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Un merci qui vient du coeur
Ils se déplacent à petits pas, se faisant aider tantôt par un membre du personnel hospitalier, tantôt par leur conjoint. Certains sont munis d?oreillers qu?ils serrent contre leur poitrine pour éviter d?avoir trop mal quand ils toussotent. D?autres arborent un corset comprimant leur sternum récemment ouvert. S?ils semblent en convalescence, leur regard alerte exprime la gratitude d?être encore en vie et de pouvoir prendre un nouveau départ. D?ailleurs, ils l?avouent ouvertement.
?Depuis jeudi dernier, au lendemain de mon opération, je n?arrête pas de fredonner le refrain d?un cantique qui dit : tu peux naître de nouveau, tu peux tout recommencer?, confie Marlène Albert, 50 ans, qui a subi quatre pontages coronariens réalisés à partir de veines prélevées de son bras et de sa jambe.
Liste d?attente
Depuis deux ans, cette infirmière affectée à l?hôpital Victoria, à Candos, sait qu?elle souffre de maladie coronarienne à la suite d?une angiographie réalisée après un malaise. Mais à l?époque, seules deux artères sont obstruées. Elle est donc placée sous traitement médical. Jusqu?à ce qu?une deuxième alerte se déclenche en mai dernier alors qu?elle est en vacances en Afrique du Sud.
Rentrée à Maurice en catastrophe, la seconde angiographie révèle qu?elle a quatre artères bouchées. Elle est candidate à la dilatation mais ses artères étant jugées trop petites, elle est placée sur la liste d?attente pour des pontages. Elle devait être opérée par le Dr Abdool Sorefan, chirurgien cardiaque et consultant, quand l?intervention coïncide avec la visite du professeur Renat Akchurin à qui le Centre cardiaque a réservé les cas les plus délicats. Un séjour rendu possible grâce à Air Mauritius, au Rotary Club de Ph?nix et au gouvernement.
L?opération de Marlène dure six heures et demie au lieu de cinq. Jean-Marie, son conjoint, frôle l?apoplexie quand, au bout de cinq heures, un infirmier l?informe que le médecin veut lui parler. ?C?était pour me dire que tout allait bien mais que l?intervention durerait encore une heure et demie en raison de l?état des artères de Marlène. Vous n?imaginez pas mon soulagement.?
Humilité
Marlène est enthousiaste non seulement à l?égard de son ?sauveur?, mais aussi du personnel du Centre cardiaque. ?Cela ne faisait aucune différence pour moi d?être opérée par le Dr Sorefan ou le professeur Akchurin. Car même si ce dernier jouit d?une réputation internationale, j?ai également confiance en nos cardiologues mauriciens. Chapeau bas également au personnel du Centre cardiaque. J?étais constamment entourée.?
Même si cette infirmière, diabétique, sait qu?elle devra désormais se conformer à un régime sans sel et sans graisse, elle est prête à repartir à zéro, comme les 17 autres patients ? 12 hommes et cinq femmes âgés entre 42 et 72 ans et diabétiques dans leur grande majorité ? dont l?opération par le professeur Akchurin a été une réussite. Parmi eux, quatre sont encore aux soins intensifs. Un seul décès a été enregistré. Il s?agit d?un touriste sud-africain de 72 ans dont le traitement aux anticoagulants a compliqué l?intervention.
C?est avec humilité que le chirurgien cardiaque russe a écouté ses patients au mieux de leur forme faire ses éloges. Il en est à sa sixième visite à Maurice et compte plus de 100 interventions réussies. Hier, Dick Ng Sui Wa, le président du Trust Fund for Specialised Medical Care et Vidhu Madhub-Dassyne, présidente du Rotary Club de Ph?nix, ont donné l?assurance que la collaboration avec le professeur Akchurin se poursuivra.
QUESTIONS AU?
Professeur Renat Akchurin
? Les cas qui vous ont été réservés étaient-ils compliqués ?
Nous sommes habitués aux cas compliqués et ceux que j?ai opérés dans la semaine ne l?étaient pas moins. Nous avons eu, par exemple, un cas d?anévrisme où il a fallu remplacer la partie dilatée du c?ur par un bandeau artificiel et procéder ensuite au pontage coronarien. Dans un autre cas, nous avons dû enlever tous les caillots des artères avant le pontage.
? Vous opérez dans les plus grands centres à l?étranger. Qu?est-ce qui fait défaut au Centre cardiaque ?
Le Centre cardiaque a fait d?énormes progrès et les chirurgiens qui y travaillent sont excellents. Mais il faudrait encore améliorer leur cadre de travail en leur donnant des bureaux décents, l?accès à l?internet et à une bibliothèque digne de ce nom. Il faudrait aussi améliorer la qualité de vie des infirmiers formés aux normes européennes pour qu?ils n?émigrent pas. Finalement, j?estime qu?il faudrait instaurer un système de paiement au Centre cardiaque, non pas pour tous les patients mais pour ceux qui ont les moyens. Il faudrait en contrepartie leur offrir des chambres luxueuses avec toutes les aménités. Ceux qui n?ont pas les moyens continueraient à bénéficier des traitements gratuits. Mais je crois qu?il est important que les parents mauriciens prennent une police d?assurance santé pour leurs enfants dès leur plus jeune âge. Ainsi, à l?âge adulte, ils seraient couverts pour n?importe quelle intervention.
? Les campagnes de prévention se multiplient et pourtant les maladies cardiovasculaires ne semblent pas diminuer. Votre explication ?
C?est vrai que la tendance mondiale des maladies cardiovasculaires est à la hausse. Je crois aussi que n?importe quelle forme de prévention ? que ce soit la lutte contre le tabagisme et l?abus d?alcool, la promotion des exercices physiques ? permet de prolonger l?espérance de vie. Cela prend du temps pour instaurer une culture, qu?elle soit de diététique ou d?éducation physique. Mais ne pas faire de prévention aggraverait assurément la situation.
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