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Un vase d’excréments pour Siven Chinien
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Un vase d’excréments pour Siven Chinien
Siven Chinien, le chantre des années de braise, l’auteur compositeur du chant emblématique Soldats Lalit Militant, quitte avec fracas le MMM, en septembre 1981. Fin octobre suivant, une Jeunesse Travailliste fantômatique, animée entre autres par Ramesh Balgobin, James Carver, Isoop Nazurally et Suresh Moorba, auteur d’une Misère noire, se voulant histoire de Maurice, également disponible en cassettes, grâce à la collaboration de John Kenneth Nelson, l’invite à monter sur une caisse à savon, rue Saint-Denis, Port Louis, pour expliquer à l’auditoire les raisons de son revirement de veste.
La presse travailliste estime généreusement l’assistance à 800 personnes et signale la présence de cinq policiers. La tension est cependant palpable. La présence de Siven Chinien sur la liste des discoureurs ne plaît pas à tous dans le voisinage où réside, dit-on, un futur candidat PSM de la circonscription No 2 de Port Louis Sud et Central. Des graffitis anti-travaillistes sont peints à l’endroit où doit se tenir le meeting rouge et s’expliquer Siven Chinien. Le meeting commence à 16 heures pile. Les orateurs précités prennent la parole sans encombre. Mais quand Siven Chinien s’approche du micro, vingt militants le huent et non en vain car terrorisé et même traumatisé, il n’adressera que quelques mots à l’auditoire.
Ne voilà-t-il pas qu’un Militant, toujours au dire de la presse travailliste, ose, au milieu de cette foule, composée de 800 die-hard rouges et d’une présence policière en principe dissuasive, s’approcher de la caisse à savon, tenant à la main un vase rempli d’excréments et d’urine. Et tout ce beau monde présent le laisse lancer le contenu de ce vase symbolique en direction de Siven Chinien. Ce dernier esquive le coup, précise la presse rouge, et le vase s’écrase sur la muraille du restaurant Le Rêve, répandant une odeur nauséabonde. L’emmerdeur parvient à s’enfuir en dépit de la présence des 800 partisans travaillistes qu’on ne savait si tolérants et de cinq policiers, pendant que les militants présents entonnent : Vendère Lalit Militant ! Vendère Lalit Militant !
C’est plus qu’il n’en faut pour que la presse travailliste parle d’agression fasciste et d’assassinat de la liberté d’expression. Heeralall Bhugaloo parle de « vendredi de la honte », de terrorisme, de mauvais présage. Il se souvient d’un forum sur le communalisme, à la mairie de Vacoas, au début de 1976, quand des « terroristes » confisquèrent les places disponibles pour l’empêcher de parler. En août 1979, des travailleurs licenciés de la Vacoas Transport sont frappés à La Louise parce qu’ils veulent changer de négociateur syndicaliste. La démocratie est menacée. C’est le moment de garder la tête froide, conseille-t-il.
Pour Advance, ce vase plein d’excréments relève du banditisme. Il pourrait même faire… boule de neige. Le MMM réclame une campagne électorale et des élections civilisées. Il ne lève pourtant pas le petit doigt pour condamner ce recours excrémentiel.
L’AFP diffuse une série d’articles, à la fin d’octobre 1981, pour donner une évaluation de la situation politique à Maurice à la veille des prochaines élections législatives. Pour cette agence de presse française, il ne fait pas l’ombre d’un doute que Maurice se dirige vers un raz de marée de la gauche, devant détrôner la droite conservatrice, composée du PMSD de Gaëtan Duval et du PTr de l’octogénaire Seewoosagur Ramgoolam, devenu le doyen des chefs d’Etat et de gouvernement, après la démission du président finlandais Uhro Kekkonen, 81 ans et l’aîné de notre Premier ministre de seulement 15 jours. Ils étaient toutefois tous deux plus jeunes que Tito, mort en 1980.
Gaëtan Duval ne partage pas forcément les prédictions de l’AFP, évoquant un prochain raz de marée MMM-PSM. Le leader du PMSD rentre d’une tournée décevante en Europe et aux Etats-Unis. Il n’a pu parler au nom du gouvernement et de la population de Maurice, faute de mandat officiel. Il estime qu’aucun parti n’obtiendra de majorité aux prochaines élections générales. Il est certain d’une chose : le PTr part battu. « Cela se sent ! cela se sait ! cela se dit ! » précise-t-il.
Il fait savoir que son parti soutiendra… Anerood Jugnauth aux prochaines législatives car se serait dramatique, pour Maurice, si demain Jugnauth est battu et Bérenger élu et que ce dernier se retrouve à la tête d’une équipe gouvernementale MMM/PSM. Il estime, que depuis les derniers incidents, impliquant l’ambassade libyenne à Maurice, la stratégie du MMM est de se défaire au plus vite des éléments modérés que sont Jugnauth et Harish Boodhoo. Le PMSD espère faire élire entre 20 et 25 députés bleus aux élections. Son calcul est que les déçus du PTr, la grande masse donc des électeurs, préfèreront voter pour le PMSD plutôt que pour le MMM de Paul Bérenger. Comme quoi, on peut être journaliste parisien (de l’AFP) et avoir une meilleure évaluation de la situation politique à Maurice qu’un vieux routier de la politique mauricienne, ayant fait et défait maints gouvernements depuis deux décennies.
Pour Bérenger également l’ombre d’une prochaine victoire électorale ne fait pas de doute, au point qu’il pense davantage à l’après-victoire qu’à la conquête du pouvoir. Il fait, par conséquent, les yeux doux aux touristes sud-africains. Le MMM mettra une sourdine à son intransigeance anti-apartheid et Maurice demeurera un paradis touristique pour touristes, entre autres, sud-africains. C’est promis ! C’est juré ! Parole de politicien !
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