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Une douche fatale
Tout de blanc vêtu, le corps de Kambhen Govinden gît dans un cercueil en verre orné de fleurs. Le 4 février, la veille de la fête du Cavadee, il a été électrocuté alors qu?il prenait sa douche. Entourée de ses proches, sa mère Devi se tient à côté du cercueil, l?air absente. « Elle est encore sous le choc. Elle ne semble pas encore réaliser que son enfant est parti pour toujours, la pauvre? », souffle une proche venue présenter ses condoléances à la famille.
La mort de l?adolescent a ému tout le village de Rivière-des- Anguilles. D?autant que Kambhen se faisait une joie de participer à la fête du Cavadee ce jeudi. Les vêtements qu?il devait porter ce jour-là avaient été teints au carmin comme le veut la tradition. La veille, il avait préparé la structure en bambous du Cavadee au kovil de Rivière-des- Anguilles en compagnie de ses amis avant de venir prendre une douche à la maison.
Responsabilité du propriétaire
L?appareil électrique responsable du drame a été récupéré par les responsables du Forensic Science Laboratory pour être analysé. Le Central Electricity Board (CEB) mène l?enquête pour déterminer s?il y a une faute dans le circuit ou pas. « Cela est très rare. Le CEB fournit seulement l?électricité. Les installations électriques à l?intérieur de la maison sont sous la responsabilité du propriétaire », dit un ingénieur du CEB.
Les proches ne s?expliquent pas cet accident tragique. Vassen, l?un des oncles du disparu, soutient que l?installation électrique de la maison ne comportait aucun défaut. Darsen, le père de l?adolescent, abonde dans ce sens. « Nous avons cette douche depuis des années. Elle ne nous a jamais causé de problèmes? » C?est justement là où le bât blesse. Hoolass Lochee, président de l?Institute of Electrical Engineer (IEE) met en garde contre les douches devenues défectueuses par l?usure. « Aujourd?hui les appareils sont dotés d?une double isolation. Mais certains vieux modèles sont en métal. Lorsqu?un des filaments se casse, il se crée un contact avec le métal et cela peut provoquer un choc électrique. »
L?électrocution de Kambhen vient remettre en question les normes des installations électriques. En France, un électricien qualifié doit certifier que toutes les installations respectent bien les normes avant qu?Electricité de France n?alimente le lieu. Hoolass Lochee déplore qu?il n?en soit pas ainsi à Maurice. « Seuls les centres commerciaux, les usines et les immeubles respectent les normes vérifiées par le Factory Inspectorate. Pour les installations domestiques, nul ne s?en soucie. »
En attendant, tout est fait au petit bonheur et tout le monde s?improvise électricien. Et comme le marché est inondé de prises d?alimentation bon marché et de qualité inférieure, il n?y a pas à hésiter... « Le problème c?est que les gens sont plus préoccupés par les frais d?installation électrique que par leur propre sécurité », déplore un ingénieur du CEB.
Dix cas d?électrocution en 2003
Selon Hoolass Lochee, la plupart des cas d?électrocution recensés en 2003 ? il y en a eu dix ? auraient pu être évités si les installations électriques étaient équipées d?un disjoncteur différentiel (earth leakage circuit breaker). Cet appareil coûte environ Rs 1 000. Il interrompt le courant lorsqu?il détecte une variation électrique de quelques milliampères dans le réseau. En cas de surcharge, le disjoncteur se déclenche et coupe la fourniture électrique.
Bien sûr les autorités ont fait un pas dans la bonne direction, comme de rendre obligatoire l?installation d?un disjoncteur différentiel. Mais beaucoup reste à faire. Le MS 63 : 1995 Code of Practice for Electrical Installations in Buildings, ? qui impose que les installations soient faites par des électriciens agrées ? n?a toujours pas été promulgué.
La sécurité du public préoccupe l?IEE. En avril 2002, elle a voulu offrir aux consommateurs un moyen de se protéger contre les installations électriques défectueuses.
Elle a rédigé un Model of Electrical Contractor?s Pledge, contrat qui lie le client à l?électricien. Celui-ci s?engage à respecter les normes. Ce contrat permet au client de faire des réclamations en dommages et intérêts en cas d?insatisfaction. Cette démarche n?a pas eu beaucoup d?effets. Les cas d?électrocution le prouvent hélas.
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