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Un quart de sièclede perdu à Agalega
Pendant le quart du siècle écoulé, qu?a-t-on fait pour le développement véritable du peuple agaléen et pour ses deux îles que la marée basse unit temporairement ? Rien + zéro = pas grand-chose ou presque. Ah ! oui? on a, entre-temps, créé la Outer Island Corporation qui procure un emploi permanent avec pension de retraite et lump sum non taxée à quelques dizaines de ronds-de-cuir. Leur boss a peut-être droit à une voiture de fonction ou peut s?en acheter une hors taxes. Des planteurs d?oignons et des constructeurs de maisons en béton, plus égaux que d?autres, ont droit à quelques bouttes juteux. On accorde à des promoteurs hôteliers sud-africains ce qu?on refuse (presse raciste comprise) à des Mauriciens, pourtant exemplaires sur bien des points.
Vingt-cinq ans après, faute de liaison aérienne, de jeunes agaléens, étudiant à Maurice, vivent dans l?angoisse, ne sachant pas s?ils pourront retrouver leur famille à la fin d?un trimestre scolaire, des médecins, des légistes, des religieux, ne peuvent toujours pas se rendre à Agalega aussi souvent qu?ils le veulent ou quand leurs services sont sollicités par un peuple agaléen aussi méprisé par l?Hôtel du gouvernement que ne le sont leurs frères et s?urs d?infortune, les Chagossiens. Ils doivent mendier une place sur le Dornier policier comme d?autres une présidence portlouisienne.
La faute est à pas de piste d?atterrissage adéquat, allègue l?Hôtel du Gouvernement. Il s?agit ici davantage d?une question de volonté politique que d?une affaire de sous et même de gros sous. Au début de juillet 1981, K.D., le chroniqueur le plus versé de l?époque en matière aéronautique et insulaire, rappelle, dans l?express, qu?un particulier, M. Moulinier, un Seychellois ayant acheté les avoirs de Diego Ltd et d?Agalega Ltd à des Mauriciens assez antipatriotiques pour les vendre, réussit, avant l?indépendance de Maurice, d?aménager une piste d?atterrissage à Agalega pour relier ces îles, non pas à Maurice, mais à son archipel natal, les Seychelles.
Début juillet 1981, il est question de faire d?Agaléga un poste de surveillance de la zone économique exclusive de Maurice, supposant l?aménagement d?une piste d?atterrissage pour faciliter les communications entre ces îles. Nul besoin pourtant d?une piste d?atterrissage puisque celle de Moulinier existe déjà et était couramment utilisée jadis.
La compagnie de M. Moulinier possède alors des avions bimoteurs, assurant la liaison aérienne entre les îles seychelloises, avec l?Afrique de l?Est et Agaléga. S?il y a une piste d?atterrissage à Agalega, en juillet 1981 il n?y a pas, par contre, d?avion pour s?y rendre. Maurice ne possède alors qu?un Twin Otter (ène tiguitte pli bon ki ène Piper Navajo). Pas question de se rendre à Agalega à bord de ce zinc. K.D., qui s?y connaît autant en avion qu?en îles lointaines, explique pourquoi. Rodrigues constitue la distance extrême (325 milles marins) du Twin Otter d?Air Mauritius. Cet avion a, certes, une capacité de vol de 680 milles marins. Il doit toujours prévoir l?impossibilité d?atterrir à Rodrigues et disposer de la même quantité de carburant qu?à l?aller pour un éventuel retour car il ne dispose d?aucun aéroport de dégagement, comme celui de la Réunion l?est pour Plaisance et vice-versa.
La distance entre Agaléga et Maurice est environ le double de celle entre Plaisance et Plaine-Corail. De plus, le Twin Otter ne peut espérer le moindre amerrissage de fortune, en raison de son train d?atterrissage fixe. En passant, K.D. ne se gêne pas pour égratigner les décisionnaires, responsables de l?acquisition d?un Twin Otter, appareil convenant mieux à des liaisons aériennes sur surface terrestre, car il peut atterrir sur des pistes de fortune, tandis qu?autour de Maurice il doit tout le temps survoler l?océan, alors que l?amerrissage lui est déconseillé.
K.D. estime cependant que le Twin Otter peut se rendre à Agalega à condition de faire escale sur deux îlots, situés à mi-distance entre Maurice et Agalega, et séparés de Maurice par une distance analogue à celle séparant Plaisance et Plaine-Corail. Ces îles sont Saint-Brandon et Tromelin. Celle-ci possède une piste d?atterrissage, capable d?accueillir les Transall de l?armée de l?air française, qui fait défaut à celle-là. Légalement Tromelin fait partie du territoire mauricien. Le Twin Otter d?Air Mauritius devra cependant solliciter l?autorisation militaire française pour atterrir sur le grain de sable de Tromelin avant de rallier Agalega qui aurait eu également sa piste d?atterrissage si seulement la France avait voulu, toujours illégalement, occuper cette autre île mauricienne.
Mais pourquoi vouloir se rendre à Agalega par avion ? K.D. répond sans hésiter : il y a moyen de faire de ces deux îles jumelles un paradis touristique et un verger pour les Mauriciens ». Il explicite sa pensée : Des bungalows peuvent être construits par la main-d??uvre locale, avec les matériaux de construction disponibles sur place, principalement le cocotier. Il faut, bien sûr, y interdire le béton, l?automobile et les travailleurs mauriciens. Les cocos tendres étancheront la soif des touristes. Maurice importera le coprah et la barbe de noix de coco produits par les Agaléens. Ils vendront, à Maurice, les fruits et agrumes qu?ils peuvent produire en abondance. Ils pourront développer l?artisanat agaléen. Ce qu?il faut par-dessous tout éviter c?est de faire appel à un expert ou nommer un administrateur ignorant tout des mille ressources du cocotier. C?est exactement ce qu?on a fait pendant le quart de siècle suivant.
Résultat : Agalega ne dispose pas de piste d?atterrissage, permettant une liaison aérienne civile régulière. La production agaléenne est nulle ou presque. On accepte l?idée que des Sud-Africains, connus pour leurs tentatives de coup d?Etat aux Seychelles, aux Comores et peut-être même à Madagascar, aillent occuper Agalega. Il n?y a pas comme le pouvoir politique pour priver quelqu?un de toute intelligence.
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