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Un psychiatre : Dévaluation pas bon pour le stress
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Un psychiatre : Dévaluation pas bon pour le stress
Un ministre des Finances, songeant à une dévaluation de notre roupie, même en raison de sa prétendue appréciation excessive face aux plus fortes devises , anticipe forcément, du moins nous l’espérons, les éventuelles et imaginables réactions des secteurs concernés. Qui sont-ils ? On peut citer, dans le désordre, banquiers, économistes, commentateurs économiques, journalistes, syndicats, patronat, producteurs, importateurs, exportateurs, travailleurs sociaux, agents politiques, collègues politiciens devant aller expliquer, sur le terrain, les... bienfaits (?) d’une telle mesure monétaire et prendre du même coup le risque de devenir la cible de quelques lanceurs de pommes d’amour ou d’œufs pourris. Il n’appréciera guère le conseil à venir. Il a pourtant intérêt à tenir compte d’un avis psychiatrique. C’est du moins la conclusion à laquelle nous aboutissons après avoir pris connaissance du contenu d’un entretien journalistique qu’accorde un de nos psychiatres, à la mi-novembre 1981. Voici l’essentiel de son analyse sur les répercussions des dévaluations, cyclones, pertes de pouvoir d’achat, gaspillages publics et compagnie de la fin du règne travailliste (1979-82). Edifiant à plus d’un titre.
La première dévaluation, celle du 24 octobre1979 de 30 %, cause certes un stress chez la plupart des Mauriciens. Ils font avec car on leur dit qu’il n’y a pas d’alternative et que nul pays ne peut vivre éternellement au-dessus de ses moyens. Un coup de massue, ça va. Deux ou trois autres, voilà les dégâts car ça commence par faire mal au crâne. Après cette première dévaluation, s’égrène un bien triste chapelet dont les grains successifs se nomment cyclones Claudette et Hyacinthe I, II, III, hausse des prix, augmentation du coût de la vie, perte du pouvoir d’achat, pour découvrir finalement que tous ces sacrifices ne servent à rien puisque notre roupie doit être dévaluée (dévalisée) pour la seconde fois.
Notre psychiatre analyse les conséquences de toute dévaluation du point de vue médical. Il diagnostique une réduction temporaire du nombre d’admissions d’alcooliques à l’hôpital. Réduction vite suivie d’une augmentation à la fois spectaculaire et tragique car les saoulards passent du whisky au rhum, du bon rhum au rhum frelaté – encore heureux que nous ne sachions plus fabriquer du tilambic – du rhum de dernier grade au vin La Cloche, le tout généreusement arrosé de bouteilles de bière.
Plus triste encore les enfants hospitalisés parce qu’ils présentent les symptômes de pellagre et de kwashiorkor, maladies dues à la malnutrition. Il suffit alors que le ministère du Commerce se mette à dos les importateurs de lait en poudre ou qu’une politique d’économie de bouts de chandelle supprime la fourniture de pain, lait, fromage, fruits secs, aux écoliers et aux enfants des familles démunies pour que ces fléaux prennent une dimension nationale. Et comme le dit si lucidement notre psychiatre : Faut-il encore que le lait distribué par l’Etat soit vraiment consommé par les enfants. C’est le cas de le dire : il y a loin du gobelet de lait aux lèvres d’enfants comptant sur l’école et l’Etat pour avoir, chaque jour ouvrable, autre chose à becqueter que du riz bouillon brède mouroungue.
L’engrenage des mauvaises nouvelles, suivant toute austérité budgétaire et/ou monétaire, finit par occasionner un stress permanent sur les éléments les plus défavorisés et les plus fragiles de la population. Un nombre croissant de personnes se demandent comment vont-elles joindre les deux bouts, en espérant ne pas perdre leur emploi en raison d’une énième tracasserie bureaucratique ou d’une arrogance ministérielle additionnelle. Une population ne peut aller dormir en se demandant : comment survivront ma femme et mes enfants si je perds mon emploi ?
Notre psychiatre s’insurge contre le nombre croissant de psychotropes vendus, en pharmacie sans prescriptions médicales, en 1981. Il appréhende l’état de dépendance qu’engendre toute consommation abusive de psychotropes. Il conclut bien tristement : le désespoir est là. Tout le monde s’inquiète. Il sait pourtant que le Mauricien bénéficie de conditions de vie et de sécurité meilleures que celles que subissent la plupart des autres peuples du tiers monde, pour ne pas parler ici des pays sous-développés.
Philosophe, il sait ne pas pouvoir changer grand-chose à une situation économique défavorable. Il suffirait pourtant que les Mauriciens réagissent, refusent de baisser les bras et de se laisser aller.
Mais il y a plus grave, ajoute-t-il, avant de clore son entretien. Il s’agit du nombre inimaginable et croissant de nos drogués. La plupart d’entre eux sont âgés, en 1981, de 20 à 27 ans. Les survivants ont aujourd’hui entre 45 et 52 ans ! On ne sait ce qu’ils ont fait pour le pays. On sait à peine ce qu’ils coûtent à notre pays et pas seulement en termes de contre-publicité. A supposer que le fait d’être dans le peloton de tête des pays africains consommateurs de drogues dures nous empêche et nos dirigeants politiques de même de dormir la conscience tranquille.
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