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Une Amérique divisée et mobilisée élit son président

2 novembre 2004, 20:00

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Les Américains étaient appelés aux urnes hier, mardi 2 novembre, pour élire leur président, ainsi que la totalité de la Chambre des représentants et le tiers du Sénat. Alors qu’aucune tendance ne s’est dégagée nettement des derniers sondages, le résultat allait dépendre de la participation des électeurs, enjeu d’efforts sans précédent dans les deux camps et, par voie de conséquence, source de contestations possibles quant à la régularité des inscriptions et des votes, dans les Etats où l’on s’attendait à des résultats très serrés.

Le président des Etats-Unis étant désigné par un collège électoral de 538 membres, lui-même élu dans les Etats, les enquêtes d’intentions de vote ne promettaient ni à George Bush, ni à John Kerry les 270 grands électeurs nécessaires pour l’emporter. Une dizaine d’Etats, désignant près d’une centaine de membres du collège électoral, étaient incertains. Nationalement, entre 2 % et 6 % des électeurs, selon les sondages, n’étaient pas sûrs de leur choix. Cette donnée était considérée comme de mauvais augure pour le président sortant.

Les républicains et les démocrates se disaient également sûrs de la victoire. Sur environ 200 millions d’Américains en âge de voter, on s’attendait à une participation de l’ordre de 55 % à 60 %. L’inscription des électeurs a augmenté de façon importante, évaluée parfois à 10 millions, par rapport à 2000, mais il n’existe pas de statistiques officielles centralisées. Certains Etats, comme le Wisconsin et le Minnesota, où le scrutin était très disputé, autorisent les électeurs à s’inscrire le jour même du vote. Selon les experts, une petite augmentation de la participation aiderait M. Bush, car elle proviendrait d’un électorat spécifique, les conservateurs religieux, dont 4 millions, selon Karl Rove, conseiller du président, n’ont pas voté il y a quatre ans. Une augmentation plus importante impliquerait d’autres catégories d’abstentionnistes chroniques, les jeunes et les salariés pauvres, plus nombreuses et plus favorables aux démocrates.

Le taux de vote effectif, parmi les nouveaux inscrits, a donné lieu à beaucoup de spéculations. Du côté républicain comme du côté démocrate, des milliers de volontaires ont été mobilisés pour appeler ces électeurs au téléphone, afin de les inciter à se rendre dans les bureaux de vote. En outre, entre 14 % et 20 % des électeurs, selon différents sondages, ont voté à l’avance, soit par correspondance, soit dans les bureaux ouverts par les Etats qui pratiquent cette méthode. Leurs bulletins devaient être dépouillés et comptabilisés en même temps que les autres, hier.

Les Etats disputés sont situés, presque tous, à l’est du pays, sur le même fuseau horaire, et les bureaux de vote y ferment à 19 heures ou 20 heures (1 heure ou 2 heures, aujourd’hui, en Europe). Compte tenu des précautions prises et des vérifications probables, la tournure du scrutin doit se dessiner vers 2 heures, aujourd’hui, sur la Côte est. On saura, alors, si la Floride et l’Ohio penchent vers

M. Bush ou vers M. Kerry, ou si la situation y est confuse. Dans ce dernier cas, les recomptages peuvent prendre beaucoup de temps, et l’on peut craindre, aussi, un emballement des procédures devant les tribunaux.

<B>Prudence des médias</B>

Les chaînes de télévision, critiquées pour leurs annonces inconsidérées en 2000, doivent faire preuve de prudence dans l’exploitation de leurs sondages “sorties des urnes”. Les médias ont convenu, dans leur ensemble, de faire confiance à l’agence Associated Press pour exploiter les informations fournies par le dépouillement lui-même. L’agence dispose de 5 000 correspondants, chargés de lui transmettre les totalisations successives, au niveau des comtés.

L’une des causes de difficultés est le nombre insuffisant de volontaires pour tenir les 200 000 bureaux de vote du pays. Selon la chaîne ABC News, l’âge moyen des scrutateurs est de 72 ans. La comptabilisation des votes par correspondance, notamment ceux des militaires déployés en Irak et en Afghanistan, donne des inquiétudes. Il en est de même de la vérification des bulletins provisoires, destinés aux personnes qui ne figurent pas sur les listes électorales, mais qui affirment avoir le droit de voter.

Beaucoup de spécialistes estiment que le discours de “concession” du vaincu, qui conclut la consultation, n’interviendra pas avant la fin de la journée aujourd’hui. Dans le meilleur des cas.

<B>Patrick Jarreau

© Le Monde News Service 2004</B>

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