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Un rein pour Ouma
Ouma vit un enfer depuis qu?elle souffre d?insuffisance rénale. À 58 ans, elle doit faire des efforts surhumains pour accomplir les tâches les plus banales. Ses proches ont même du mal à la reconnaître, elle qui était si active. Elle n?arrive plus à s?occuper de la boutique familiale correctement et néglige ses affaires. Ce qu?il lui faudrait, aujourd?hui, c?est un nouveau rein. Les traitements en Inde n?ont pas amélioré son état et elle ne veut pas envisager pour l?instant la dialyse, si contraignante. Par malheur, alors que Maurice est équipée pour ce type de transplantation, aucun membre de sa famille n?est compatible.
Assise sur son canapé, Ouma Beeza-dhur est épuisée. « Mes reins ne fonctionnent presque plus. La vie est devenue un vrai cauchemar. Je me rends aujourd?hui compte à quel point la santé est inestimable? Je fais un appel à la solidarité des Mauriciens. » Malgré ce handicap qui rend son quotidien insupportable, Ouma refuse encore d?aller grossir les rangs des dialysés et dit préférer contrôler la maladie, « aussi longtemps » qu?elle le pourra. Tous les jours, elle doit ingurgiter une dizaine de médicaments et s?astreindre à un régime alimentaire rigoureux. Elle n?a plus la moindre énergie : « Kapav bwar ziss enn demi lit dilo. Ena buku frwi, legim mo pa kapav manze. E sa rann mwa bien feb. »
Tout commence en 1991, à la mort de son mari. À la suite du choc subi, elle est hospitalisée plusieurs fois et sa santé se détériore rapidement. Sur les conseils du médecin, ses enfants l?accompagnent en Inde. Les analyses effectuées au Bridgecandy Hospital décèlent une insuffisance rénale causée par l?hypertension. On lui prescrit un traitement, notamment pour contrôler le taux de créatinine et d?urée dans le sang.
De retour au pays, son état s?aggrave. Elle tente alors sa chance à Jaipur, au Prakritik Citiksalay Hospital, où la nouvelle sonne comme un coup de tonnerre : seule une transplantation peut la sauver. Autour d?elle, les proches s?activent.
Il faut à tout prix trouver un rein. Rapidement, l?espoir s?amenuise. Cer-tains dans la famille sont diabétiques, d?autres sont hypertendus, et surtout, aucun d?entre eux ne possède le groupe sanguin A +, celui d?Ouma.
<B>« Nous avons besoin de 150 reins par an »</B>
« Nous avons besoin de 150 reins par an, mais par manque de donneurs, les malades n?ont pas d?autre choix que la dialyse. Ce n?est pas la solution idéale car malgré une amélioration de la santé, la qualité de la vie est durement affectée. De plus, ce traitement coûte Rs 80 millions par an à l?État. » Pour le Dr Issac Daureeawo, chirurgien et urologue, il est indispensable de faciliter l?accès à la transplantation qui ne se pratique pour l?instant à Maurice qu?à partir de donneurs vivants. L?espoir pourrait venir du Human Tissue and Transplant Bill, un projet de loi prochainement débattu à l?Assemblée. « Comme c?est le cas en France ou en Angleterre, les organes pourront être prélevés sur des patients hospitalisés aux soins intensifs qui sont sous respiration artificielle, mais cérébralement morts. »
À Maurice, la loi sera un compromis entre la solution anglaise, qui permet le prélèvement sans l?obtention de l?accord des parents, et le système français, qui définit toute personne cérébralement morte comme un donneur potentiel, à moins d?une objection préalable. « Il est grand temps que la loi soit présentée, d?autant que Maurice possède l?équipement et les compétences nécessaires », souligne le Dr Daureeawo. À ce jour, 150 transplantations ont déjà été effectuées à l?hôpital Nehru de Rose-Belle. Les donneurs potentiels, pour Ouma Beezadhur, peuvent se manifester aux numéros suivants : 627.37.64, 758.37.70, 627.45.03, 752.63.55.
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