Publicité
Un monde qui explose
Le Proche-Orient s?embrase. Et le prix du pétrole flambe avec. À mesure que se poursuivent les raids israéliens au Liban, le cours du baril atteint progressivement les 80 dollars. Au vu de l?escalade de violence, les spécialistes pétroliers prévoient des sommets jamais atteints jusqu?ici : un prix à trois chiffres pour le baril !
Les explosions au Liban et dans la Bande de Gaza nous touchent de manière brutale. Le public n?a même pas digéré les nouveaux prix des carburants, en vigueur depuis le début du mois, qu?une autre série d?augmentations paraît imminente. Et cela, en dépit des règlements du comité de l?Automatic Pricing Mechanism (APM) qui imposent une hausse maximale de 20 %.
En raison de cette clause protectionniste, nous achetons le litre d?essence à Rs 37,55 alors que le prix réel est de Rs 39,43 sur le cours mondial. Ce « discount » national s?applique également pour l?huile lourde et le gaz ménager.
Nous avons coutume de chercher à payer toujours moins, de rechercher des tarifs préférentiels, de prendre d?assaut les stations-service à la moindre rumeur d?une éventuelle hausse.
C?est ainsi qu?en début d?avril, alors que la courbe du pétrole montait en flèche, des milliers d?automobilistes, se basant sur leur bon sens et sur le cours mondial, avaient fait le plein avant que les nouveaux prix ne soient en vigueur. Or le lendemain, contre toute attente, l?APM préconisait une baisse de 10 % pour le prix de l?essence. Cette ineptie était expliquée par le fait que le volume des ventes de l?essence était plus élevé que prévu.
Mais il est temps qu?on se rende à l?évidence : ces jours-là sont révolus ; ils volent en éclats à chaque explosion au Proche-Orient. Aujourd?hui le pétrole pèse de tout son poids dans l?économie mondiale et devient, à mesure que les réserves s?amenuisent, source de conflits.
De nombreuses études démontrent qu?en dépit de l?augmentation constante de la consommation, le pétrole restera la principale ressource énergétique jusqu?en 2040 au moins, puis ne suffira plus, seul, à la demande de la planète. La croissance continue de la demande d?hydrocarbures est largement due aux appétits gargantuesques de La Chine et aux besoins des pays en développement.
Toutefois en raison de la limitation des gaz à effet de serre (qui doit demeurer un objectif mondial si on se soucie un tant soit peu de l?avenir de notre planète et du protocole de Kyoto), le discours rationnel réclame qu?on inverse la tendance lourde que constitue, des États-Unis à La Chine, une politique massivement axée sur les énergies fossiles : gaz naturel et pétrole, entre autres.
Mais sur le plan mondial, les compagnies pétrolières semblent se diversifier surtout vers? le gaz qui est géologiquement lié au pétrole, et ainsi ne préparent pas vraiment l?après-pétrole.
À Maurice, l?initiative d?Alcodis de lancer, sur une base pilote, des tests du carburant à base d?éthanol est à saluer. Si les tests s?avèrent concluants, il est prévu qu?on réduise notre importation d?essence par 20 %. Mais quoi qu?il arrive, il est encourageant de constater que des alternatives sont recherchées ? et encouragées par les autorités ? afin de faire face au choc pétrolier.
Pendant longtemps, on a discouru sur l?utilisation de la bagasse et de l?éthanol comme sources d?énergie à exploiter, mais ce n?était pas vraiment une priorité. Aujourd?hui on n?a plus vraiment le choix : il faut réduire notre dépendance sur les produits pétroliers.
Dans cette nouvelle aventure énergétique, il est essentiel que le pays, comme un seul homme, fasse cause commune. Les enjeux sont bien trop importants pour discutailler. Quand demain les prix des produits pétroliers augmenteront, c?est coutumier qu?on entende ça et là des grognements. Mais il est temps qu?on cesse d?en profiter pour en faire un argumentaire de politicien.
Ce n?est plus une question d?héritage catastrophique, ou de mauvaise gestion économique. La flambée de prix est hors de notre contrôle. Navin Ramgoolam n?y sera pour rien si Israël, en bombardant le Liban, embrase le monde arabo-musulman et provoque une crise pétrolière. Nirvan Veerasamy n?y sera pour rien si les touristes viennent moins nombreux en raison des prix des billets d?avion et de l?instabilité dans la région.
Car la mèche de l?« explosion sociale », qu?entrevoit déjà l?opposition, se trouve au Proche-Orient, où sont stockées les trois-quarts des réserves de brut de la planète tout entière.
Les discours ressassent que le monde change. Cette guerre qui commence risque d?accélérer drastiquement le processus. Les chocs économiques se feront encore et encore plus violents.
Publicité
Publicité
Les plus récents