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Un plan pour contrer la violence à l?école en préparation

24 mai 2007, 20:00

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Attention danger ! Entre les bagarres dans les cours de récréation, les insultes aux enseignants, les voitures rayées, les envolées verbales, la violence à l?école est devenue une vraie plaie. Dans un effort d?endiguer ce phénomène, l?Ombudsperson for children planche sur des recommandations qu?elle soumettra au ministre de l?Education d?ici deux mois.

?Le comité qui travaille sur ce dossier a pour objectif de permettre au ministère d?avoir une politique claire et nette concernant la violence et la discipline?, dit Shirin Aumeeruddy-Cziffra, Ombudsperson for children. Dans cette optique, elle rencontre actuellement les différentes parties, dont les parents. Les syndicalistes sont aussi invités à soumettre leurs suggestions.

Une première réunion de ce comité a eu lieu il y a un mois. Il comprend des représentants du ministère, du Bureau de l?éducation catholique (BEC), de la Private Secondary Schools Authority et du Mauritius Institute of Education (MIE), entre autres.

Dans les écoles, les expériences vécues sont parfois très amères. Dans un collège d?état des Plaines-Wilhems, la situation est devenue invivable si l?on en croit des enseignants. ?C?est le Bronx. La discipline est un vain mot. Il n?y a plus rien à faire?, regrette l?un d?eux.

Et les enseignants se disent impuissants face à ces manquements. ?L?autre jour, un élève a failli me frapper lorsque je lui ai demandé d?aller en classe.? La situation dans cet établissement ne serait pas une exception. La violence se banalise. Au point où même le primaire est touché : ?L?école est certainement plus violente. Avant, le prof était respecté, mais aujourd?hui, il n?a plus aucun pouvoir?, déplore Vinod Seegum, président de la Government Teachers? Union.

?C?est devenu un phénomène de société, qui elle-même a beaucoup changé. Parfois, l?enseignant se sent démuni devant un élève?, constate pour sa part Gilberte Chung, directrice du BEC. Cette autorité a mis en place tout un système pour gérer les situations conflictuelles à l?école. Un système qui rapporte d?ailleurs ses fruits.

Reflet de notre société, l?école est l?image de ce que nous sommes. Et ce n?est guère brillant. ?C?est plus grave que l?on ne le pense?, note l?Ombudsperson for children.

Après le constat, l?heure est à l?action. Un cadre de la MIE note que ?si on laisse encore traîner les choses, cela pourrait dégénérer rapidement.?

?Nous ne sommes pas immunisés?

A ce problème, aucune solution toute faite. D?autant que le phénomène a de multiples sources. Privilégier les causes sociologique, culturelle ou encore psychologique équivaudrait à réduire le problème. Hyleen Mariaye, chargée de cours au MIE est un des auteurs d?une étude sur l?indiscipline et la violence dans les collèges publiée en novembre dernier pour le compte du Mauritius Research Council. Elle identifie plusieurs facteurs qui amènent l?étudiant à avoir un comportement violent sur les bancs d?école.

Au premier rang figure l?attitude des parents et des enseignants. ?Nous avons définitivement un problème avec les parents. D?une part, ils laissent la responsabilité d?éduquer à l?école mais interviennent à tout bout de champ.? Qui n?a en effet pas entendu parler de ces parents qui débarquent à l?école après que les enseignants ont réprimandé leurs enfants ? Et trop souvent, dit-elle, le prof n?est soutenu ni par la direction de son école ni par les autorités trop enclines à céder aux caprices de parents. Esseulé, l?enseignant limitera donc son champ d?action.

Et l?effritement de l?autorité de l?instituteur pousse bien évidemment au non-respect de ce dernier. Comme l?indique Vinod Seegum, l?enfant ou le jeune est pleinement conscient de ses droits et il sait comment inciter ses parents à intervenir. ?Il sait que le prof ne peut plus rien lui faire, ni physiquement ni verbalement. Dès que l?enseignant parle un peu fort, ce sont les parents qui débarquent.?

Dans les établissements considérés comme huppés, imposer les règles devient difficile à cause de l?intervention des parents, ?proches, qui d?un haut cadre d?un mi-nistère, qui d?un politicien. Comment voulez-vous que l?enfant respecte l?enseignant?, lâche un pédagogue.

Le milieu où grandit l?enfant en est un autre facteur. ?S?il y a violence par des enfants, il faut tenir compte du vécu. Dans beaucoup de cas, la violence commence à la maison ou dans l?environnement immédiat de l?enfant?, dit l?Ombudsperson for children. L?influence des médias ajoute au phénomène de manière globale. ?Ils sont de plus en plus in-fluencés par ce qu?il voient à la télé, et nous ne sommes pas immunisés?, avance Gilberte Chung.

Mais les autorités concernées veulent assainir la situation. Le ministre de l?éducation, Dharam Gokhool a souligné récemment sa volonté de trouver des solutions. Un comité au ministère de l?éducation a été mis sur pied.

Patrick HILBERT

EXPLICATION

Les leçons particulières mises en cause

Pour certains pédagogues, les leçons particulières participent à l?indiscipline dans les écoles. Si le lien ne semble pas immédiat, les explications avancées rendent très crédibles cet argument. ?Les leçons ont tout simplement remplacé l?école?, soutient un pédagogue. Aux leçons, pour lesquelles les parents dépensent de l?argent, il faut être attentif. Il est accepté par tout un chacun que c?est là qu?on apprend. Au fil du temps, ce complément est devenu l?essentiel alors que l?école est devenue la cour de récré. ?Pour certains élèves, le collège est par conséquent devenu l?endroit où on rencontre les amis, où on s?offre du bon temps et où on rend la vie difficile aux enseignants. De toute façon, l?on rattrapera cela durant les leçons?, soutient ce pédagogue pour qui les leçons privées devraient être décrétées illégales et remplacées par une approche plus pédagogique à l?école. Mais, qui aura le courage de supprimer ces fameuses ?leçons?.

TÉMOIGNAGE

?Ils n?hésitent pas à utiliser la force entre eux?

?Il est bien difficile de gérer les écoles quand la loi interdit la punition corporelle.? Propos d?un recteur d?un collège portlouisien pour garçons, qui a accepté de témoigner sous couvert de l?anonymat. ?Les élèves connaissent leurs droits et le clament, mais ils n?hésitent pas à utiliser la force physique entre eux.?

Si des agressions au cutter sont rares, les coups de poings et coups de pied sont monnaie courante dans son établissement. A ce sujet il déclare que ?l?Ombudsperson est devenue la bête noire? des responsables de l?enseignement.

Une autre raison de la violence est, selon lui, le manque d?espace. Il dit remarquer que ce sont dans des collèges où il n?y a pas de terrain de jeux que la violence atteint son paroxysme. Il cite deux exemples : le Dr Régis-Chaperon SSS et le Sir Abdool-Razack Mohamed SSS. ?Ceux-là auraient dû être des collèges pour filles.? Le recteur estime aussi que l?inclusion des classes pré-professionnelles (?pre-vocational?) dans les collèges contribue à la violence. La majorité des querelles se produisent entre ceux du ?mainstream? (filière normale) et ceux du pré-professionnel. La raison : ?Il y a des différences au niveau des aspirations, des valeurs, du niveau socio-économique?? Du coup, ?c?est à travers des coups de poing que ceux de la pré-professionnelle se valorisent?. Sa solution : les classes pré-professionnelles devraient être séparées du ?mainstream?.?Je comprends que ce n?est pas correct de coller une étiquette sur ceux de la pré-professionnelle mais croyez-vous qu?ici, les élèves ne font pas de différence entre eux ??

Les élèves de la filière pré-professionnelle doivent poursuivre leurs classes jusqu?à l?âge de 16 ans, ?qu?ils soient intéressés ou pas?.

La forme de violence la plus fréquente, dans cet établissement secondaire, c?est ?des insultes sur la virilité de l?autre?. Comment se portent les enseignantes dans ce petit monde ? Elles ont quelquefois des difficultés à maintenir la discipline parce que les élèves sont violents envers ?toute personne qu?ils peuvent dominer?, déclare le recteur.

Les choses empirent car il n?est pas facile de faire le lien entre l?école et la famille. ?La maman nous dit d?aller voir le papa. Le papa nous dit d?aller voir la maman. Finalement, on ne voit personne.? Le recteur estime aussi que le ministère n?a pas assez de psychologues. ?Qu?est-ce qu?une jeune femme de 25 ans comprend à un voyou de 17 ans ? ?

Corinne MINERVE

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