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Un talent qui chante...
Outre le fait d?avoir participé à quelques expositions, deux de ses dessins ont été imprimés sur les cartes de v?ux 2007-2008 de l?association. L?impression de deux des dessins de Jonathan en cartes de v?ux de l?APEIM à côté de tableaux d?artistes peintres confirmés tels que Françoise Hardy, Yves David, Kalindi Jundoosing, Pascale Lagesse, ou Jocelyn Thomasse pour ne citer que ceux-là, constitue un pas de plus dans la progression de Jonathan dont le talent a été mis au jour en 2002 par l?artiste peintre Véronique Leclézio.
C?est à la maternelle que cet habitant de Sainte-Croix qui est le sixième des sept enfants Leboeuf, réalise qu?il est différent des autres. «Ena zenfans ti riye moi. Mo ti blese et ankoler. Monn prefer vir ledo ale. Depi sa lepok la monn rann moi kont ki mo diferan », raconte Jonathan. A six ans, sa mère le fait admettre à l?APEIM de Port-Louis. Jonathan, qui a une mémoire infaillible pour les chiffres, se remémore ce premier jour. Outre la glissade et les balançoires, il y avait des enfants comme lui et des animateurs qui l?ont accueilli.
Autant à la maison, il est plutôt renfermé sur lui, autant à l?école, il s?extériorise, bavardant avec les autres et faisant le pitre parfois pour faire rire la compagnie. Jonathan aime le dessin. Il couche sur papier ses rêves, des éléments de son quotidien ou ce qui le frappe à la télévision. Ainsi, dans son carnet de dessins, on peut voir plusieurs bateaux égyptiens avec des hiéroglyphes de momies enrubannées sur leurs flancs. Son style n?est pas sans rappeler le naïf. Il dessine beaucoup au feutre à la maison et le fait aussi parfois à l?APEIM.
C?est en visitant l?école de Port-Louis que Véronique Leclézio découvre les dessins du jeune garçon et décide de lui donner un coup de pouce pour qu?il expose au Caudan Waterfront. Elle les fait même agrandir en tableaux. Jonathan est le premier surpris du résultat. «Bann dimounn inn vinn gete. Mo desin inn gaign valer.» L?artiste Vaco Baissac l?incite à voir plus grand en termes de cadres ou à s?exprimer et à utiliser plus de couleurs. Jonathan ne se fait pas prier.
Depuis le début de l?année dernière, il prend des cours hebdomadaires de dessin et de peinture avec l?artiste peintre Gilberte Natchoo-Marimootoo. Avec elle, il apprend à faire des natures mortes ou à peindre des animaux qu?il dessine à partir de magazines. Sa peinture est plus proche de la gouache. Le 24 septembre dernier, Gilberte Natchoo Marimootoo organise une exposition des ?uvres de ses élèves au Caudan Waterfront et les dessins de Jonathan figurent bien évidemment dans le lot.
A 18 ans, Jonathan a quitté le centre éducatif de l?APEIM pour rejoindre l?atelier de ce centre où, avec d?autres élèves, il a appris à nettoyer, jardiner, faire le thé pour le personnel, faire des courses, ainsi que des travaux d?artisanat. Il n?a d?ailleurs pas son pareil pour orner les miroirs de mosaïques en marbre qui font 40 centimètres par 40 centimètres et pour lesquels il faut passer commande. Mais si les gens veulent des miroirs de dimensions plus grandes ou plus petites, Jonathan est à même de le faire. Cette année, comme il y avait une vacance au centre de Port-Louis, la direction de l?APEIM a décidé d?employer Jonathan à plein temps.
Depuis trois ans, Jonathan fait des cartes de v?ux qu?il offre souvent aux filles de Lorette de Port-Louis qui font des projets sociaux avec le centre. Le 14 février dernier, jour de la St-Valentin, il a fait une série de cartes avec un c?ur blanc au centre, entouré d?une multitude de fleurs colorées et de petits c?urs.
L?atelier de l?APEIM reçoit beaucoup de visiteurs. Des Danois de passage sont tombés en arrêt devant les dessins de Jonathan, disant que son style ferait fureur au Danemark. Ils ont même acheté quatre de ses dessins qu?ils estiment à Rs 500 chacun.
Ce qui a donné des idées à Irène Alessandri, directrice de l?APEIM. En effet, tous les ans, l?APEIM fait appel à des artistes confirmés pour avoir l?autorisation d?imprimer certains de leurs tableaux sur des cartes de souhaits. Cette année, Irène Alessandri a décidé d?y inclure deux dessins de Jonathan. Elle lui a demandé de soumettre plusieurs de ses dessins à partir desquels elle a sélectionné deux qui ont été baptisés Le bonheur et Maurice en couleurs. La première carte représente un bateau avec à son bord une princesse et un prince et la seconde est un paysage original avec ses montagnes, ses routes, ses dodos.
Jonathan est ravi de ce choix. D?ailleurs, il n?est qu?éloges pour l?APEIM, qui, dit-il, a fait jaillir les talents enfouis en lui. Ainsi, avec l?encadrement approprié, il a pu battre la ravane et faire tinter le triangle, chanter des ségas et en particulier Dalma, Dalma de Michel Legris à qui il voue presque un culte. Au point de l?avoir dessiné en sa compagnie. Tout comme il a appris à dicter à d?autres les mots qui se bousculent dans sa tête et qui, une fois exprimés sur papier ou dans l?agenda qui ne le quitte jamais, deviennent des poèmes en l?honneur notamment de Goodlands où sa s?ur vient d?emménager. Avec l?APEIM, il a aussi compris le sens des mots autonomie et voyages. « Avec l?APEIM, monn al Rodrigues ek la Réunion, monn zoinn bann associations dimounn handicapés et monn bien visite partou.»
Lorsqu?il ne rêve pas les yeux fermés, Jonathan rêve d?aller aux Etats-Unis dont il est question dans de nombreux films qu?il voit. Il espère aussi que son autre s?ur qui est installée en Allemagne, pourra un jour payer son billet et le faire découvrir le pays de Goethe.
Mais le plus grand souhait de Jonathan est de pouvoir vendre ses dessins et se faire beaucoup d?argent au point de pouvoir aménager une école-pépinière de talents cachés? Les cartes de v?ux de l?APEIM dont le thème cette année est Regards et Expressions Arc-en-Ciel, peuvent être commandées auprès du centre de St-Paul.
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