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Une longue histoire d?amour avec? l?aiguille
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Une longue histoire d?amour avec? l?aiguille
L?histoire d?amour entre l?aiguille et cette jeune fille de 22 ans remonte à ses quatre ans. Quand Mobereka, sa grand-mère maternelle, lui met pour la première fois une aiguille à broder entre les doigts pour l?initier aux rudiments de cet art. Mais avant sa naissance, sa mère, Farizia, avait déjà acheté une machine à coudre. «On aurait dit qu?elle savait déjà que j?allais m?aventurer dans la couture», dit Zafiirah avec un sourire triste.
Cette mélancolie est due au fait que la jeune fille a perdu sa mère en juillet dernier. Cette dernière a été emportée par des complications liées à une insuffisance rénale. C?est d?ailleurs à la défunte que Zafiirah dédie son trophée.
La jeune fille, originaire de Montagne Blanche, a fait ses études secondaires au Dhunputh Lallah SSS de Curepipe. Et dès la Form 1, elle étudie, entre autres matières, le fashion and fabric. Comme elle est de grande taille et que le prêt-à-porter est coûteux, sa mère tient à ce qu?elle confectionne elle-même ses vêtements. Pour y parvenir, elle doit savoir coudre. De ce fait, en sus des cours de couture qu?elle suit à l?école, tous les samedis pendant deux ans, Zafiirah en prend d?autres au Singer Training Institute à Curepipe. Entre la couture et la broderie, c?est cette dernière qu?elle préfère. ?J?aime vraiment broder. Je trouve cela amusant et inspirant.»
Ses résultats de Form V sont si bons qu?elle intègre le Queen Elisabeth College. L?art lui plaisant également, c?est ainsi qu?à l?anglais, le français et le dress and textile, elle ajoute cette quatrième matière. «Mes amies m?ont dit que j?étais folle de prendre autant de matières et que je serais submergée par le travail.» Si elle a, effectivement, beaucoup de choses à étudier, Zafiirah s?accroche. Cela s?avère payant. A la fin de sa première année, elle est première en dress and textile. Et en Upper Six, elle est première en littérature anglaise.
Zafiirah rêve d?être styliste et même d?aller faire des études supérieures à Londres, où son frère Mukhtar étudie déjà l?informatique. Mais le salaire de son père Azad, laboureur sur la sucrerie de FUEL, ne peut supporter des frais supplémentaires. La jeune fille se contente donc de faire une demande d?admission pour une licence en textile et stylisme à l?université de Maurice (UOM). En attendant d?être fixée sur son sort, elle meuble son temps avec un cours par correspondance du Penn Foster Carrier School de Pennsylvanie aux Etats-Unis. «Ce cours de couture et de stylisme m?a apporté les astuces pour simplifier les techniques de couture.»
Zafiirah est acceptée par l?université et au vu de ses résultats de Higher Schoool Certificate, la Sugar Industry Labour Welfare Fund lui offre une bourse pour financer ses frais universitaires. Et ce, pendant toute la durée de sa licence. Elle démarre ses cours en 2005. Si la première année est surtout consacrée à la partie théorique, en deuxième année, elle croule sous les projets à réaliser.
Elle entend, certes, parler du Festival de la Mode par les journaux mais l?idée d?y participer ne l?effleure même pas tant ses projets l?occupent. Du moins jusqu?à ce que les chargés de cours lient l?événement aux contrôles continus. «Comme c?était obligatoire, j?ai dû me faire inscrire comme participante.» Ils sont une soixantaine en deuxième et troisième années de textile et stylisme à y prendre part.
«J?aime la nature et en particulier la décomposition des fleurs car elle donne des nuances de marron, de mauve et de noir que j?adore.»
Les organisateurs du festival ont retenu comme thème la nature. Zafiirah y pense surtout en termes de régénération des plantes. «J?aime la nature et en particulier la décomposition des fleurs car elle donne des nuances de marron, de mauve et de noir que j?adore. Quand les fleurs se fanent, rien n?est perdu. D?autres éclosent dans toute leur splendeur.»
Ce processus biologique en deux phases lui inspire la création de deux robes plutôt classiques, une longue et une courte, qu?elle choisit de confectionner à partir de soie ivoire, matière naturelle par excellence. Zafiirah teint les rebords des robes en marron et fait une usine réaliser des fleurs en coton bleues et lilas qu?elle applique sur le bas des robes.
<B>Partage des connaissances</B>
Sur la version courte, elle drape le buste jusqu?à la taille de soie pongé ivoire. Sur le bas de la robe, entremêlées aux fleurs lilas et bleues, il y en a également en raphia froissé dont le c?ur est constitué de perles blanches. Pour les tiges, Zafiirah utilise des fils de fer qu?elle recouvre de raphia torsadé. Elle tricote des feuilles à partir de fils de coton. La jeune fille met deux semaines à terminer la robe courte et quelques jours pour la longue. «Je croyais que j?allais prendre moins de temps. Le plus difficile à réaliser a été le drapé. J?ai utilisé le mannequin de l?université mais d?autres étudiants en avaient également besoin. Une de mes chargées de cours m?a expliqué comment le faire à la main en gagnant du temps. Cela m?a aidée.»
Autant son frère, ses grands-parents, ses tantes Sakila et Yasmeen, de même que ses amies pensent qu?elle va l?emporter, autant Zafiirah n?y croit pas. Car parmi ses concurrents, il y a plusieurs étudiants en troisième année de textile et stylisme de l?UOM qu?elle croit plus expérimentés.
«Lorsque j?ai entendu prononcer mon nom au cours de la Nuit de la Mode, je n?en ai pas cru mes oreilles», avoue la jeune fille qui, depuis, a été approchée par une femme d?affaires qui veut ouvrir une boutique et qui est en quête d?un styliste. «Je lui ai fait comprendre que je voulais terminer mes études d?abord mais qu?il m?était possible de lui proposer quelques dessins pour voir si cela lui plaît.»
Ce trophée lui a permis de comprendre qu?elle a la capacité de réaliser «des vêtements que les gens apprécient». De toutes les façons, l?excentricité n?est pas pour elle. «J?aime les couturiers italiens car ils sont plus classiques dans leur conception de vêtements. Mon style, c?est l?accessible et le mettable.»
Zafiirah, qui coud la majorité de ses vêtements depuis maintenant trois ans, est déterminée à enchaîner avec une maîtrise en textile et stylisme et même avec un doctorat. Car la jeune fille veut partager les connaissances qu?elle a emmagasinées. Avoir son institut de formation est une idée qui lui plairait bien. Qui sait, un jour peut-être?
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