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Une affaire de famille
On l?avait quitté il y a trois ans alors que la fête battait son plein à Cloud 9, son studio de production situé dans le pittoresque village de Petit Gamin dans le Nord de l?île. Il avait toutes les raisons de festoyer puisque sa série téle C?est la vie avait été bien accueillie par les Mauriciens. Trois ans plus tard, Romesh Sharma est de retour. L?homme n?a guère changé. La silhouette est toujours allongée, le sourire est toujours aussi franc et généreux.
Sans renoncer à ses convictions d?installer une industrie du cinéma dans son pays de c?ur, une envie qui l?habite depuis les années 80, à l?époque où il a monté Cloud 9 studio, Romesh Sharma chapeante aujourd?hui un projet colossal : le premier long-métrage bollywoodien «made in Mauritius». L?histoire, une réadaptation de sa série C?est la vie, réunit ce qui se fait de mieux à Bollywood: Amitabh Bachchan, Binod Pradhan, au mieux de sa formedepuis son travail sur la photo pour l?excellent Devdas de Sanjay Leela Bhansali, Revathy, la réalisatrice du non moins excellent Phir Milenge et les compositeurs Shankar-Ehsaan-Loy qui ont écrit trois des chansons du film.
Romesh Sharma aurait donc toutes les raisons de sonner le clairon, mais l?homme n?a jamais été aussi simple. Il nous accueille comme un vieux copain retrouvé après une longue absence dans le salon coquet de l?hôtel Spice Garden à Pointe-aux-Piments. «I get up everyday and start all over again. I thank God for all the loads of good fortune he has granted me with.»
On se hasarde à lui demander par quel heureux concours decirconstances, il a réussi à s?entourer des meilleurs pour son long-métrage.
<B>L?amour de toute une vie</B>
«Depuis que je me suis installé à Maurice dans les années 80, je me suis promis de montrer les coins et recoins de votre île au monde entier. Je me suis accroché à cette idée et je crois que ceux qui ont accepté aujourd?hui de me suivre dans cette aventure, ont senti la sincérité de ma démarche. Amitabh Bachchan et toutes les personnes merveilleuses qui m?entourent, ont répondu aussi spontanément et aussi sincèrement à mon invitation pour ce grand voyage.»
Aujourd?hui, Romesh Sharma ressemble à un jeune premier qui se jette avec avidité sur le projet de toute une vie. Si d?emblée, son enthousiasme est plutôt contenu parce que c?est à l?intérieur que ça se passe, on sent la rigueur avec laquelle il porte son projet. On peut bien avoir écrit et réalisé Usool ou encore Hum et être parfaitement calme. Romesh Sharma cultive la tranquillité, la sérénité, le rêve et son art. Il ne participe pas à la culture de la célébrité.
Pour lui, le cinéma est intimement lié au rêve. «That?s where creativity starts from.» Renouer avec le cinéma est pour lui une grande fête. «C?est d?abord un travail d?organisation, puis un travail rigoureux pour que chaque prise soit une réussite. C?est un engagement mais c?est surtout une passion commune que nous partageons tous sur le plateau.»
C?est peu dire. Pour cet homme profondément attaché à sa famille, ceux qui l?aident à faire de son rêve une réalité, font également partie de sa famille. C?est la raison pour laquelle il ne s?embarrasse pas des protocoles. Pour lui, il est aussi important de prendre le petit-déjeuner en famille que de rire de bon c?ur après une prise.
De la longue aventure du cinéma dans laquelle il est plongé depuis la fin de ses études en histoire, il a gardé des souvenirs d?un enfant qui traînait sur les plateaux. Aujourd?hui qu?il remet la main à la pâte, sa joie et sa foi sont inaltérables. Ce qui l?a toujours fait courir, c?est la foi dans son rêve, pour faire fi des découragements de ceux qui trouvaient déplacé son entêtement à vouloir faire du cinéma à Maurice. «J?ai toujours été redevable de tout ce que l?île Maurice m?a apporté.»
Pour témoigner de sa gratitude, il offre aujourd?hui ce qu?il sait faire : le cinéma. Dil Jo Bhi Kahey va ainsi filmer l?île Maurice dans toute sa splendeur. Une fois tourné et monté, le film fera le tour du monde, de l?Inde à la Suède, en s?arrêtant dans de nombreux festivals. A Stockholm, Romesh Sharma a réussi l?exploit de tourner des scènes de son film dans le palais royal et dans le City Hall, salle prestigieuse dans laquelle se déroule chaque année, la cérémonie pour l?octroi du Prix Nobel. «Je suis resté bouche bée devant tant de générosité. Je crois que là encore, nous avons eu une chance incroyable. I would say that destiny took me along,» explique Romesh Sharma.
Et aujourd?hui, le cinéaste ne s?enorgueillit même pas de mettre les pieds de son fils Karan à l?étrier. «Karan is in it because he has earned it. He has been working hard and has made tremendous progress since his first steps in C?est la vie.» De toute manière, n?a-t-on pas toujours besoin d?un coup de pouce pour démarrer une carrière ? Lui-même, n?est-il pas redevable envers un de ses cousins qui lui a jadis offert un petit rôle dans As black as she?s painted ? C?est de là qu?est parti le rêve de cinéma de Romesh Sharma.
Depuis, il a été à la fois acteur, scénariste, réalisateur et producteur. Romesh Sharma qui aurait pu être athlète s?il n?avait pas été cinéaste, est un homme heureux. Il le concède avec des mots qui ne laissent planer aucun doute. Le résultat de sa réussite est là : d?abord sa famille : sa femme, ses deux fils, dont l?aîné commence une véritable carrière à Bollywood et sa fille Neema, une assistante réalisatrice simple mais efficace.
Toutes ses réussites conjuguées à coup de détermination et de conviction, attirent forcément le respect. La charpente solide d?une vie remplie, réussie, construite autour de sa famille et de ses envies de cinéma.
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