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Une double identité assumée pleinement

5 avril 2008, 00:00

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L?on sent à l?intonation d?Houshna Ramjan, née Lidialam, qu?elle est bien dans sa peau et parfaitement insérée dans son milieu tant professionnel ? elle est juriste en propriété intellectuelle dans un cabinet parisien ? que dans son milieu social où elle milite aux côtés du Parti socialiste. Cette native d?une famille de huit enfants de Cité Martial à Port-Louis était loin de se douter que son destin l?emmènerait aussi loin que la capitale française et le conseil municipal de la ville du Bourget en Seine St. Denis.

Les choses se sont mises en place progressivement. Le père d?Houshna, aujourd?hui retraité, était employé à la mairie de Port-Louis. C?est au collège Bhujoharry que Houshna effectue sa scolarité secondaire jusqu?en Form V. Elle quitte le pays pour la France en 1987. Elle travaille d?abord comme secrétaire administrative dans une société d?ambulance à Paris avant d?effectuer un remplacement de trois mois comme secrétaire bilingue pour le groupe Pigier. Là, elle est formée pour faire des dépôts légaux auprès de la Bibliothèque nationale.

Houshna postule ensuite pour obtenir un emploi dans une société internationale s?occupant notamment de propriété industrielle. «C?est dans cette société que j?ai pu grimper les échelons car j?ai commencé comme simple secrétaire bilingue. Au bout de cinq ans, j?étais assistante juriste bilingue.» Elle passe cinq années supplémentaires au sein de cette société et travaille en collaboration étroite avec le directeur juridique.

Bien que Houshna veuille tout maîtriser, elle n?est pas obnubilée par sa vie professionnelle. Elle a entre-temps épousé Mohammad Mukhtar Ramjan, un Portlouisien comme elle, qui exerce comme chef d?entreprise d?électricité. Le couple a deux enfants, Mohammad Ejaz et Lubna Bhaï.

Houshna suit l?actualité française, en particulier la politique et se sent particulièrement attirée par les idées du Parti Socialiste. En 1995, elle adhère au parti de la rose car ce parti lui paraît le plus apte à défendre ses idéologies.

En l?an 2000 toutefois, les Ramjan prennent la décision de regagner Maurice. Houshna fait admettre ses enfants dans le système éducatif mauricien car elle tient à ce qu?ils apprennent l?anglais. Leur adaptation ne pose aucun problème. C?est à cette époque qu?elle s?intéresse d?un peu plus près à la politique mauricienne. Elle se met à suivre les activités du Mouvement républicain (MR) de l?avocat Rama Valayden. Elle participe à toutes les manifestations organisées par le MR et fait son baptême de feu au cours d?un meeting du MR à Belle-Rose. Elle reprend la parole publiquement lors d?autres meetings à Flacq et à Midlands.

En avril 2002, elle se laisse convaincre par une offre du fait qu?elle relève du même secteur d?activité dans lequel elle opérait autrefois, soit la propriété industrielle à Paris. Houshna et sa famille retrouvent donc la capitale française. «J?ai participé à la dernière marche organisée par le MR le 27 avril 2002 et deux jours plus tard, j?ai pris l?avion pour revenir en France où je me suis installée au Bourget.»

Piquée par la bête politique, Houshna ne reste pas insensible à la montée en puissance du Front national lors du deuxième tour des présidentielles françaises. Elle décide qu?elle a un rôle à jouer dans le combat aux côtés de la gauche. Avec le soutien de son mari, elle reprend ses études et obtient une licence en propriété industrielle.

Elle démarre sa maîtrise en droit privé mais ne l?achève pas. Cela ne l?a pas empêchée d?atteindre le statut de juriste en propriété intellectuelle et d?exercer dans un cabinet parisien. Houshna est passionnée par son occupation professionnelle. «Je m?occupe de contre-façons de titres de propriété industrielle, c?est-à-dire les marques déposées au niveau national, communautaire et international, de concert avec d?autres cabinets.»

Lors des présidentielles de mai 2007, Houshna mène campagne pour Ségolène Royale, la candidate battue du Parti socialiste. Elle fait du porte-à-porte, participe aux meetings publics et soutient aussi Daniel Goldberg qui est finalement élu député en Seine-Saint-Denis. Houshna est pressentie pour être candidate aux élections cantonales mais au dernier moment, elle se désiste au profit d?une autre candidate. En contrepartie, on la met en seconde position sur la liste des municipales. C?est ainsi qu?elle est élue aux élections municipales du mois dernier. Depuis, elle siège comme juré au sein de la commission sur la commune et sur celle des appels d?offres. «Je compte exercer une vigilance démocratique et républicaine sur les choix qui seront faits pour la ville.»

<I>«J?ai participé à la dernière marche organisée par le MR le 27 avril 2002 et deux jours plus tard, j?ai pris l?avion pour la France.»</I>

Houshna est déterminée à «toujours soutenir la gauche» et s?en explique. «Les Socialistes pensent qu?il faut concilier le progrès économique et les avancées sociales, la croissance et la sécurité, la création de richesses et la réduction des inégalités, l?industrie et l?écologie.» Elle est pour le maintien des 35 heures de travail car «elles permettent de ne pas surcharger de travail les employés et de préserver la santé des concitoyens». Tout comme elle est pour une immigration contrôlée car «de nombreux secteurs qui embauchent sont vacants, comme la maçonnerie».

Houshna est convaincue que la France doit venir en aide aux pays les plus pauvres afin de permettre à ces pays «d?avoir le minimum vital qui incitera leurs citoyens à ne pas vouloir immigrer ailleurs».

La conseillère municipale du Bourget a une autre passion : le football. Elle ne rate jamais l?émission Téléfoot , regarde tous les matches des championnats français et européens. Son équipe préférée en France est le PSG et dès qu?elle en a l?occasion, elle va assister aux matches au Stade de France et au Parc des Princes. Comme de nombreux Mauriciens, son équipe favorite anglaise est Manchester United.

Même si Houshna s?est totalement immergée dans la vie française, elle a conservé sa culture mauricienne. Elle cuisine mauricien pour sa famille au quotidien, consulte tous les jours la presse mauricienne, de même que le journal télévisé de la MBC sur le Net. Tout comme elle a conservé sa foi d?origine, jeûnant durant le mois du Ramadan et portant des churidars pour se rendre au travail quand l?envie lui en prend. «Pour Eid, j?apporte du briani à mes collègues de bureau.» Comme quoi, elle est l?exemple type d?une double identité parfaitement assumée?

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