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Un « think tank » à la rescousse du pays
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Un « think tank » à la rescousse du pays
Les élections législatives sont pratiquement pour demain. Budget, agenda pour le 1er mai, manifestes électoraux ? L?heure est à la préparation de stratégies pour rester ou revenir au pouvoir. Dans ces moments-là, l?absence de structures de recherche et de réflexion indépendantes qui empêcheraient aux politiques de perdre de vue les vrais enjeux se fait cruellement ressentir. Car autrement, que peut-on attendre de plans d?avenir préparés dans un tel climat de fébrilité « pouvoiriste » ?
C?est dans ce contexte qu?il faut accueillir toute idée d?un « think tank » indépendant. La dernière proposition en ce sens vient de très loin. D?Adam Tolnay, un universitaire américain qui a beaucoup étudié le « miracle économique » mauricien. Une étude qui lui permet de brosser un tableau assez sombre de l?avenir pour Maurice.
<B>L?émergence d?une politique d?à-peu-près</B>
Maurice a toujours compté sur des institutions externes pour fournir les documents de base devant alimenter ses stratégies de développement. Dans les années soixante-dix, il y a eu le plan décennal préparé par Titmus and Mead. Dix ans plus tard, le plan de réajustement structurel de la Banque mondiale proposait une nouvelle orientation. Subitement, vers la fin des années quatre-vingt-dix, on ressent une absence cuisante de stratégie intégrée pour le développement du pays. Ce vide a vu l?émergence d?une politique d?à-peu-près. Le pays navigue à vue.
Les conséquences sont là pour qui veut bien voir. La disparition programmée des préférences commerciales laisse l?économie frissonnante de vulnérabilité. Les dirigeants ont embarqué le pays dans une aventure informatique sans avoir planifié au préalable. Le tourisme se plaint de surtension. Les rangs des sans-emploi enflent. Une pauvreté nouvelle prend des racines? Et pendant tout ce temps, la seule stratégie des décideurs est d?essayer de se trouver de nouveaux parrains économiques du côté de l?Inde et de la Chine.
L?idée d?un « think tank » mis de l?avant par l?universitaire américain n?a rien de nouveau. De telles institutions sont même monnaie courante en Occident et en Asie. Dans le présent climat d?insécurité économique, Maurice sera bien inspirée d?en retenir l?idée. Ce ne sont pas ceux qui depuis des années déjà, essaient d?éclairer une nation malade d?un nombrilisme aigu qui diront le contraire.
Tolnay suggère un « think tank » ou comité d?experts, complètement indépendant des influences politiciennes. Pour arriver à ce degré de libre-pensée, l?institution devra être menée par des compétences venues d?extérieur et faisant figure d?autorité. Il a en tête des économistes, banquiers, stratèges et académiciens recrutés sur le marché international et dirigés par, pourquoi pas, un Prix Nobel au franc-parler.
Cette équipe analyserait sans complaisance les politiques déterminant la destinée du pays. Il lui appartiendrait également de suggérer des lignes d?actions pour rectifier le tir ou maintenir le cap, selon le diagnostic. Les dirigeants politiques et économiques du jour auront, eux, le devoir de tenir compte des recommandations et d?agir dessus. Aussi impopulaires fussent-elles.
Tolnay soutient ses dires par une analyse critique de la manière des Mauriciens à diriger leur pays. Il constate qu?alors que les forums de dialogue sont nombreux, les principaux acteurs de la vie sociale, politique et économique du pays ne se parlent pas vraiment. Ils ne disent pas le fond de leurs pensées par peur de représailles. D?où sa conclusion à l?effet que des consultants étrangers, qui n?ont aucun intérêt personnel à défendre, rendraient meilleur service au pays.
Le National Productivity and Competitiveness Council (NPCC) est un de ces organismes multipartites de dialogue créés par l?État et qui fonctionne à la manière du « think tank » préconisé par Tolnay. Depuis cinq ans, il s?est embarqué dans un ambitieux programme visant à amener les Mauriciens à changer de mentalité de sorte qu?ils puissent se prendre en mains. À quelques exceptions près, son directeur, Nikhil Treebhoohun, partage entièrement l?analyse de l?universitaire américain.
« Je suis d?accord qu?il est nécessaire d?avoir des idées venues de l?extérieur. Cependant, je ne pense pas que ce conseil des sages doit être composé exclusivement d?étrangers. Il y a des compétences ici. Seulement, elles sont mal utilisées et rarement écoutées. On le sait bien, nul n?est prophète dans son propre pays? Le mieux c?est d?arriver à un judicieux mélange d?expertise locale et étrangère », commente le directeur du NPCC.
Néanmoins, le point soulevé par Adam Tolnay ne manque pas de pertinence. Les Mauriciens ont démontré leur vulnérabilité aux influences politiciennes. Nikhil Treebhoohun estime que tout réside dans la qualité des hommes qui sont en scène de part et d?autres. Il ajoute que les observations d?un conseil constitué uniquement d?étrangers risquent d?être rejetées comme pures élucubrations d?académiciens enfermés dans leurs tours d?ivoire?
Ceci dit, l?idée même d?un « think tank » ne divise pas. Idéalement, l?université de Maurice aurait dû jouer ce rôle. Mais force est de constater que cette institution se cantonne dans sa fonction primaire d?instruire et non celui d?éduquer. Ce qui explique la pauvreté de sa communauté en termes d?idées et d?analyses constructives.
Se pose alors la question de savoir quel modèle choisir pour éviter que le « think tank » ne devienne une autre institution de faire-valoir pour une poignée d?universitaires. Car le danger est réel. Que vaudrait une institution dont les idées seraient snobées par les décideurs ?
Ailleurs, plusieurs modèles coexistent en toute complémentarité. Ce qui les différencie les uns des autres, c?est surtout le mode de financement. En général, l?État finance les instituts qui ont pour mission d?évaluer la « public policy » en vue de les rendre plus efficients. Ces organisations ?uvrent pour influencer les décideurs dans le sens des conclusions de leur recherche. Certains conseils sont aussi financés en partie ou en intégralité par le privé alors que d?autres s?autofinancent en opérant comme des cabinets de consultants, intervenant sur commande pour le compte du privé et du public.
La question du financement conduit à une autre interrogation, d?ordre éthique. Comment peut-on s?attendre à une indépendance totale de l?institution par rapport à ceux qui la financent ? Encore que le problème ne devrait pas se poser si les attributions de l?organisme sont bien définies et si les hommes choisis pour les mettre en pratique sont de la qualité voulue.
<B>Objectif ultime non atteint</B>
Nikhil Treebhoohun penche pour une participation privée au financement, un peu selon le modèle du Brooklyn Institute des États-Unis. Pourquoi est-ce qu?on ne garderait pas une structure maigre et efficiente et coopterait des compétences à l?étranger ou localement selon les besoins ? « Je ne vois pas pourquoi le secteur public ou le privé ne prêterait pas ses cadres le temps d?une étude nécessitant ses compétences propres? »
Quel que soit le modèle choisi, quelle que soit la qualité de ses hommes, un « think tank » n?atteindrait pas son objectif ultime qui est de rendre l?administration du pays plus efficiente et plus innovante, si les décideurs qui se trouvent à l?autre bout de la chaîne ne jouent pas le jeu. Bien évidemment, l?institution s?imposera le devoir de proposer des idées capables d?êtres pratiquées.
Comme le fait si bien ressortir le NPCC, une vision qui ne serait pas traduite en action n?est que rêve. Le contraire est aussi vrai. Agir sans vision de l?avenir c?est comme voyager dans le noir. Le malheur de ce pays c?est que de nombreux décideurs se targuent d?être des hommes d?actions sans qu?ils ne le soient vraiment dans les faits.
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