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Une architecte habitée par le design artistique

25 février 2008, 00:00

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Comme bon nombre de ses compatriotes, Emanuella Venturini a indéniablement le sens du goût. Du bon, cela s?entend. C?est visible dans sa tenue vestimentaire, mélange de soies fines couleur saumon, rehaussée par un châle aux tons dégradés de bruns. L?ensemble étant relevé par des bijoux or et saumon.

Elle est sensible à tout ce qui est esthétique dans son entourage et ne manque pas, par exemple, de s?extasier sur la présentation d?un cocktail sans alcool concocté par le barman de l?hôtel Oberoï. Et quand elle se met à parler de sa profession-passion, elle est d?une volubilité sans pareille. A tel point que le traducteur doit l?interrompre pour ne pas perdre le fil des idées avancées. Cette quinquagénaire aux yeux vert d?eau est l?une des cinq architectes de renom constituant le cabinet Quasarch Architecture à Lecco, ville située non loin de Milan en Italie. Depuis qu?elle a dix ans, Emanuella sait qu?elle serait architecte quand elle serait grande. Et ce n?est pas une profession de famille car, chez les Venturini, on est médecin ou avocat. «Quand mes parents m?emmenaient me promener, au lieu de regarder les magasins de jouets, j?étais fascinée par les tabourets et autres mobiliers design se trouvant dans les magasins de décoration». Ses parents la laissent choisir sa filière de spécialisation. Estimant que l?histoire de l?art et l?architecture sont indissociables, elle se rend à Paris et passe un an à l?Ecole nationale supérieure des beaux arts. Après quoi, elle regagne Milan et se fait admettre à Polytechnique où elle suit le cours d?architecture et de dessin industriel. Elle fait évidemment partie des meilleures notées tant le sujet l?habite. Son directeur d?études est le défunt architecte Marco Zanuso, qui a bâti sa réputation sur un style minimaliste. Il a conçu notamment le design de la machine à écrire Olivetti.

Emanuella et une de ses amies décident d?axer leur thèse de fin d?études sur le design artistique. Ce qui ne s?était encore jamais vu. Le risque s?avère payant car le jury est séduit par leur travail et leur donne la note la plus élevée de la promotion. Elles défraient la chronique et les journaux de l?époque parlent d?elles. La Polytechnique de Milan décide de faire du design un cours à part entière. Ainsi, avant même d?avoir commencé à exercer son métier, la notoriété d?Emanuella est quasi faite. Elle fonde alors le Metropolis Design Group, sorte de laboratoire expérimental qui devient la référence pour les fabricants internationaux de meubles. L??il affûté de l?architecte ne manque pas de repérer les artistes en herbe et de les embrigader pour contribuer à les lancer. De sorte qu?une fois qu?ils sont connus, agendas surbookés ou pas, ils ne peuvent rien lui refuser.

Emanuella conçoit une ligne de meubles pour enfants, la Boon Collection, pour le compte de la compagnie Poliform. C?est l?architecte Bruno Munari qui présente sa collection à la presse et celle-ci connaît un succès fulgurant. Cet évènement signe une longue collaboration professionnelle et amicale entre Munari et elle. Les clients d?Emanuella sont non seulement des particuliers voulant construire, restaurer ou décorer leur maison mais aussi des sociétés qui font appel à son sens du design artistique. Au fil du temps, son style qui était minimaliste, s?enrichit. Sachant que l?union fait la force, elle prend contact avec quatre autres architectes, respectés dans leur domaine de spécialisation respective et leur propose de former un cabinet. C?est ainsi que Quasarch Architecture prend naissance. «Nous sommes très complémentaires. L?un est très fort dans les projets structurés, l?autre dans les projets publics. Chacun est bon dans un domaine. Ma force, c?est le design et la minutie. J?avais déjà travaillé avec chacun d?eux séparément mais là, le fait de collaborer est comme un signe de la destinée. Nous avons recruté d?autres architectes et ingénieurs de générations différentes. Ce qui fait une panoplie de visions et de styles. L?atmosphère au cabinet est très harmonieuse car en réalité, nous parlons la même langue».

«Nous sommes très complémentaires. L?un est très fort dans les projets structurés, l?autre dans les projets publics. Chacun est bon dans un domaine.»

Ce cabinet jouit d?une grande estime et a réalisé de nombreux projets en Europe et ailleurs. Emanuella a la responsabilité du volet dessin industriel et décoration intérieure. Ses clients les plus connus sont le groupe Fendi, Baxter Italie, le groupe Swarovski. En collaboration avec un autre architecte, elle a participé au concours de design intitulé Habiller la Mer organisé par Seatec. L?objectif étant de concevoir la décoration intérieure d?un yacht. Emanuella a remporté le concours. Le jury a énormément apprécié son divan rétractable de sept mètres qui a été fabriqué et commercialisé sur une grande échelle par la suite. «C?est tellement confortable que j?en ai conservé un chez moi». Les Croisières Costa ont fait appel à elle pour la décoration de leur lounge bar pour certains de leurs paquebots. Jackerson lui a confié la conception de ses showrooms à Milan et Moscou.

Les matières utilisées par Emanuella sont naturelles à l?instar de la pierre ou du bois qu?elle allie aux technologies modernes. Le plus important contrat qui lui ait été confié jusqu?ici est la restauration d?un appartement privé situé en face de la basilique de Sainte Marie des Grâces à Milan où l?on peut contempler la Sainte Cène, célèbre tableau de Léonard de Vinci. «Comme d?habitude, j?ai recherché les matériaux les plus précieux et anciens mais dans la foulée, j?ai aussi fait appel à la technologie de pointe pour la ventilation et le chauffage. J?ai opté pour un système domotique pour toutes les facilités électriques. Cette restauration m?a pris trois ans et je l?ai presque terminée».

Pour Emanuella, un bon projet n?est pas forcément un qui soit coûteux. «C?est sûr que j?ai besoin de vivre mais pour moi, il y a plusieurs facteurs qui entrent en jeu. Il y d?abord les connaissances techniques, la créativité, de la fantaisie, un brin d?ironie et un dialogue consensuel avec le client. Le plaisir que l?on en tire, c?est surtout de faire de l?architecture de qualité».

Ces dernières années, Emanuella s?efforce de personnaliser certaines régions en y installant des installations créatives conçues par elle et d?autres artistes. Ainsi, elle a organisé l?installation des structures décoratives pour la Coupe du Monde de l?an 2000. Elle, qui en est à sa deuxième visite-éclair à Maurice, a pu découvrir Port-Louis. Ce qu?il manque à cette capitale, pense-t-elle, c?est une installation qui ferait figure de symbole. «A Paris, vous avez la Tour Eiffel. En Grande-Bretagne, le Big Ben. Il faudrait à Port-Louis une structure qui aille avec l?image de marque que Maurice veut projeter».

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