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Un vote à bulletin secret
Un huis clos pour une élection sans candidat ni campagne : 117 hommes s?enfermeront au Vatican pour élire le successeur de Jean Paul II, le 18 avril. Le mot conclave dérive du latin cum clave (fermé à clef), typique des conditions strictes d?enfermement des électeurs à partir de Grégoire X (1274). Le nombre des électeurs ne doit jamais dépasser 120, ?plafond? fixé en 1975 par le pape Paul VI. Cette règle qui s?est imposée lors des deux conclaves de 1978 a été confirmée par Jean Paul II.
Deuxième règle : pour entrer au conclave et faire valoir leur droit à élection, les cardinaux doivent être âgés de moins de 80 ans. Paul VI avait privé les cardinaux de plus de 80 ans du droit de participer au scrutin. Cette disposition avait soulevé des tempêtes chez les cardinaux octogénaires ! Au même moment, Paul VI avait demandé aux évêques et titulaires de charges à la Curie de présenter leur démission à l?âge de 75 ans. Cette règle s?est aussi imposée.
Cette règle d?âge a été confirmée par Jean Paul II dans sa constitution Universi Dominici Gregis («le pasteur de tout le troupeau»), datée de 1996, qui autorise toutefois les cardinaux octogénaires à suivre les réunions préparatoires (congrégations générales) du collège électoral et les incite à s?associer à l?élection... par la prière. Sur 183 cardinaux en vie, 66 octogénaires seront donc privés du droit de participer au conclave.
Celui-ci aura lieu, comme le veut la tradition, à la chapelle Sixtine du Vatican, un lieu «où tout contribue à faire sentir la présence de Dieu», écrit Jean Paul II dans sa constitution de 1996. Mais les cardinaux électeurs ne seront plus logés comme autrefois dans de petits appartements de fortune, fabriqués à la hâte dans le palais apostolique, où ils pouvaient disposer d?un vase de nuit, mais pas d?eau courante !
Pour la première fois, ils résideront à la maison Sainte-Marthe, la nouvelle résidence des hôtes du Vatican, conçue et aménagée sous Jean Paul II. Ils bénéficieront de chambres plus spacieuses et confortables et y prendront leurs repas.
<B>MÉTHODES D?ÉLECTIONS</B>
Durant le temps du conclave, tous les accès seront scellés et leur surveillance assurée de l?intérieur et de l?extérieur. Les 117 électeurs n?auront de relations à la chapelle Sixtine et à la résidence Sainte-Marthe qu?avec le personnel indispensable à leurs besoins. Ils ne devront avoir «aucun contact avec des personnes extérieures aux lieux où l?élection se déroule». Les lieux du conclave seront minutieusement inspectés par «deux techniciens dignes de confiance» pour empêcher l?utilisation par les électeurs d?appareils d?écoute clandestins. Eliminant des méthodes d?élection (l?inspiration subite ou la délégation du droit de vote à un petit comité) qui n?étaient plus en usage, Jean Paul II a confirmé le principe de l?élection à bulletins secrets. C?est elle, écrit Jean Paul II, qui «offre la plus grande garantie de clarté, d?honnêteté, de simplicité, d?ouverture et surtout d?une participation effective et fructueuse de la part des cardinaux». Le vote se fait par bulletins déposés dans un calice, à raison de deux scrutins chaque matin et chaque après-midi.
Ce moment, le choix peut être limité aux deux cardinaux qui ont obtenu le plus grand nombre de voix lors du dernier scrutin. Cette disposition a toutefois peu de chances d?être appliquée. Depuis 1831, aucun conclave n?a duré plus de quatre jours. Etant donné les attentes, malgré le confort de la maison Sainte-Marthe, il y a peu de chances qu?il traîne jusqu?à quinze jours. Après le dépouillement de chaque scrutin deux le matin, deux l?après-midi , les bulletins sont brûlés dans un poêle. Si le résultat est négatif, on ajoute dans le poêle selon un rituel qui s?est maintenu à travers les siècles de la paille humide qui épaissira et noircira la fumée. Si le résultat est positif, on fait brûler les seuls bulletins, ce qui donne alors une fumée blanche et légère, annonçant à la foule massée sur la place Saint-Pierre l?élection d?un nouveau pape.
Lorsque l?élection est acquise, le cardinal camerlingue demande à l?élu s?il accepte cette désignation : si oui, il devient pape sur-le-champ sans plus de formalités. On lui demande ensuite sous quel nom il veut régner. Puis chacun des cardinaux présents vient lui faire obédience personnelle. La nouvelle est confirmée à l?extérieur («Habemus papam») et le nom de l?élu annoncé sur la place Saint-Pierre par le premier des cardinaux-diacres. Cette tâche reviendra au cardinal chilien de Curie, Jorge Arturo Medina Estevez. Les scellés sont alors levés. Et, tandis que sur la place la foule attend l?élu, celui-ci revêt les vêtements pontificaux et se dirige en cortège vers le balcon de la basilique Saint-Pierre. Il donne sa première bénédiction à la foule et lui adresse son premier message.
<B>Henri TINCQ</B>
<B>Jean Paul II avait envisagé de démissionner en l?an 2000</B>
Le Vatican a publié jeudi son testament, un document de 15 pages lu la veille aux cardinaux. Le pape, convaincu que sa mission consistait à faire entrer l?Eglise dans le troisième millénaire, y confie notamment que l?idée de renoncer à son pontificat l?a tourmentée au cours de l?an 2000. «J?espère qu?Il (Dieu) m?aidera à comprendre jusqu?à quel terme je dois poursuivre ce ministère pour lequel Il m?a appelé le 16 octobre 1978», a-t-il écrit cette année-là dans ce testament en polonais entamé il y a plus de 20 ans. y indique en outre avoir songé dès le début de son pontificat à se faire enterrer en Pologne. Il ajoute vouloir être «mis en terre, pas dans une tombe» et demande que l?ensemble de ses notes soient brûlées.
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