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Une femme comblée
Juliette Courteau, qui donne le sein à Julie, bientôt deux ans, sous le regard attendri de son époux Josué, est rentrée du Swaziland le 4 août après avoir séjourné une vingtaine de jours dans ce pays où elle est née. Elle garde précieusement en mémoire ce moment particulièrement émouvant où elle et sa mère, Patricia Stewart-Maziya, se sont retrouvées face à face. Et le simple fait de l?évoquer, lui met des larmes aux yeux.
Juliette est la fille qu?un Mauricien de 49 ans à l?époque, a eu avec la Swazilandaise Patricia Stewart, qui était alors âgée de 19 ans. Le Mauricien travaillait alors sous contrat dans ce pays. Peu de temps après la naissance de Juliette, le couple se sépare. Le Mauricien vit avec une autre Swazilandaise qui lui donne un fils qu?il reconnaît et nomme Humphrey. Lorsque le Mauricien accepte un contrat de travail au Botswana, il emmène Juliette avec lui mais laisse Humphrey derrière. Juliette a neuf ans quand elle découvre Maurice pour la première fois. Elle s?adapte à sa nouvelle vie et effectue sa scolarité secondaire au collège Stratford. A chaque fois qu?elle questionne son père à propos de sa mère dont elle n?a que de vagues souvenirs, celui-ci se montre évasif.
Douée pour la couture, Juliette prend des cours en la matière à la fin de ses études. Elle prend ensuite de l?emploi dans un atelier de couture à Curepipe jusqu?à ce qu?elle rencontre Josué, spécialiste en sérigraphie. Ils se marient il y a neuf ans et montent leur atelier de sérigraphie. Ils enregistrent leur compagnie, Screen Pro Ltd, il y a un an. Juliette donne naissance à son premier enfant, un fils qu?ils nomment Emmanuel et qui a aujourd?hui sept ans. Vient ensuite Julie, celle-là même qui tète si avidement lorsque nous débarquons chez les Courteau à La Caverne, Vacoas.
Leur bonheur aurait été sans nuages si Juliette ne pensait pas autant à sa mère. Une lettre qui lui est adressée peu après la naissance d?Emmanuel et qui est en provenance du Swaziland, la met dans tous ses états. Elle vient d?une certaine Nombuso qui se présente comme sa s?ur, de deux ans sa cadette. Juliette s?empresse de correspondre avec cette dernière à l?adresse de boîte postale indiquée. Sa mère, Patricia Stewart, qui s?est remariée à John Maziya et lui a donné quatre enfants, lui répond. Elle s?explique quant à leur séparation, arguant qu?elle ne l?a pas gardée parce qu?à l?époque, elle était très jeune. La correspondance entre mère et fille dure deux ans et demi, à raison de trois lettres par an. Elles échangent même des photos. Puis un jour, une des lettres expédiées par Juliette à sa mère est retournée à l?expéditrice. Elle se dit que sa mère a sans doute déménagé et qu?elle aura bientôt de ses nouvelles. Or, six années s?écoulent sans qu?elle ait une lettre du Swaziland et sans qu?elle sache vers qui se tourner pour la renseigner. En février dernier, son père qui a 78 ans, déclare qu?avant de mourir, il voudrait l?aider à retrouver sa mère. Il se propose de l?accompagner au Swaziland en décembre. Juliette qui sait qu?à cette époque de l?année, les billets sont plus chers, préfère les mois de juillet-août. Elle sait pouvoir réunir l?argent nécessaire à son déplacement et à celui de ses enfants. Elle est décidée. «Je voulais revoir mon pays, ma maman». Son supporteur le plus fervent dans cette entreprise est Josué.
«Pour moi, ce sont comme mes vrais frères et s?urs. Je ne fais pas de distinction. Et pour eux, c?est pareil. Ils ne m?appellent pas Juliette mais ?sister?».
Elle, Emmanuel, Julie et son père quittent Maurice le 15 juillet dernier à destination du Swaziland. A leur arrivée, ils descendent dans un hôtel et le père de Juliette relance un de ses amis swazilandais. Celui-ci leur laisse entendre que sans adresse connue, c?est comme chercher une aiguille dans une botte de foin. Le moral de Juliette est alors en berne. Par téléphone, Josué la persuade de ne pas baisser les bras aussi vite.
Un des amis mauriciens du père de Juliette croit savoir où trouver Patricia Stewart-Maziya et les y conduit le lendemain. Or, ce n?est pas la bonne adresse. Juliette est découragée car elle n?a que jusqu?au 4 août pour la retrouver. Elle suit toutefois les conseils de la femme de l?ami de son père et se rend à la police pour signaler qu?elle recherche sa mère. Un journaliste du Swazi Times la contacte et ensemble, ils publient un avis de recherche avec tous les détails à propos de Patricia Stewart-Maziya et une photo de Juliette avec un numéro de portable pour la joindre.
Dès la parution du journal, le portable ne cesse de sonner. L?un des appels est de Patricia Stewart-Maziya qui lui dit que sa s?ur va venir la chercher à l?hôtel. Et c?est le cas. Nombuso qui est enseignante, débarque avec son mari et embarque tout ce petit monde pour les mener à Patricia Stewart-Maziya. Celle-ci travaille dans une cantine d?usine. Lorsqu?elles se retrouvent face à face, mère et fille sont saisies par leur ressemblance mutuelle et sont décontenancées. Elles finissent par se jeter dans les bras l?une de l?autre. «Nous étions très émues». Dans la soirée, Juliette rencontre le reste de la famille mais pour elle, même si les liens de sang ne sont qu?à demi, ce sont ses vrais s?urs et frères. «Pour moi, ce sont comme mes vrais frères et s?urs. Je ne fais pas de distinction. Et pour eux, c?est pareil. Ils ne m?appellent pas Juliette mais sister». Juliette fait aussi connaissance avec sa famille élargie. Les médias s?emparent de l?histoire et leurs retrouvailles sont répercutées dans les presses écrite et audiovisuelle. C?est en lisant le journal qu?Humphrey, 26 ans, apprend que sa s?ur et son père sont au Swaziland. «Il est venu nous rejoindre à l?hôtel et là, c?était une avalanche d?émotions. Lui et papa étaient en pleurs». Au Times de Swaziland qui a fait un article sur ces doubles retrouvailles, Humphrey déclare que pour 2,50 Emalawgeni (NdlR : monnaie swazi) qui est le coût du journal, il a retrouvé son père et sa s?ur. «Je crois que le tout Swaziland a dû être au courant de cette histoire».
Juliette passe un maximum de temps avec sa famille retrouvée et tente de tirer au clair l?histoire de la lettre retournée à son expéditeur. «Maman n?avait jamais déménagé mais comme la boîte postale est très éloignée de son domicile, le courrier a dû s?égarer et me revenir».
Pour éviter que cette triste aventure ne se répète, Juliette va correspondre par courriel avec sa s?ur Nombuso. Et pour mieux communiquer avec sa mère, elle apprend le swazi. «Mais c?est difficile», dit la jeune femme en riant. L?année prochaine, les Courteau iront célébrer leur dixième anniversaire de mariage au Swaziland. Ils profiteront de l?occasion pour voir s?ils peuvent y faire du business. En 2010, ce sera au tour de Patricia Stewart-Maziya de venir à Maurice, sans doute aux frais des Courteau.
Juliette est aux anges. «C?est un des plus beaux cadeaux de ma vie. C?est Dieu qui a permis ces retrouvailles. Ma prière a été exaucée après 26 ans. Cela prouve qu?il n?est pas sourd?»
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