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Un modèle qui fait son chemin
Le Certificate of Primary Education 2007 a livré son verdict. Dans un contexte de réforme et de contre-réforme, des initiatives ont été prises. Certaines ont abouti. D?autres piétinent. L?un des concepts fondamentaux autour de toute réforme éducative s?articule autour de la notion de «mixed abilities», les classes hétérogènes. Dans son document, «Towards a quality Curriculum, strategy for reform» en date de 2006, le ministère de l?Education privilégiait cette piste. Mais certaines écoles font toujours de la résistance, alors que la question de la formation des institutrices et instituteurs demeure la clé du problème. Afin de mieux saisir ce concept de classes hétérogènes, nous reproduisons les avis de quelques experts étrangers. Car le débat est loin d?être clos.
Nathalie Mons, chercheur et auteure d?un ouvrage sur la situation de l?école française, relève sur le site «Le café pédagogique», la crainte d?un certain nombre de parents et d?enseignants que les classes hétérogènes ne finissent par affaiblir le niveau général. Toutefois, note-t-elle, «ce sont les systèmes qui, dans l?enseignement obligatoire, mixent le plus possible les élèves de niveaux scolaires et de conditions sociales différentes qui sont les plus efficaces. Les résultats les plus faibles sont observés dans les pays qui ont conservé les filières ?la destinée sociale des enfants se décide alors aux alentours de 10-11 ans. Il est d?ailleurs intéressant de voir qu?aujourd?hui, alors qu?en France nous assistons à une remise en cause progressive du collège unique, des pays comme l?Allemagne ou l?Autriche sont, eux, en train de penser à la mise en place d?une école unique».
Il ressort clairement, ajoute-t-elle, que plus un système éducatif est sélectif, moins il est efficace. Elle cite le sociologue américain, Ralph Turner, qui dès les années 60?, soulignait le fait que «de garder tous les élèves dans un même établissement pour suivre un cursus scolaire identique crée une émulation et permet à l?ensemble d?entre eux de progresser davantage. A contrario, les systèmes précocement sélectifs ne sont pas associés à des élites numériquement plus nombreuses. L?école unique n?aboutit donc pas à un sacrifice des élites».
Maurice devrait aussi s?inspirer des réflexions de Michel Bauer et Bénédicte Bertin-Mourot, de l?Observatoire des dirigeants et auteurs critiques.
Tyrannie du diplôme initial
Dans une interview parue dans Le Monde Economie sous le titre Hétérogénéité des classes et réussite scolaire, ils font ainsi ressortir que l?obsession du diplôme n?est qu?un leurre: «En France, la tyrannie du diplôme initial joue à plein. Ce qui s?acquiert après ne vaut rien. Nous sommes un pays où il n?y a pas de seconde chance. Pour favoriser la deuxième chance, pour éviter la tyrannie du diplôme initial et pour simultanément mettre en cause la transformation d?un héritage social en mérite scolaire, pourquoi ne pas diversifier le recrutement de toutes les grandes écoles?»
La question est de savoir s?il faut continuer à séparer les «bons et les mauvais élèves» ? Jacques Lecomte, docteur en psychologie et chargé de cours à l?université Paris X en France, plaide, pour sa part, en faveur des classes hétérogènes. Les classes où se regroupent les élèves de même niveau, ne produisent pas toujours les résultats escomptés.
Une étude menée par Marie Duru-Bellat et Alain Mingat, chercheurs au Centre national de recherche scientifique (CNRS) et à l?université de Bourgogne, a conduit à des conclusions qui confirment sa thèse. Cette recherche repose sur une large enquête menée dans 212 collèges et auprès de plus de 20 000 élèves.
Progression supérieure
Parmi les conclusions de cette étude, on note qu?«une classe forte et homogène est bénéfique aux enfants qui en font partie. Un élève scolarisé dans une bonne classe réalise une progression supérieure de deux points à celle que réalise un élève de même niveau, scolarisé dans une classe faible. En revanche, un élève placé dans une classe homogène et de niveau faible ou moyen ne progresse que faiblement dans son apprentissage. Inversement, avoir une classe hétérogène conduit à réduire les écarts : les élèves faibles profitent d?un niveau moyen supérieur au leur, tandis que les élèves forts pâtissent de la fréquentation d?une classe d?un niveau moyen inférieur au leur.
En outre, selon l?étude : « Les profits tirés par les élèves faibles sont nettement plus importants que les pertes subies par les élèves forts». Pour les auteurs de cette étude, les classes de niveau contribuent aux écarts de connaissances entre élèves. «Ce résultat contredit l?opinion courante selon laquelle les élèves faibles groupés dans une même classe profiteraient d?un enseignement ciblé sur leurs besoins», concluent-ils.
Dans son ouvrage «Quelle pédagogie pour les élèves en difficulté scolaire», Marcel Crahay, docteur en sciences de l?éducation, professeur à la Faculté de psychologie et des sciences de l?Education de l?université de Liège explique que la question du choix entre classes hétérogènes et homogènes n?est pas la seule qui devrait monopoliser l?attention. Il subsiste aussi les thématiques de la réduction de l?effectif des classes, de l?intérêt des groupes de besoins et de l?individualisation et de l?égalité.
«Les classes de niveau homogène ont des effets négatifs du point de vue socio-affectif. Dans les classes des faibles, les enseignants sont fatalistes, proposent un enseignement de moindre qualité (moins de temps consacré à l?enseignement, encouragements plus rares) et les élèves le ressentent», note l?auteur. Autour de la question de réduction de l?effectif des classes, une certaine unanimité se dessine. L?intérêt des groupes de besoins est, lui, basé sur le principe d?un assouplissement des classes, avec pour effet que des élèves des classes hétérogènes peuvent, pour certains apprentissages, prendre place dans des groupes homogènes.
Le principe d?individualisation, enfin, a pour objectif de faire progresser l?élève à son rythme. «L?enseignant se trouvant devant un groupe classe important, il ne peut se démultiplier ; il va donc mettre en place un dispositif de fiches, de didacticiels, qui vont, en fait, placer l?élève dans un apprentissage en solitaire.»
LE CAS FINLANDAIS
Les performances éducatives des pays de l?Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE), évaluées selon le Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA), place la Finlande en tête de liste des pays membres. En 2000, ce pays était première en lecture, 4e en maths et 3e en sciences. En 2003, la Finlande est première en lecture, en maths et en sciences. La proportion d?élèves en difficulté est très faible (6 % contre 21 % en moyenne). Le système d?encadrement est exceptionnel. De un à trois ans : trois assistantes maternelle et une aide-ménagère pour 12 enfants maximum. De trois à six ans : deux enseignants, une assistante maternelle et une aide-ménagère pour 21 enfants maximum. De sept à 13 ans et collège : un enseignant et un assistant d?éducation pour 20 élèves maximum. Pas de collège de plus de 400 élèves, pas de lycée de plus de 500 élèves. Chaque établissement dispose d?un maître spécialisé supplémentaire prenant en charge des groupes de cinq élèves maximum (17 % d?élèves suivis). Réalisé auprès de 400 000 élèves de 15 ans issus de 57 pays, le dernier test PISA classe la France entre la 17e et la 19e place.Le système scolaire français, longtemps présenté comme l?un des meilleurs au monde, ne parvient pas à égaler la Finlande, la Corée et le Canada, qui squattent les premières places.
Il faut faire remarquer que la Finlande ne pratique pas le modèle des classes hétérogènes mais a développé une approche spécifique par rapport aux besoins des enfants en difficulté.
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