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Une agression aux allures de vendetta
LA ?Bryani House? à la route Royale de Chemin-Grenier n?avait plus rien d?un restaurant dans la journée d?hier. Elle ressemblait plutôt à une salle de prières, dépourvue de tout, sauf d?une multitude de nattes de couleur verte, posées à même le carrelage glacé.
Maintenant que la salle est vide de tous les sympathisants, Sharfah, la petite-nièce du défunt ne tient pas en place. Sa mère et ses tantes ont beau la raisonner, c?est peine perdue. Pour elle, les nattes servent à faire des cabrioles. Alors la gamine s?en donne à c?ur joie, ponctuant ses galipettes de petits cris rauques. Ses culbutes incessantes finissent par tirer un sourire triste de ses tantes prostrées.
Dans la pièce d?à-côté, Azize, le frère aîné du défunt, épuisé par une énième séance d?hémodialyse et surtout par la disparition du benjamin de la famille, tente de trouver la paix d?esprit, recroquevillé sous ses couvertures. Pendant ce temps, son fils, Noureze, fait du rangement dans la cuisine.
Cela fait dix ans qu?Azize et ses fils tiennent la ?Bryani House?, l?alimentation leur ayant mieux réussi que le commerce au détail. Imtiyaz, qui n?a jamais travaillé de son existence et qui répondait au sobriquet de ?Leker?, vivait chez eux. ?Li pa ti bizin travay parski li ti pe gaign tou a gogo. Li ti enn zanfan gate?, confie Noureze.
Quand il n?allait pas à la pêche, son passe-temps de prédilection, Imtiyaz aidait ses neveux dans la cuisine du restaurant. A d?autres moments, il lavait les voitures des copains contre paiement de modiques sommes. A en croire ses parents, il menait une vie sans histoire et ne cherchait jamais querelle à son entourage. ?Fode ou rod sikan ar li pou li reazir. Sinon, li enn dimoun kalm.?
Retrouvé dimanche
Azize Romjon et ses fils ne se sont pas inquiétés outre mesure quand Imtiyaz n?est pas rentré samedi soir. Il avait l?habitude de découcher, surtout quand il programmait une partie de pêche à Pointe-aux-Roches. Ce n?est que dans la journée de dimanche que les Romjon sont avertis qu?Imtiyaz a été sauvagement agressé et retrouvé inconscient dans la cour d?un ancien imam à Mosque Road. Les policiers transportent le corps inerte à l?hôpital de Souillac où le médecin de garde constate le décès.
L?autopsie pratiquée à la morgue de l?hôpital Victoria par le Dr Sudesh Kumar Gungadin attribue le décès à une rupture de la rate. La dépouille est restituée à la famille pour l?accomplissement des rites funéraires. Quand Azize, ses fils et belles-filles réceptionnent le corps d?Imtiyaz, ils ont un choc. La dépouille est couverte d?ecchymoses, signe qu?il a été sauvagement agressé.
Ils apprennent par la suite que vers 21 heures, la veille, Imtiyaz a été battu par un objet contondant par Zoormanand Bofauty, dit Manand, 38 ans, employé d?une compagnie d?autobus individuels. La scène s?est déroulée devant la boutique Appollo, sous les yeux de bon nombre d?habitants de la localité. Ces derniers n?ont pas bronché. Attitude qui ne les étonne guère vis-à-vis de Manand Bofauty qu?ils décrivent comme ?enn dimoun violent?.
Fait étrange, c?est le même reproche que fait Manand Bofauty à Imtiyaz Romjon. Dans sa déposition faite aux policiers de Chemin-Grenier, hier après-midi, en présence de son avocat, Me Dawjee Dawreeawoo, Manand Bofauty explique qu?il s?en est pris à Imtiyaz Romjon parce que celui-ci est ?enn zom violent?. Ce dernier se serait permis de gifler son neveu et sa s?ur dans un autobus samedi parce qu?il n?aurait pas apprécié que l?enfant l?interpelle par son sobriquet.
Aveuglé par la colère
Quand sa s?ur lui relate l?incident, Manand Bofauty se fâche. Samedi soir, après dîner, cet homme qui est séparé de son épouse et qui vit chez son frère à Football Lane, se promène dans les rues de la localité. Non loin de la boutique Appollo, il aperçoit Imtiyaz Romjon. Son sang ne fait qu?un tour. Manand Bofauty explique que c?est alors qu?il arrache un tuyau carré d?un comptoir mobile se trouvant à deux pas pour assommer Imtiyaz Romjon.
Aux policiers, Manand Bofauty déclare avoir été si aveuglé par la colère qu?il ne se souvient plus du nombre de coups portés, ni sur quelle partie du corps d?Imtiyaz Romjon il a cogné. L?agresseur allègue que les témoins de la scène l?ont encouragé à continuer en raison du caractère ? violent? de la victime qui, selon lui, terroriserait d?autres habitants de la localité.
Voyant Imtiyaz Romjon se relever et s?enfuir, Manand Bofauty regagne le domicile de son frère, se maudissant pour cet accès de colère, précise-t-il aux policiers. Se sentant mal en fin de soirée, il demande à son frère de le conduire à l?hôpital Nehru. De là, il est transféré à l?hôpital Brown-Séquard où des calmants lui sont administrés. Il est gardé en observation jusqu?à dimanche midi. Une fois la décharge obtenue, il regagne Chemin-Grenier et assiste à un match de football. C?est alors qu?il apprend le décès d?Imtiyaz Romjon et est interpellé.
Manand Bofauty explique, en outre, au sergent Babooram qui mène l?enquête, qu?il ne voulait pas tuer Imtiyaz Romjon mais simplement lui infliger une bonne correction pour son comportement. Détenu au poste de Chemin-Grenier, il doit participer à une reconstitution des faits ce matin en présence de Me Dawreeawoo, son avocat. Il sera ensuite traduit devant le tribunal de Souillac où il devrait répondre d?une accusation provisoire d?assassinat.
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