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Une critique de la justice
Parce qu?on n?a pas eu le courage d?aller jusqu?au bout de l?énoncé des réformes, parce que les législateurs se sont montrés pusillanimes, aujourd?hui une situation des plus délicates s?est installée au niveau du judiciaire. L?opinion a pour propension de se poser des questions plus directes, voire simplistes. Elle fonde son raisonnement sur ce qui est perceptible et sur ce qui peut le plus facilement l?interpeller. Depuis quelque temps déjà, elle se pose des questions sur le postulat d?une justice indifférenciée pour tous. Avec la décision du Privy Council concernant la remise en liberté provisoire du député-avocat Dev Hurnam, elle ne cesse de clamer son exaspération.
Sur les ondes des radios et dans les colonnes des journaux, l?opinion apostrophe cette justice qui présente, à ses yeux, trop d?anomalies. Qu?en est-il des personnes qui ne peuvent recourir au Privy Council ou aux services des hommes en noir pour faire valoir leur droit ? Certes c?est une interrogation à prendre au premier degré mais elle témoigne d?une aporie qui risque de compromettre la confiance dans l?une des institutions la plus importante d?un État de droit.
Parce que des affaires, les unes plus spectaculaires que les autres, ont éclaté ces dernières années, parce qu?on a promis une politique de zéro tolérance et d?assainissement de la vie publique, on se retrouve désormais dans une situation où les promesses non tenues sont perçues comme des signes de faiblesse ou d?une reddition aux forces conservatrices. Liyyakat Polin est condamné. Mais la question qui reste posée à l?opinion est celle de savoir comment une seule personne peut endosser la responsabilité d?un acte aussi macabre que le triple attentat de la rue Gorah-Issac ? Et on n?évoque même pas le dossier de l?escadron de la mort !
La semaine qui s?écoule est une de ces folles semaines du judiciaire. Les dysfonctionnements les plus criants remontent à la surface. Des dénonciations aux allégations les plus sérieuses ou gratuites, des juges montrés du doigt mais tétanisés par le droit à la réserve, de ces ouï-dire aux vérités dites en susurrant, en passant par les pires malveillances, un climat délétère s?est installé dans le judiciaire. Selon leurs agendas, les politiques, les avocats, les suspects? tiennent un discours sur cette institution qui rend compte de l?extrême vulnérabilité du secteur.
Ce sont de tels sophismes qui produisent des inversions de rôles. Les coupables deviennent martyrs. Le bras séculier de la justice se voit drapé d?intentions arbitraires. C?est de ce syndrome du doute et de la suspicion qu?il s?agit de sortir aujourd?hui. Non, on n?a pas le droit d?éclabousser des réputations sur de simples allégations. Oui, personne ne peut avoir une réputation au-dessus de la loi.
Les préoccupations et interrogations de l?opinion sont prioritairement subjectives. Elles intègrent des considérations populaires qui ne tiennent pas en compte les « technicalités » qui ponctuent les cas soulevés ci-dessus. Il ne sert à rien non plus de nier les évidences. Depuis que le nom et la fonction ne garantissent plus l?impunité, nous sommes entrés dans une promesse de transparence et d?équité. Mais parallèlement, la logique égalitaire semble fonctionner à rendement inégalitaire. Parce que nous sommes coincés entre deux mondes. Entre une urgence de modernisation et une peur de changement. Un renouvellement d?approche à l?échelle des forces de l?ordre et des instances d?enquête et d?investigation et le maintien du statu quo au niveau du judiciaire. La police et le judiciaire semblent ainsi être deux institutions qui connaissent de nouveaux aggiornamentos sans que cela n?entraîne des pratiques et des réflexes décisionnels d?un nouvel ordre. C?est en pareille circonstance qu?il est plus aisé de faire abstraction des institutions pour tout mettre sur le compte des personnes. Si on ne fait pas rapidement le chemin inverse, on risquerait de trouver la justice au banc des accusés.
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