Navin Ramgoolam, alors leader de l?opposition, à son bureau. Peiné par cette tragédie, Ramgoolam prend la ferme résolution de revoir la loi dès qu?il sera à nouveau au pouvoir. « Avant mem li vine PM, guet kine arrivé. Mo espéré li lir sa l?artik-là. Si line blié mo garçon pa fer narien? Mé mo souhaité li pa blié sa tifi-là? »

Publicité