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Un show électoral au résultat indécis
Les électeurs californiens sont appelés aux urnes aujourd?hui pour maintenir ou écarter du poste de gouverneur le démocrate Gray Davis moins d?un an après son élection pour un second mandat de quatre ans. C?est du moins l?intitulé officiel de ce scrutin d?initiative populaire.
Car entre-temps, un certain Arnold Schwarzenegger a posé sa candidature, sous l?étiquette républicaine : l?irruption de l?acteur, propulsé en tête des intentions de vote, a achevé de transformer l?élection en un vaste cirque où 135 candidats s?affrontent dans une campagne de 60 millions de dollars. Au départ, le ?recall vote? californien est né au printemps dernier, lorsqu?un groupe de républicains a lancé une pétition pour censurer Gray Davis face à la pénurie d?électricité et à la crise budgétaire de l?Etat. La loi californienne exige de réunir 12 % des inscrits, soit près de 900 000 signatures. La pétition a finalement recueilli 1,7 million de noms, dont 1,3 million ont été validés par les autorités. Si Davis est révoqué, celui des 135 candidats en lice pour le remplacer qui obtiendra le plus grand nombre de voix sera élu. En théorie, cela signifie donc qu?un candidat peut très bien accéder au poste de gouverneur avec 1% des suffrages. Un seul gouverneur, dans l?histoire des Etats-Unis, a été la victime d?un vote de ?rappel?, celui du Dakota du Nord en 1921. En Californie, on dénombre 31 initiatives de ?recall? dont trois à l?encontre de l?ancien gouverneur Ronald Reagan, mais la plupart n?ont pas recueilli le nombre de signatures requis.
D?abord considérée comme acquise, la défaite de Gray Davis, un gouverneur peu empreint de charisme arrivé à la tête de l?Etat en 1998, a laissé libre cours à une campagne axée sur la candidature de Schwarzenegger.
Mais Terminator, novice en politique, a été rapidement initié aux moeurs brutales des campagnes électorales américaines. Dans les derniers jours avant le vote ont surgi dans les journaux des accusations très embarrassantes.
?Campagne à vomir?
Aujourd?hui, l?ancien Monsieur Univers, pauvre émigrant autrichien devenu star internationale et milliardaire, se voit accusé par une quinzaine de femmes d?écarts de conduite, sur les plateaux de tournage notamment. Ses déclarations remontant à une trentaine d?années sur des qualités prêtées à Adolf Hitler sont également ressorties des cartons.
L?acteur a reconnu en partie certains faits tout en dénonçant une campagne ?à vomir? de ses rivaux. Des milliers d?admirateurs et sympathisants continuent de le soutenir dans ses déplacements électoraux suivis par 200 journalistes, locaux ou étrangers, mais les dernières accusations auraient mordu sur son bloc d?intentions de vote, notamment chez les femmes.
Schwarzenegger, qui se présente comme un républicain modéré, marié à une démocrate, n?a guère développé son programme et affirme ne vouloir ni augmenter les impôts, ni revenir sur l?une des grandes raisons de la crise financière de l?Etat, la réduction des taxes immobilières.
Selon un analyste local, il table essentiellement sur son image et les ?révélations? de la presse font d?autant plus mal. Requinqué au contraire par ces affaires, Gray Davis, concurrencé par son vice-gouverneur Cruz Bustamante, autre candidat sérieux de remplacement, a retrouvé de l?allant et espère ne plus être censuré.
Les sondages concernant le succès ou non du ?recall? restent très prudents, autour de 50 % pour ou contre. L?état-major démocrate se mobilise pour éviter qu?il ne soit révoqué. L?ancien président Bill Clinton, son ancien vice-président Al Gore, la chanteuse Barbra Streisand ou l?acteur Martin Sheen ont été recrutés pour enregistrer des messages téléphoniques appelant les électeurs à ne pas révoquer l?actuel gouverneur.
En attendant, nombre d?observateurs qui espéraient que ce ?recall vote? serait l?occasion d?un débat en profondeur sur la démocratie et l?avenir de l?Etat en sont pour leurs frais. ?Cela aurait pu être une campagne édifiante sur les choix difficiles à prendre pour sauver l?Etat. Au lieu de cela, c?est devenu un sujet de thèse sur la puissance et les dangers de la célébrité?, ironise le démocrate Ben Austin.
Ou comme le résumait dernièrement Allison Gibson, scénariste à la télévision : ?Dans un monde devenu fou. Un gouverneur accusé d?incompétence. Un peuple au bord de la révolte. Un homme dans un Hummer (4x4 d?inspiration militaire) démolira la concurrence et lancera un assaut sur la capitale de ce qui fut autrefois le Golden State. C?est un drame. C?est une comédie. La cinquième économie mondiale est à prendre.? Et de conclure, par allusion au célèbre film de science-fiction interprété par Schwarzenegger: ?Total Recall en Californie : sur vos écrans le 7 octobre.
Arthur Spiegelman
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