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Un tsunami menace le français à Maurice, s?inquiète Jean Fanchette
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Un tsunami menace le français à Maurice, s?inquiète Jean Fanchette
Jean Fanchette parle lui-même et à juste titre de ?constat désabusé?. Il raconte que, préparant l?exposition France-île Maurice, en 1978, avec Joseph Tsang Mang Kin et Armand Maudave, il sollicita en vain l?aide de ses compatriotes propriétaires de livres d?auteurs mauriciens. (Ils ne sont pas fous ces Mauriciens. Qui voudrait se séparer, même temporairement, de tels trésors ?)
Jean Fanchette se souvient de l?île Maurice qu?il quitta en 1951 pour aller faire ses études en Europe. Son île est encore ?un foyer intellectuel relativement intense?. Elle sait encore recevoir un Georges Duhamel qui lui inspire le choix de ses études médicales, un Maurice Bedel, un Max-Pol Fouchet, un Armand Guibert (que la Grande Encyclopédie Larousse de 1979 ignore superbement alors qu?elle s?étend longuement sur ses hôtes mauriciens dont Clément Charoux, Malcolm de Chazal, Robert Edward Hart). La Comédie française et la Comédie des Quatre nous envoient alors leurs meilleurs interprètes de Molière ou de Claudel, dont un inoubliable Claude Piéplu.
Les Mauriciens de 1979 possèdent une culture importée, faite en grande partie de souvenirs télévisuels. Jean Fanchette préfère se taire pudiquement à propos des imbécillités de notre MBC. Il prie le lecteur de l?excuser de se tourner de la sorte vers ses 20 ans. L?île Maurice post-indépendance connaît des mutations sociopolitiques qui bouleversent les rapports de ses habitants avec la culture et la langue françaises. L?île Maurice d?il y a 25 ans perd ses valeurs et le sens des valeurs de son isolement. Ce paradis touristique en herbe devient un désert culturel en puissance.
Hier encore, la petite île Maurice mélangeait heureusement sa littérature à celle, géante, de l?Hexagone. ?Echanges féconds, interférences, osmoses fondatrices qui assurent à la littérature mauricienne une originalité et une qualité sortant de l?ordinaire? et que démontre à l?envi l?Histoire de la littérature mauricienne? de Jean Georges Prosper. Baudelaire, Bernardin de Saint-Pierre, Félicien Mallefille inscrivent Maurice, l?île de la Fidélité, au fronton de la littérature française d?outre-mer. Léoville L?Homme, Hart, Pierre Nohel ? ?qui écrivait une langue d?une pureté flaubertienne? ? Raymonde de K/Vern, Cabon, Renaud, ont ajouté leurs talents particuliers à l?élan initial donné par leurs illustres devanciers. La génération des années 1940 et 1950 est pétrie de culture française et de modernité, abandonnant un mimétisme culturel dépassé. De jeunes poètes mauriciens se mettent à écrire comme Milosz ou Eluard. Loys Masson se taille une place de choix en France et au Quartier Latin à coups de gueule. L?Essor et Sève foisonnent. L?Alliance française et l?Union culturelle française y exercent une action bénéfique.
Tout cela n?est plus aux trois-quarts du XXe siècle constate, non sans une certaine exagération, Jean Fanchette. Il refuse pourtant qu?on l?accuse d?être trop pessimiste. Il dénonce la tourmente qui a suivi l?indépendance de 1968. ?La politique mêle ses eaux sales à ce qui est source jaillissante.? Ceux chargés de défendre la présence française à Maurice échouent dans la mission sacrée qui leur est impartie. Ils échouent sous bien des rapports. Une politique faite d?attentisme ne permet plus de remonter désormais le courant.
Jean Fanchette parle de ses retours au pays de son enfance ?pays jamais oublié, jamais renié?, il constate un implacable déclin. Un déclin qui s?accélère pendant le lustre 1975-80. Ses causes sont multiples. Il y a surtout la démission de la France qui privilégie honteusement la politique et ses intérêts peu honorables au détriment de la noble cause de la présence culturelle française en cette ancienne Isle de France. ?Une zone d?influence politico-économique sans infrastructure culturelle est une contradiction dans ses termes, une entreprise vouée à l?échec.? Jean Fanchette reconnaît, bien sûr, tout ce que la France entreprend et finance sur le territoire mauricien. Mais ce qui manque c?est un grand dessein, un grand projet pour arrêter ce déclin, cette déshérence. Ce qui suffisait en matière d?aide culturelle à une petite colonie britannique francophone ne l?est plus pour une île Maurice indépendante comptant un million de francophones et de francophiles.
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