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un tandem au pied du mur

4 octobre 2003, 20:00

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Paul Bérenger n?a plus de prétextes. Au pied du mur, le nouveau chef de chantier est attendu sur un certain nombre de dossiers clés, sur lesquels il s?est longuement prononcé avant d?accéder au poste de Premier ministre. Après des décennies de lutte militante et d?engagement personnel, on attend aujourd?hui qu?il passe à l?acte. Théoriquement, il a désormais les mains libres, mais entre dire et faire, le pas n?est pas aussi facile.

Si l?économie va, tout va, dit-on. C?est pour cela qu?en septembre 2000, au lendemain de la victoire électorale du Mouvement socialiste mauricien-Mouvement militant mauricien (MSM-MMM), Paul Bérenger, en choisissant le ministère des Finances, s?y est personnellement attelé. « True to our commitment to put the country back on the track, we took strong remedial actions, soon after assuming office, to deal with the pressing economic issues. And in a relatively short period of time, we succeeded in reversing a deteriorting situation », déclarait-il, confiant, le 11 juin 2001, lors de la présentation du premier budget de cette législature.

Aujourd?hui, force est de constater que les indicateurs économiques ne se sont pas améliorés. Dans bien des cas, ils ont même empiré. Bérenger lui-même concède que la dette publique demeure « bien tight, bien difficile ». On n?ira pas jusqu?à dire, comme les travaillistes, que « Bérenger sera le pire ministre des Finances qu?aura connu Maurice ». Il n?empêche que certains chiffres sont alarmants, surtout le taux du chômage et le déficit budgétaire. Sur ce dernier indicateur, malgré deux hausses successives de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), aucune amélioration n?a été notée.

« Bisin serre ceinture ek faire sacrifices. Travaillistes ine faire pillage. Ek nu, nu pé faire investissements massifs dans Education ek ICT », expliquait Bérenger, en juin 2002, pour justifier la deuxième hausse de la TVA. Bien des consommateurs ont été choqués par cette décision. Ils avaient toujours en tête la campagne menée par Bérenger dans l?opposition en 1998. À l?époque, le leader du MMM exigeait une baisse de 10 à 5 % du taux de la TVA? Au pouvoir, il fait tout le contraire, en juin 2001 et en juin 2002. Quantum de la hausse : 50 % !

À voir le déficit budgétaire qui reste très élevé (6 %) et une conjoncture internationale de plus en plus difficile qui menace nos exportations, on voit difficilement la TVA baisser.

Selon un économiste du privé, il « faudrait un autre miracle pour revoir cette taxe à la baisse. À moins que le gouvernement ne consente à le faire à la veille des prochaines élections. Ce serait totalement irresponsable? »

Outre l?économie et ses nombreux défis, s?il est un dossier qui est souvent revenu sur le tapis des revendications du MMM, c?est bien celui de la réforme électorale et du financement des partis politiques. S?inspirant du modèle allemand et à la lumière des résultats des élections de 1976, de 1982 et de 1983, Paul Bérenger suggérait en 1986 l?introduction d?une dose de proportionnelle. À l?approche de chaque scrutin, il s?est souvent plaint de l?inégalité des moyens entre la majorité sortante et l?opposition.

Réforme électorale en attente

Un premier pas a été franchi en décembre 2001 avec l?institution de la commission Albie Sachs. Du rapport présenté le 24 janvier 2002, le gouvernement retiendra le principe d?introduire une dose de proportionnelle et une formule de financement des partis politiques. Deux comités d?élite, l?un sous la présidence d?Emmanuel Leung Shing et l?autre sous celle d?Ivan Collendavelloo, ont été désignés pour plancher sur les deux formules à appliquer. Institués en avril 2002, les deux comités n?ont toujours pas achevé leurs travaux. Et Bérenger qui a horreur des dossiers qui dorment?

D?ailleurs, ne dit-il pas, que c?est pour faire bouger les choses qu?il préside au moins une trentaine de comités ? De l?élevage de porcs à l?élimination des corbeaux, des taxis marrons aux marchands ambulants?

Si Bérenger se dit un infatigable bosseur, d?autres sont d?un avis contraire. « À trop vouloir faire, il ne fait plus ce qu?il est censé faire : se pencher sur l?économie », affirme souvent le leader de l?opposition, Navin Ramgoolam. En tant que Premier ministre, ses responsabilités seront encore plus grandes. « Il doit cesser de se mêler de tout. Il doit faire confiance à ses ministres, à sa Top Team et aux autres », affirme un ancien ministre du MSM.

Revenons au chantier qui s?offre à Bérenger. Le nouveau Premier ministre n?a jamais caché son vif intérêt pour les démunis. À une époque, il voulait même créer un ministère ? pour lutter contre l?exclusion ? dont il aurait pris le portefeuille. Ministre des Finances, il a créé le Trust Fund for the Social Integration of Vulnerable Groups, placé sous la houlette de Vidula Nababsing. Aujourd?hui Bérenger hésite : si cela ne tenait qu?à lui, il aurait placé cette unité sous l?égide du PMO. « Mais cela risque d?être mal perçu par le MSM. Et Bérenger ne veut pas créer de frictions », explique un ministre mauve. À ce jour, le Trust Fund, présidé par Darma Mootien, est toujours rattaché aux Finances. Interrogé, celui-ci dit qu?aucune décision n?a été prise jusqu?ici, « mais quoiqu?il arrive le travail pour éradiquer la pauvreté se poursuivra. »

La santé est un autre gros morceau du programme gouvernemental. Après l?éducation, des investissements colossaux sont attendus pour réformer ce secteur. Dans son discours du budget 2003-2004, Paul Bérenger évoquait l?introduction d?un National Health Insurance Scheme pour financer une partie de la réforme. Réagissant tout de suite après, le Comité amélioration pour la santé (CAS) a objecté contre cette intention gouvernementale : « Non à la formule d?assurance santé. Oui à l?introduction de la taxe rurale pour financer cette réforme depuis longtemps overdue ».

Autre réforme annoncée : celle de la pension de retraite. Un White Paper est en préparation pour revoir la formule de contribution en vigueur dans les secteurs public et privé et qui est versée indistinctement à tous ceux qui ont 60 ans. Bérenger aura-t-il le courage de changer la formule ?

Le métro léger tarde à venir

Si Paul Bérenger ne rate pas une occasion de rappeler que le gouvernement MSM-MMM a aboli le Ranking au CPE, en revanche sur des dossiers non moins populaires, aucune évolution n?a été notée. Chaque matin, des milliers de Mauriciens sont coincés dans les embouteillages, or le dossier métro léger reste irrémédiablement bloqué ? on l?évoque depuis 1976 ! Les coups de klaxon des Mauriciens exaspérés n?y font rien.

Au niveau de l?emploi, les promesses faites n?ont pas été tenues. Où en sont les 20 000 emplois annoncés dans le domaine des nouvelles technologies ? Pour l?heure, la cybertour reste un immeuble en construction. La cybercité sera-t-elle la source du second miracle économique promis par Sir Anerood Jugnauth ? Celui-ci parti au Réduit, c?est à Bérenger qu?il revient désormais de traduire le virtuel en réalité?

Sur le plan politique, enfin, les deux ans que passera Bérenger au pouvoir ne seront pas de tout repos. L?opposition travailliste a déjà lancé une campagne contre la personne de Bérenger. L?élection partielle dans la circonscription n° 7 fera, à bien des égards, office de test de popularité de Paul Bérenger en milieu rural. Thème de la campagne des rouges : en cédant sa place à « Paul Raymond Bérenger », Anerood Jugnauth a trahi la lutte qu?a menée Sir Seewoosagur Ramgoolam contre le pouvoir colonial.

Si Bérenger et son équipe gagnent la partielle, le Premier ministre s?attaquera avec plus de sérénité au remaniement ministériel. « Certains craignent qu?il soit l?otage des groupes socioculturels. En fait, s?il ne procède pas à son remaniement ministériel maintenant, c?est pour ne pas casser l?esprit d?équipe. Après la partielle, il pourra replacer ses ministres afin d?être encore plus efficient », confie un proche de Bérenger.

Au-delà de toutes les attentes, reste le rendez-vous des législatives de 2005. Bérenger sera-t-il candidat au poste de Premier ministre ? Pourra-t-il brandir le bilan économique auquel il s?attendait, lui qui croit fermement que l?économie a pour finalité d?améliorer la condition humaine, quitte à faire des sacrifices, à « serre ceinture » ?

Sa performance comme Premier ministre transcendera-t-elle les réalités du pays ? Au pied du mur, il n?a pas d?autre choix que de faire ses preuves?

Projets énoncés en octobre 2000 mais en attente...

  • L?introduction de juges d?instruction sur le modèle français dans chaque Police District dans le but d?assister les policiers à instruire les cas, notamment les plus sérieux.

  • L?introduction d?une nouvelle loi qui octroierait des pouvoirs supplémentaires aux magistrats pour enquêter sur les cas de personnes décédées durant leur détention en cellule.

  • La codification de la Muslim Personal Law à la lumière du rapport du Muslim Personal Law Committee.

  • L?introduction d?un code de conduite pour les parlementaires et l?extension du Declaration of Assets Act qui obligerait les conseillers, les cadres municipaux et les hauts fonctionnaires à déclarer leurs avoirs.

  • L?institution d?un Parliamentary Supervisory Committee regroupant des membres des deux côtés de la Chambre pour veiller au respect du Declaration of Assets Act.

  • La création d?une Equal Opportunities Commission pour assurer l?égalité des chances de tout citoyen, notamment en matière d?emploi.

  • Mise en place d?une instance juridique appropriée pour faciliter les appels contre des décisions de la PSC.

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