Publicité

Un siècle et demi de service pour la Chambre d?agriculture

24 août 2003, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

La Poste centrale a procédé, mercredi dernier, à l?émission de quatre nouveaux timbres-poste. Ils s?ajoutent aux précédentes séries chargées de commémorer philatéliquement les événements historiques marquants de l?année. Le premier, d?une valeur faciale de deux roupies (faut-il y voir une prochaine augmentation du coût, aujourd?hui d?une roupie, de l?affranchissement du courrier local ordinaire ?), rend hommage aux 6es Jeux des Iles de l?océan Indien. Celui de Rs 6 célèbre le 150e anniversaire de la fondation de la Chambre d?agriculture de Maurice. Fait l?objet du timbre de Rs 9, l?arrivée, le 18 avril 1753, de l?abbé Nicolas Louis de La Caille, célèbre astronome (un de ses pairs, le Pr Trinh Xuan Thuan, eut la délicate pensée et l?élégance scientifique de placer sa visite ?sous le beau ciel austral? mauricien et ses nombreuses conférences publiques les unes plus instructives que les autres dans le cadre du 250e anniversaire de la visite à Maurice du cartographe abbé de la Caille). Le timbre de Rs 10 honore, enfin, le 50e anniversaire de la création de l?Institut de Recherches de l?Industrie sucrière de Maurice (MSIRI).

L?histoire de la Chambre d?agriculture commence, le 16 novembre 1853, à la Triple Espérance, la célèbre loge maçonnique, située alors à l?arrière de l?évêché de Port-Louis, à l?angle des rues Dauphine et Dr-Laurent (emplacement occupé, aujourd?hui, par le collège de Lorette de Port-Louis). Ses membres Maçons se préparent à célébrer le 225e anniversaire de sa fondation, en décembre 1778.

Trois cents représentants du corps agricole se réunissent donc, ce jour-là, dans la Salle des Pas perdus de la Triple Espérance pour fonder non pas une Chambre mais une Société d?agriculture. La convocation, reçue par eux, définit ainsi l?objet de cette réunion historique : ?Qu?une Chambre (sic) d?agriculture soit fondée sur les mêmes bases que la Chambre de commerce (fondée trois ans plus tôt)? pour informer le gouvernement de toutes les questions ayant trait à l?agriculture et assurer la liaison entre le gouvernement et le planteur.? Cette réunion fondatrice bénéficie du soutien de Sir James Macaulay Higginson, gouverneur de Maurice du 8 janvier 1851 au 20 septembre 1857.

Elle est présidée par James Edward Arbuthnot (1809-1868), sixième fils du 1er baron Arbuthnot. Il arrive à Maurice en 1829, après avoir participé à la première course d?avirons Oxford v. Cambridge.

Il achète un établissement sucrier à Piton. A l?insu du gouvernement, il fait venir de l?Inde, en 1834, un an donc avant l?abolition de l?esclavage, 75 travailleurs agricoles et les emploie sur la base d?un contrat de cinq ans. En juin 1837, il épouse Harriet Frances qui lui donne un fils et sept filles. Il établit des partenariats commerciaux avec George Ireland et Hugh Hunter. Il crée avec ce dernier la Hunter, Arbuthnot and Co et achète l?établissement sucrier The Mount. Il fait partie des pères fondateurs de la Mauritius Commercial Bank Ltd en 1838 et de la Chambre d?agriculture. Il fait partie de plusieurs mouvements politiques, militant, entre autres, en faveur de la protection du sucre mauricien, en butte aux sucres produits à moindre coût par une main-d??uvre servile. Il milite aussi pour l?élection des membres inofficiels du Conseil du gouvernement. Avec d?autres personnalités, il pétitionne à la reine Victoria dans ce sens. De 1855 à 1862, il dirige l?Oriental Bank mais fait, de nouveau, de malheureuses spéculations. Il crée alors la branche mauricienne de la Ceylon Company mais ne tarde pas à être remplacé. On admire et on craint à la fois son sens des affaires et son manque de prudence. De mai 1856 à septembre 1868, il fait partie du Conseil du gouvernement. Il meurt de dysenterie le 29 septembre 1868. Il est enterré dans la cour de l?église Saint -Thomas, Beau-Bassin.

Arbuthnot présente les motions à l?ordre du jour de la réunion du 16 novembre 1853. Il y est question de fonder une Société agricole, de fixer un droit d?entrée d?une livre sterling, d?une cotisation annuelle de six piastres, qu?un comité de gestion de 30 membres se nommera Chambre d?Agriculture, qu?à la clôture de chaque exercice, dix membres du comité se retireront et seront remplacés par dix autres membres, élus par l?assemblée générale annuelle.

Font partie de la première fournée directoriale Gabriel Fropier, Arbuthnot, Christian Wiehe, E. Baudot, M. Fontenay, C. J. Ulcoq, E. Chapman, E. de Chazal, Victor Lanougarède, J. A. Guthrie, James Currie, A. de Rochecouste, C. Bourgault, C. A. Louys (un aïeul du célèbre Pierre Louys ?), Célicourt Antelme, E. Rouillard, J. Chaline, A. Hardy, E. Harel, A. Trébuchet, A. Genève, E. Hart, H. Lemière, E. Pipon, H. Bertin, P. A. Molière, Jean Baptiste Chéron, F. Koenig, J. Staub et A. Koenig.

La Chambre, autrement dit le comité exécutif, se réunit le 30 novembre 1853 à l?Hôtel d?Europe (emplacement occupé aujourd?hui par l?Hôtel de ville de Port-Louis) et désigne les premiers responsables : Gabriel Fropier (président), Arbuthnot (vice-président), Christian Wiehe (trésorier), E. Baudot (secrétaire).

Elle avait eu des prédécesseurs, hélas, éphémères. Dès 1773, Joseph François Charpentier dit Cossigny de Palma tente d?adjoindre à son jardin botanique une société d?agriculture. Mais, à Paris, le ministre de la Marine et des Colonies s?oppose à un projet susceptible de lui faire de l?ombre. Le 28 avril 1814, a lieu la première réunion de l?Agricultural Society voulue par nul autre que Sir Robert Townsend Farquhar, gouverneur de Maurice de 1810 au 20 mai 1823. Un de ses premiers animateurs, Charles Telfair, explique que les objectifs de cette society sont, entre autres, de développer les cultures vivrières et d?améliorer la productivité grâce à l?utilisation d?équipements aratoires (labourage) et de bêtes de somme. Ses activités ne se prolongent pas au-delà de 1826.

Parallèlement, des ?Amis Cultivateurs? francs-maçonniques poursuivent les mêmes buts mais à la Rivière-Noire. Plus de trace de ce groupement agricole régional à partir de 1825. Le ?Comité colonial?, créé en 1827, sous l?impulsion d?Adrien d?Epinay, met sur pied des sociétés agricoles dans les quartiers de Pamplemousses, Rivière-du-Rempart, Flacq, Grand-Port et Savane. Celle de Rivière -du-Rempart milite avec une énergie révolutionnaire en faveur de l?introduction de moulins à vapeur dans les sucreries. Les péripéties politiques qui provoquent la disparition du comité colonial entraînent aussi celles des sociétés agricoles régionales. Déjà, il n?est pas bon de mélanger politique et business car celle-ci est méfiante et rancunière et n?admet aucune apparente infidélité.

Une mention spéciale doit être faite de la Société d?Histoire naturelle, fondée en 1829, qui devient, en 1845, la Société royale des arts et des sciences et qui donc est en droit de préparer dès à présent la célébration de ses 175 ans d?existence et de service.

Dès 1829, elle met sur pied une commission agricole permanente avec mission de ?faire des recherches sur les productions de la colonie et sur les moyens d?améliorer l?agriculture et l?horticulture?.

Notre Chambre d?Agriculture établit son premier siège social dans l?immeuble du magasin Coutanceau (il existait au début du 20e siècle, un Etablissement Coutanceau à l?angle de la route des Casernes et de la rue du Rempart, aujourd?hui Edith-Cavell, Port-Louis). L?incendie du 24 octobre 1877 détruit l?immeuble Coutanceau à La Chaussée. La Chambre y perd une partie de ses archives ainsi qu?un portrait du gouverneur Higginson par Lefébure, peintre à Paris. La Chambre de Commerce offre alors l?hospitalité à sa petite s?ur agricole. Le 28 février 1885, c?est au tour de l?Institut de Maurice, nouvellement installé dans l?immeuble actuel, au Jardin de la compagnie, de donner asile à la Chambre. C?est là qu?à la suite d?un débat houleux, les membres de la Chambre acceptent l?offre exceptionnelle de 90 shillings par quintal (hundredweight) pour la vente des sucres au gouvernement impérial britannique. De 1929 à 1936, la Chambre occupe en partie l?immeuble n° 5 de la rue Royale (hier Pharmacie Nouvelle et aujourd?hui Unicorn Building). En 1937, elle s?installe au n° 2 rue La Reine avant d?occuper le troisième étage de la Plantation House, à la Place d?Armes.

Depuis le 3 décembre 1853 donc la Chambre d?agriculture s?efforce, par tous les moyens légitimes, d?assurer la prospérité, de travailler au progrès de l?agriculture, d?entretenir les meilleures communications entre les planteurs, de centraliser les renseignements et statistiques obtenus des différentes régions, de diffuser la connaissance des plus récentes améliorations culturales, mises au point dans le monde entier, ainsi que les moyens de perfectionnement, de faire connaître aux autorités l?état, les besoins et les aspirations du corps agricole, d?assurer aux planteurs le développement complet de leurs ressources et la pleine et entière jouissance des avantages auxquels ils peuvent prétendre. Elle n?a jamais failli à sa mission. Elle mérite amplement ce timbre-poste de six roupies, légitime récompense nationale de 150 ans de dévouement au service de l?agriculture mauricienne et plus particulièrement de notre plant-dou-riz national, le sucre.

Références : </B>

Le Livre d?Or de la Chambre d?Agriculture (1853-1953), le Dictionnaire de Biographie Mauricienne, Mauritius Illustrated.

Publicité